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Un visiteur
5,0
Publiée le 29 septembre 2006
Le premier film qui a démontré le génie de la mise en scène de Renoir. Au-delà du scénario, excellent,Renoir transcende son récit par des éclairages savants, un sens du tragique hautement artistique, des mouvements d'appareils splendides. La chienne est un drame pétri d'humanité, objectivement puissant, grâce aussi à la magistrale interprétation de Michel Simon.
Le premier véritable long métrage parlant de Renoir s'avère être une grande réussite! Technique, certes, mais surtout artistique, voire psychologique. Ses personnages sont en effet extrêmement fouillés et magnifiquement bien interprétés (que le jeu des acteurs ait vieilli ou non), tout comme leurs relations sont d'une grande ambiguïté : au fond il n'y a pas de bons ou de mauvais chez Renoir, juste des êtres misérables tentés par le mal quand le bonheur leur fait défaut. Alors «La Chienne» n'est certes pas un pur chef-d'oeuvre (difficile d'égaler la «Règle du Jeu» de toute façon), mais l'humanité bouleversante des personnages en fait un très grand film, s'appuyant sur la solide maîtrise du cinématographe de Renoir, qui fait ici preuve d'inventivité quant à la mise en scène et aux mouvements d'appareil. Par bien des aspects, «La Chienne» annonce le réalisme poétique français, tout en gardant sa singularité propre, typique de l'oeuvre de Renoir. Il est toujours question d'amour déçu, de misère affective et sociale, d'injustice, de faux-semblants, ou encore de réflexion (acerbe) sur l'art... le tout évoqué avec une justesse de propos et une modernité exemplaires. Même si quelques problèmes de rythme l'empêchent de prétendre au sommet de la filmographie du cinéaste français, «La Chienne» est plus qu'en bonne position, porté qu'il est par de talentueux comédiens et la sensibilité si émouvante de Jean Renoir! A voir absolument! [3/4] http://artetpoiesis.blogspot.fr/
Le scénario est excellent et la mise en scène de Renoir aussi. Par contre, la mise en image pâti de la comparaison de ses pairs de l'époque. Le montage est atroce, on n'entends que les dialogues, pas les bruits autour. La restauration numérique aurait été la bonne occasion pour revoir tout ça. Renoir n'aurait jamais fait ce film de cette façon si il avait vu un Murnau, qui sont des chefs-d'œuvre de mise en image !
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4,0
Publiée le 3 mars 2022
Le thème du brave homme devenant le jouet d'une prostituèe a rarement ètè aussi juste et rèaliste que dans ce classique de Jean Renoir! Une analyse sociale remarquèe et remarquable du cinèma de l'entre-deux guerres! Bouleversant, Michel Simon trouve ici le premier grand rôle de sa carrière! Celui d'un petit employè sans envergure, peintre amateur et passionnè, triste en mènage avant de connaître Lulu, une fille de joie qui l'exploite et le trompe avec un souteneur! D'abord se sentant fort pour protèger sa Lulu de n'importe qui puis dèchirè par le remord et par le monde qui l'entoure! Malgrè son extraordinaire qualitè, "La chienne" fut une dèception commerciale, une oeuvre incomprise pour le public de l'èpoque! Et pourtant film admirable de Renoir à l'arrivèe, une peinture de la petite bourgeoisie et de ses idèes reçues aussi audacieuse (le prologue sous le signe de Guignol) que tragique! A Janie Marèse, morte accidentellement après le tournage! La lègende de la voiture maudite de Georges Flamant continue à faire parler le cinèphile! Elle n'avait que 23 ans...
Un film superbe, un Michel Simon grandiose, une histoire dramatique, une mise en scène et un jeu de certains acteurs datés mais qui ont leur charme. UN Jean Renoir à voir ou revoir, sans hésitation.
