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Un visiteur
5,0
Publiée le 13 octobre 2006
Ce film n'est pas niais! Un pensionnat au milieu du XXe siècle vu à travers les yeux de trois enfants, exclus de force du monde des adultes, par leurs parents (volontairement ou involontairement), et les professeurs (qui se contentent de faire leur travail et de survivre, entre deux guerres et à une époque où la parole des enfants n'a guère de valeur). Ils se créent un monde à eux pour échapper à la froideur du lieu où ils vivent, et découvrent un secret qui met de l'aventure dans leur vie de pensionnaires. C'est drôle et très fin, on y parle ouvertement du racisme (envers le professeur allemand), de l'alcoolisme (Michel Simon, mémorable), et le traître s'avère être le directeur lui-même : trois sujets (entre autre) très "osés", pour l'époque. Car n'oublions pas que ce film date de 1938, et que ce genre de dénonciations n'était pas vraiment habituel. Alors je dis bravo, pour ça et pour tout le reste. Les comédiens, l'intrigue, l'humour, et les dialogues inoubliables ("On parle au beau milieu de la nuit? Mais c'est incroyable, ça!" "Vous y croyez, vous, aux sciences occultes? Moi, j'y crois"). Chiche Capon!
Un film fantastique plein de fraîcheur et de goût d'avant-guerre. Une oeuvre à voir et à revoir sans modération. Un chef- d'oeuvre du cinéma français. Bref, à posséder dans sa dvdthèque.
"Les disparus de Saint-Agil" reste encore aujourd'hui l'exemple de ce qui peut se faire de mieux en matière d'adaptation littéraire au cinéma. La rencontre entre l'auteur de romans à succès d'aventures fantastiques pour enfants, Pierre Véry et le réalisateur de comédies légères, Christian-Jaque aura été particulièrement fructueuse, "L'assassinat du Père Noël" succédant avec brio en 1941 à cette première collaboration. En 1938, Christian-Jaque dont la filmographie est déjà relativement fournie s'est fait remarquer grâce à quatre comédies où il a pu bénéficier du génie comique bouillonnant de Fernandel dont on peut ressortir "Un de la légion" et "François 1er". Grâce à l'adaptation par Jacques Prévert des "Disparus de Saint-Agil" paru en 1935, il va pouvoir étendre son rayon d'action et démontrer une sensibilité qu'il n'aura pas si souvent l'occasion d’exposer, mettant le plus souvent son talent au service de projets sans grande profondeur qu'il contribuera malgré tout à rendre parfaitement digestes. Mais en cette année 1938, il réalise un sans-faute qui fait des "Disparus de Saint-Agil" un film intemporel où se rencontrent les peurs insondables de l'enfance et l'angoisse qui mine les adultes au sein d’une pension à l’atmosphère feutrée en cette période troublée, annonciatrice de lendemains incertains. Formidable directeur d'acteurs, Christian-Jaque s'appuie sur Léo Mirkine son chef opérateur de prédilection pour nimber le récit de Pierre Véry d'une lumière puisée aux sources de l'expressionnisme allemand, usant des ombres et du silence de la nuit afin de diffuser un suspense mêlant une petite bande d’adolescents turbulents à un trafic de fausse monnaie Il n'est pas besoin de montrer beaucoup pour susciter l'angoisse comme saura si bien l'exprimer le grand Jacques Tourneur à Hollywood quelques années plus tard sous la houlette de Val Lewton. Dans cet univers clos exclusivement masculin, Christian-Jaque utilise peut-être certains des personnages adultes pour laisser transparaitre ses préoccupations liées à l'actualité géopolitique du moment. spoiler: Par exemple le surveillant du dortoir joué par Martial Rèbe qui ne pense qu'à dormir ou encore le professeur somnambule surnommé Planet (Jacques Dérives) peuvent par le biais de la métaphore symboliser une France qui ferme les yeux face au péril qui guette pendant que certains espèrent encore que la désuète ligne Maginot et plus tard la signature d'un accord fallacieux à Munich suffiront à rassasier l'appétit de l'ogre nazi.
Face aux chamailleries et à la passivité des adultes, la petite bande des Chiche-Capon a fière allure, ne rêvant que d’Amérique et chacun prêt à braver sa peur pour défricher des territoires inconnus ou venir en aide à un camarade en détresse. Un début de résistance sans aucun doute que les Mouloudji, Serge Grave et Jean Claudio incarnent à merveille. Quand le reste du casting est assuré par Erich Von Stroheim, Michel Simon, Armand Bernard et Robert Le Vigan, on sait que ces jeunes-là seront parfaitement épaulés. Assurément, l'alchimie parfaite qui a contribué à sa fabrication a réussi à mener sans encombre "Les disparus de Saint-Agil" au statut de film culte qu'il détient quasiment sans discontinuer depuis sa sortie, le 6 avril 1938.