J’ai vu Joker, et même quelques jours après, certaines scènes continuent de me hanter. Il y a une vraie puissance dans ce film, une intensité qui dépasse largement le simple cadre du film de super-héros, ou même du thriller psychologique. C’est avant tout un portrait d’homme brisé, un cri de détresse sociale, une plongée dans la noirceur d’un individu abandonné par le système… et par les autres. Todd Phillips, qu’on n’attendait pas forcément dans ce registre, réussit un virage impressionnant.
La performance de Joaquin Phoenix mérite à elle seule d’être vue. C’est un rôle viscéral, physique, dérangeant. Il incarne Arthur Fleck avec une telle sincérité qu’on oublie très vite l’acteur pour ne voir que le personnage, fragile et inquiétant à la fois. Sa transformation progressive est douloureuse, troublante, presque inévitable. Son rire nerveux, ses gestes saccadés, son regard perdu… tout sonne juste. On ressent de l’empathie, parfois même malgré nous. Et c’est là que le film frappe fort : il nous force à regarder en face une réalité qu’on préfère souvent ignorer.
Visuellement, le film est superbe. La photographie de Lawrence Sher donne à Gotham un côté à la fois réaliste et suffocant, presque palpable. L’influence de films comme Taxi Driver ou King of Comedy est claire, mais jamais pesante. Le film trouve sa propre voix, entre hommage et réinvention. La musique d’Hildur Guðnadóttir ajoute une dimension supplémentaire, lourde et oppressante, collant parfaitement à l’état mental du personnage.
Si je ne mets pas 5/5, c’est peut-être parce que certains aspects m’ont paru un peu appuyés, voire démonstratifs dans leur manière de souligner le chaos social ou la critique du système. Il y a aussi quelques longueurs, notamment dans le deuxième tiers du film. Mais franchement, ce sont des détails face à l’impact global du film. Joker n’est pas un film qu’on oublie. Il dérange, il questionne, il divise. Et c’est justement ce que j’attends du cinéma : qu’il me bouscule. Mission accomplie.