Un film de bagnoles ? En apparence seulement. Et pourtant, j’ai accroché.
Autant être honnête : j’avais des doutes avant de lancer Ford v Ferrari. J’imaginais une suite de vrombissements, de moteurs surchauffés et de ralentis virils… et je dois admettre que j’étais à côté de la plaque. Ce film m’a surpris, par son intelligence de narration, son esthétique maîtrisée, et surtout par l’univers parfaitement reconstitué de l’Amérique des années 60. Les costumes, les décors, les voitures… tout respire une époque que je ne connais pas, mais que le film rend vivante.
Christian Bale est un vrai atout : drôle, brut, imprévisible, il donne au film une énergie singulière. Son accent (vu en VO bien sûr) m’a beaucoup marqué — je ne sais pas s’il est fidèle à la réalité, mais il donne au personnage un vrai relief. