Quai des brumes est un très grand classique français de Marcel Carné, porté par un jeune Gabin séduisant et talentueux, posé dans un contexte historique fort. Parfois obsolète et ennuyeux il n'empêche que le long métrage est un film à voir rien que pour ses cinq dernières minutes très romantiques et une des répliques les plus cultes de l'histoire du cinéma français. Sorte de Casablanca à la française Quai des Brumes est un monument du cinéma français.
On vante tellement ce film que je m'attendais vraiment à mieux. On traîne longtemps (comme les personnages) pour voir se dessiner le semblant d'intrigue qui leur servira de support. Les interprètes s'en tirent plutôt bien (surtout Michel Simon et Pierre Brasseur), mais entre les non-dits (liés à la censure de l'époque) et la mise en scène particulièrement lente, il est difficile d'être vraiment emballé. Dommage.
Un des premiers classiques du cinéma français que j'ai regardé. Résultat des courses : je ne suis pas convaincu. Pourtant le film commence bien : l'introduction de chacun des personnages est bien amenée (avec son lot de scènes cultes) , et rapidement, quand on se retrouve sur le port, la brume vient napper de mystère l'histoire. C'est là que pour mon malheur les deux personnages principaux commencent leur romance impossible. Déjà que je ne suis pas à la base fan de vieux films romantiques, là j'ai du me taper des scènes où la niaiserie l'emporte sur tout autre impression pendant un sacré bout de temps. Honnêtement je me suis emmerdé. Mais bon il faut le voir au moins une fois pour se faire sa propre opinion donc regardez-le au moins une fois.
En dehors de ce qui est peut-être la plus célèbre réplique du cinéma français, que reste-t-il aujourd'hui ? Une histoire d'amour gentille, sage, un peu fadasse même, entre un marin et une fillette. Le vieux sale et le jeune loubard dont la voix devient risible quand il s'énerve, forment l'autre petit couple du film. Leurs gesticulations sont les seuls moments durant lesquels le spectateur se réveille, parce qu'il faut bien s'avouer qu'on s'ennuie terriblement. Jeter des fleurs sous prétexte qu'il s'agit d'un monument du cinéma français, non merci.
La phrase de Jacques Prévert : “T’as de beaux yeux, tu sais” prononcée par Jean Gabin face au regard transi de Michèle Morgan est inscrite depuis bientôt cent ans dans l’inconscient des amateurs de cinéma français. “Le quai des brumes”, film de Marcel Carné dont elle est tirée fait depuis office de manifeste du “réalisme poétique” premier courant du cinéma parlant français fortement influencé par l’expressionnisme allemand des Friedrich Wilhelm Murnau, Fritz Lang, Paul Wegener, Robert Wiene et Paul Leni. Autant dire que dans une moindre mesure et pour d’autres raisons que “La grande illusion”, ce monument du cinéma français est inattaquable aux yeux d’une certaine critique qui en grande partie parce que le film a été écrit par Jacques Prévert, autre monument, scénariste reconnu, présent dès la fondation du mouvement surréaliste (qu’il quitte en 1930 suite à une mésentente avec André Breton son fondateur) et ensuite très impliqué au sein du Groupe Octobre (troupe de théâtre spécialisée dans l’agit-prop de 1930 à 1936). Il est comme ça des statues indéboulonnables. Pourtant revoir le film aujourd’hui fort de toute une cinéphilie derrière soi pourra laisser quelque peu perplexe l’admirateur de chacun des protagonistes du film, de Jean Gabin à Michèle Morgan en passant par Michel Simon, Robert Le Vigan, Marcel Carné, Alexandre Trauner ou Jacques Prévert. Le film est né de la volonté de Gabin qui après avoir vu “Drôle de Drame” de Marcel Carné propose à Raoul Ploquin, le directeur de production de la UFA à laquelle par contrat il doit encore un film, d’adapter “Le quai des brumes” de Pierre Marc Orlan. Un auteur qui lui a porté chance avec “La Bandera” (1935) de Julien Duvivier, son premier succès. Il propose que le film soit réalisé par Carné et scénarisé par Prévert, les deux hommes ayant travaillé en tandem sur les deux premiers films du premier cité. Les contrats sont rapidement signés, le nom de Gabin agissant comme un sésame auprès des producteurs. Le film doit se tourner à Berlin dans les studios de la