Jean Renoir fut un réalisateur assez moyen du muet. Même en se cantonnant au cinéma français, aucun de ses films ne pouvait se comparer au « Napoléon » qu’Abel Gance réalisa en 1927, ni à « Au bonheur des dames » de Julien Duvivier (1930). Mais, contrairement à ce dernier, il frappa dès le début du sonore avec « La chienne ». Après le lourdingue « On purge bébé », exercice pour s’adapter au parlant, il réalise magistralement un deuxième film. Borné par le théâtre de marionnettes, où Guignol nous explique d’emblée que cette histoire concerne des gens comme vous et moi, Cette descente profonde dans le peu de grandeur et l’immense noirceur des pensées et comportement humains illustre un illusoire triangle amoureux entre le gentil peintre amateur mais talentueux, grand benêt aussi amoureux (Michel Simon) qu’il est laid, et la la prostituée (Janie Marèse), victime entichée d’un souteneur (Georges Flamant), mufle, brutal et sans scrupules. Ce trio s’accompagne d’une galerie de personnages sinistres. De la femme sans cœur (Magdeleine Bérubet) aux collègues de bureau cruels et ricaneurs, en passant par les marchands d’art qui ne pensent qu’à faire du fric, l’honnêteté et la morale de tout ce joli monde se sont depuis longtemps évaporées. L’énorme tour de force du cinéaste est de nous emmener vers une condamnation à mort qui satisfait notre soif de justice, en révélant par la même que nous ne valons pas mieux que ce petit monde qui, turpitude ultime, envoie à la guillotine un coupable pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Et le rideau de tomber, permettant une mise en abime sans équivalent dans le cinéma de l’époque (Manckiewicz reprendra ce procédé dans « Le Limier » quarante ans plus tard). Ce fond « édifiant » est servi par une forme exceptionnelle et innovante où Theodor Sparkuhl filme en décors naturels, accompagné par une prise son sur le vif de Marcel Courmes, apportant pour la première fois à l’écran, avec les petits bruits variés de la rue, une profondeur sonore réaliste. Le ramage valant le plumage, la qualité des dialogues, qui deviendra une constante du cinéaste, est déjà évidente. Par contre, le casting est plus inégal. Au sommet un Michel Simon dont le rictus fut façonné par Renoir, Janie Marèse, imposée par la production, star en devenir mais qui décèdera dans un accident de la circulation quelques semaines plus tard, Georges Flamant gouailleur amis odieux et Roger Gaillard (l’adjudant), l’autre personnage sympathique du film. A l’opposé, Magdeleine Bérubet (l’épouse) en fait des tonnes, souvent a la limite du ridicule, comme les pesants collègues de Michel Simon au jeu stéréotypé et répétitif. Ainsi ce grand film, pas loin d’un chef d’œuvre, débute une nouvelle carrière pour celui qui, à mon sens, est un des plus grands cinéastes du vingtième siècle. Quant au remake « La rue rouge » de Fritz Lang, bien qu’également très bon, il souffre de la comparaison avec « La femme au portrait » réalisé deux ans plus tôt, également avec Edward G. Robinson.
Employé effacé, mari docile et peintre amateur, Maurice Legrand s'entiche d'une garce, elle-même amoureuse d'un gigolo. L'introduction de Renoir est facétieuse qui nous annonce que le film n'est pas plus un drame qu'une comédie, qu'il ne sous-entend aucune morale ni ne cherche à prouver quoique ce soit. Les personnage du film, dit le cinéaste, sont des "hommes ordinaires comme vous et moi". Un des personnages, à la fin énonce, toutefois qu'il faut de tout pour faire un monde. Un axiome qui fait écho à celui de "La règle du jeu" : "le plus terrible sur cette terre, c'est que tout le monde a ses raisons" Voilà dédouanés tous ses hommes (et femmes) de la médiocrité de leur comportement dans cette histoire en forme de fait divers qui, en effet, balance entre drame et comédie sans jamais choisir. Le trio de personnages n'apparait pas précisément original au début du film. Mais Renoir, avec son acuité et son ironie feutrée, les singularise, les humanise au-delà de leur apparence conventionnelle. Et, sous l'effet d'une mise en scène pleine de bonnes idées, d'une fluidité et d'une modernité manifestes -surtout pour un film des débuts du parlant- l'ensemble des personnages, premiers comme seconds rôles, prennent une dimension inattendue. En premier lieu, celui de Michel Simon, dont l'évolution et l'ambivalence sont emblématiques de ce que Renoir veut signifier à propos de l'humanité. Le titre du film peut s'interpréter de diverses façons. Lucienne est qualifiée de chienne : parce qu'elle est cette femme trompeuse et profiteuse; elle est, dans une autre facette, cet animal soumis à son amant. La chienne, c'est la vie aussi, remplie de comportements honteux, de choses sordides, d'injustices. Tout est suggéré dans le film de Renoir, y compris par l'humour, contre tout pathétisme, et sa mise en scène est vraiment la valeur ajoutée du sujet.