UFA. Se rendant sur place, Carné est effrayé par les méthodes allemandes qu’il juge d’une lourdeur insupportable pour la souplesse qu’exige selon lui un tel projet. Avec Prévert, il décide donc de ne plus situer l’intrigue à Montmartre comme dans le roman mais dans le port d’Hambourg (ce sera finalement Le Havre qui sera choisi) dont les deux hommes comptent tirer parti pour enjoliver l’atmosphère brumeuse voulue pour le film. Entre temps les dirigeants de la UFA ont reçu le synopsis et jugent le récit proprement indécent alors que les nazis sont désormais infiltrés dans tous les rouages de l’industrie y compris cinématographique. Jean Gabin intervient qui obtient que la production soit rapatriée en France. Le film est alors vendu, ironie de l’histoire, à un producteur russe de confession juive, Gregor Rabinovitch qui avait été obligé de vendre dès 1937 sa société de production Cine-Alliance dans le cadre de l’aryanisation de la société allemande. Moindre mal, le retard pris dans la production permettant à Carné de pouvoir disposer de Michèle Morgan à laquelle il tenait absolument pour interpréter Nelly. Toutes ces péripéties qui se poursuivront tout au long du tournage feront beaucoup pour la cohésion de l’équipe autour de Marcel Carné qui à 32 ans et seulement deux films plutôt incompris à son actif est encore inexpérimenté. Le roman a été assez profondément remanié. Par exemple le rôle du déserteur de l’infanterie coloniale tenu par Jean Gabin résulte de la fusion de deux personnages. Tout semble donc réuni pour la naissance d’un chef d’œuvre et ce sera le cas pour la majorité de ceux qui au fil des ans verront le film. Qu’est-ce qui peut donc donner un sentiment de malaise quand « Le quai des brumes » est aujourd’hui comparé avec les autres films de Gabin de la même période qui n’ont pas pris une ride ? Une explication possible peut venir de Jean Renoir qui ne manquant jamais de férocité, en sus d’avoir renommé le film : “Le cul des brèmes”, l’avait accusé à sa sortie d’être fasciste pour aussitôt se rétracter quand Jacques Prévert l’avait menacé de lui “mettre son poing dans la …”. Ce même Renoir alors qu’il imaginait le tournage de “La Bête humaine ”, avait ajouté que lui aussi pouvait faire un film “réaliste romantique" mais sans que les coutures en soient apparentes. Et c’est bien ce défaut qui sautant désormais aux yeux ne permet peut-être plus au film de soutenir aujourd’hui son statut de chef d’œuvre incontournable. L’association des deux hommes si elle a donné un véritable chef d’œuvre avec “Le jour se lève” (1939) a le plus souvent accouché de films très bavards faits de dialogues très (trop ?) hauts en couleurs poussant les acteurs à un jeu déclamatoire plutôt en contradiction avec le réalisme revendiqué. Avec le recul, “Le quai des brumes” semble un grand film raté, scintillant malgré tout d’une esthétique envoûtante grâce à un Marcel Carné secondé par l’expérimenté Eugen Schüfftan ayant déjà opéré pour Fritz Lang sur “Les Nibelungen” (1924) et “Metropolis” (1927), Alexandre Trauner pour les décors ou encore Maurice Jaubert dont la musique rend parfaitement l’ambiance des quelques très belles scènes qui jalonnent le film. Mais l’incongruité de certaines situations encore amplifiée par des dialogues ampoulés (certains plus aimables diront ciselés) qui isolent les acteurs les uns des autres, nuit à la cohérence d’ensemble qui fait que la magie n’opère pas toujours.spoiler: Si Michel Simon en tuteur de la jeune Nelly devenu criminel par amour et jalousie s’en tire comme toujours grâce à sa démesure et à deux répliques dantesques, Robert Le Vigan d’habitude fascinant semble comme un ectoplasme dans un rôle sacrifié sur l’autel de la romance centrale qui doit avancer coûte que coûte même au prix d’une certaine artificialité. Le toujours fantasque Pierre Brasseur choisi comme tête à claques du déserteur soudain revigoré par la sève amoureuse qui monte est obligé d’en faire des tonnes pour s’accommoder de la voix de fausset qui lui a été commandée par le scénario. Même Jean Gabin n’est pas toujours raccord ce qui laisse supposer que s’il adhère pleinement au projet, il n’est pas si à l’aise dans sa phase de réalisation. La scène où il tue le personnage joué par Michel Simon en est la meilleure expression, montrant un Gabin en surrégime. Seuls Aimos, Edouard Delmont, René Gérin et Marcel Pérès dans les rares rôles positifs du film ne semblent pas désincarnés tout comme le jeune Jacques Soukoff parfait en demi-sel, adjoint moqueur de l’infâme et pleutre Pierre Brasseur . Le Havre symbole de l’imaginaire portuaire très en vogue dans le cinéma des années 1930 est montré comme le quai de la fin du monde pour une bande de déshérités n’espérant plus grand-chose. Dans la triste gargote perdue sur une minuscule rade face à l’océan, répondant au nom évocateur de Panama fleurant bon le parfum exotique des horizons lointains mais aussi celui moins ragoûtant du sordide scandale qui à la toute fin XIXème siècle a éclaboussé les élites françaises, tous les malheurs du monde se sont réunis dans l’attente du pire. Reflet métaphorique de la désillusion d’un Front Populaire déjà en train de se désagréger alors que sur le plateau, Gabin serre la jeune Morgan dans ses bras. Une entreprise de très haute volée qui aurait sans doute gagné à ce que Jacques Prévert se mette entièrement au service de son réalisateur comme cela doit être la règle dans l’accomplissement plein et entier d’un art avant tout visuel. Une leçon que les deux hommes sans peut-être jamais en parler ou se l’avouer au vu du succès du film sauront retenir quand ils se retrouveront seize mois plus tard pour “Le jour se lève” que l’on peut considérer comme l’aboutissement de leur collaboration. Il faut dire qu’entre-temps Carné a pris du galon en tournant “Hôtel du Nord” qui lui aura permis d’appréhender autrement sa relation avec l’écriture de ses films grâce à Jean Aurenche et Henri Jeanson.
Sublime classique du cinéma français avec un Jean Gabin bien neuf encore et au sommet de sa superbe et une Michèle Morgane sublimissime. En dehors de la réplique culte que tout le monde connaît, c'est un superbe panorama du cinoche français, des portraits de bandits flamboyants, une mise en scène captivante, les dialogues causasses de Prévert. Superbe !!
Deuxième film de Marcel Carné diffusé sur grand écran après la réédition du fabuleux "les enfants du paradis", dans une salle toute aussi conquise. Le charme agit dès les premiers mots sous la plume du grand Prévert et dans la bouche du grand Gabin. Le scénario est nettement moins épique et étoffé que les enfants du paradis, mais tout aussi émouvant et délicieux. Certaines scènes d'extérieurs en revanche semblent un peu terne malgré le travail de restauration. Pierre Brasseur exceptionnel dans le film précédemment évoqué est malheureusement très secondaire en apparition mais tout aussi important dans le récit. L'ensemble reste un très beau drame français digne des plus belles heures du film noir.
Première expérience au sein du réalisme poétique français et première bonne surprise que représente ce *Quai des brumes*. Même si le courant porte assez mal son nom tout en proposant, paradoxalement, une définition assez pertinente de ce qu'il est : des personnages et un univers "semi-réaliste" et ancrés dans leur époque portés par une écriture tragédienne et poétique. De fait, on peut observer une sorte de décalage que j'apparenterai plutôt à une sorte d'onirisme dans les situations, la photographie et le jeu des acteurs.
J'ai donc beaucoup accroché à ce film de Marcel Carné, proposant une mise en scène sobre mais particulièrement sophistiquée et propre pour l'époque, avec un scénario très simple mais efficace qui m'a notamment fait pensé à plusieurs films américains du nouvel hollywood, comme quoi, l'inspirtion vient parfois du terroir ! Il faut avouer que Jean Gabin est extrêmement charismatique mais, au delà de l'acteur, tout le casting m'a véritablement impressionné, capables de donner vie et de rendre crédibles des dialogues théâtraux au coeur de situations cinématographiques. Michel Simon, Pierre Brasseur, Pierre Marc Orlan et Michèle Morgan réalisent une excellente partition et captivent le spectateur.
*Le Quai des brumes* est donc un film que je conseille à tous les cinéphiles, proposant des plans dans la brume sur cette ville portuaire du Havre chargés de poésie, d'espoir et de tragédie.