« La Chienne » de Jean Renoir (1931) n’a pas trop vieilli. L’histoire est simple : Maurice Legrand (Michel Simon), timide caissier dans une entreprise où tout le monde se moque de lui, est marié sans bonheur à la veuve d’un adjudant. Il se réfugie dans la peinture et va naïvement tomber amoureux de Lulu (Janie Marèse décédée d’un accident de voiture juste après le tournage) qui est sous la protection de Dédé (Georges Flamant), un petit souteneur caricaturalement parisien, qui la poussera à avoir une relation avec Legrand. Dédé commencera à vendre les toiles de Legrand en faisant croire qu'elles sont peintes par Lulu alias Clara Wood… mais le drame va arriver avec sa fin cynique et un épilogue inattendu. A noter une petite critique des marchands de tableaux et des critiques d’art, petite revanche familiale ? Comme souvent chez Renoir, le film est ouvert et fermé sur une scène de théâtre, ici de guignol déclamant « Drame social : le vice est toujours puni… mais en fait non et l’histoire est amorale surtout pour l’époque ce qui lui valut peut-être d’être mal accueillie par le public ? A noter que ce film a fait l’objet d’un remake « La rue rouge » en 1947 par le grand Fritz Lang.
Dès son premier long-métrage parlant, Jean Renoir s’autorise une liberté de ton peu commune à l’époque. Alors que la technique du cinéma parlant est encore balbutiante, le réalisateur remplit son film de bruits d’ambiance très convaincants. Ce procédé et les savants mouvements d’appareil contribuent grandement à l’aspect très réaliste du film. D’un point de vue technique, La Chienne est une belle réussite qui préfigure la filmographie à venir du futur auteur de La règle du jeu. Les mêmes louanges peuvent être portées au scénario et à la narration. Le drame raconté va se muer progressivement en tragédie et se nourrir des rapports de force changeants entre les personnages. Dans le rôle principal, celui de Maurice Legrand, fonctionnaire peu apprécié de ses collègues et désaimé par sa femme, Michel Simon excelle. Maurice Legrand, isolé, fragile, n’a que la peinture qu’il pratique en amateur pour échappatoire. D’abord crédule, ce personnage va évoluer au rythme d’une écriture précise et fouillée. Michel Simon donne corps avec brio à l’évolution psychologique de son personnage et domine un bon casting duquel nous pouvons regretter le sur-jeu théâtral de Georges Flamant. Si Maurice Legrand peint notamment son propre portrait, Jean Renoir peint celui d’une société aux rouages grippés par les faux-semblants et l’injustice et avec pour toile de fond, le désert affectif et social dans lequel le personnage erre. Libre de toute intention morale, La chienne renferme une étude sociale tout aussi efficace que fascinante et qui n’a rien perdu de sa modernité.
La Chienne, drame social anarchiste, va marquer le début d’une période réaliste pour Renoir et pour le cinéma français. Le réalisateur confirme sa maîtrise de la mise en scène, son ambition esthétique et sa fascination pour le son direct avec ce film grave, servi par une distribution parfaite.
Une jeune femme abuse de la bonté d'un homme plus âgé en manque d'amour. Croyant son béguin réciproque, il ne saura éviter le drame en découvrant le pot-au-rose. Tel est le sujet - au demeurant intemporel - du second film parlant de Jean Renoir. Interprété par le grand Michel Simon, le personnage principal, Maurice, est terrible de naïveté et de crédulité. Des traits de personnalité qu'il parviendra à gommer dans une scène centrale, en se vengeant de manière humoristique de sa compagne affreusement autoritaire et de l'ex-mari de celle-ci, venu le racketter. Mais cette inversion des rapports de force ne sera que provisoire... Un grand drame à l'ancienne.