Un film magique et poignant, lumineux et légendaire qui marque par la beauté permanente qu'il dégage. Marcel Carné, en s'associant avec Jacques Prévert signe ici un monument du cinéma français. Tout est absolument magnifique et la restauration réalisée sur cette œuvre est un véritable délice. On retrouve une photo lumineuse, une lumière exceptionnelle qui sublime absolument le noir et blanc et nous fait parfois nous dire que rien n'est plus beau. La mise en scène est douce, malicieuse, toujours dans le tempo, la caméra se glisse, s'immisce et ne nous laisse jamais au bord du chemin. Et puis, il y a cette histoire d'amour, une histoire intemporelle et bouleversante incarnée par un couple mythique. Et enfin, ce qui restera à jamais ce sont ces dialogues. Chaque phrase est un bijou, un poème et on ne cesse de s'émerveiller devant tant de virtuosité,jusqu'à ce point d'orgue, sans doute la réplique la plus célèbre de tous les temps,le fameux "T'as d' beaux yeux tu sais", qui touche au cœur et transperce autant que les yeux de Michelle Morgan.
Réalisme poétique... Telle est l'expression résumant de manière parfaitement éloquente le cinéma de Marcel Carné. Le Quai des Brumes nous plonge dans un Havre insituable, universel, peuplé de personnages émouvants - un peintre visionnaire, une jeune fille au regard pénétrant, un déserteur poursuivi par un chien - lieu de toutes les passions et de toutes les tragédies. La simplicité des mots de Prévert, le traitement lyrique des personnages et l'effacement de la mise en scène au profit des acteurs font de ce film un classique encore et toujours d'actualité. Bien entendu il y a l'incontournable déclaration d'amour de Jean Gabin à Michèle Morgan mais aussi l'impression constante d'une nuit magique filmée à travers le brouillard, la composition intriguante de Michel Simon et le final déchirant - que certains jugeront prévisible, mais peu importe ! Le Quai des Brumes est un film à voir avec les yeux vierges de tout préjugés, comme un hymne à l'amour fredonné en dehors du temps et de l'espace. A voir absolument.
"Quai des brumes" (1938) la trois (RTBF) le 21.01.2017
Pour rendre hommage à Michèle Morgan disparue à 96 ans fin 2016, quelques chaînes TV avaient ressorti de leur frigo "Quai des Brumes", un des premiers films de l'actrice toute jeunette. Difficile de critiquer cette histoire ! Soit on tente de se mettre dans les conditions de 1938, époque où le cinéma était loin d'avoir atteint sa majorité,eti sa puissance d'aujourd'hui. Carné a dû surmonter nombre d'obstacles pour que son film ne voie le jour, Qui plus est dans une période trouble qui n'était guère propice à l'épanouissement du cinéma : les gens avaient bien d'autres inquiétudes en tête ! Pour l'époque donc, c'était parfait Mais quand on regarde ça aujourd'hui, on s'ennuie profondément devant cette production aseptisée, de cette histoire neu-neu à laquelle on a bien de la difficulté à croire ! "T'as de beaux yeux tu sais" : bof, on se demande pourquoi cette réplique banale a traversé le temps Pourquoi pas "t'habites chez tes parents?," Parmi les raisons de l'intérêt de ce film, on ne peut que rester admiratif sur le casting, et le script de Jacques Prévert. Michèle Morgan, alors toute jeune comédienne, raconte que débutante, elle était terrorisée à l'idée de jouer avec cette "bête de scène" qu'était déjà Gabin ! Elle fut même ébranlée quand ce dernier, au lieu de lui faire un baiser de cinéma en toc, lui a réellement roulé une pelle pour faire "vrai", au point qu'elle en aurait été tout à fait désemparée ! willycopresto
Un des énièmes chef d'oeuvres du couple Prévert-Carné... Du réalisme poétique parfait avec un casting de choix, une ambiance brumeuse digne d'un songe et des dialogues envoûtant dont une réplique culte à jamais. Chef d'oeuvre à voir et à revoir.
Je viens de lire que le Quai des Brumes appartenait au « réalisme poétique », je dois dire que le terme résume ma pensée en regardant le film qui préfigure déjà le néo-réalisme italien. Deux choses font perdurer ce film de 1938, d’une part les superbes dialogues de Jacques Prévert, incisifs, beaux et quelque part très modernes. D’autre part la présence de Jean Gabin qui rempli l’écran, il est au top de sa forme et n’a rien à envier aux géants américain de la même époque. Michel Simon, quant à lui, joue admirablement bien le rôle de ce psychopathe amateur de musique religieuse. Le duo est complété par une Michèle Morgan très jeune mais aussi talentueuse.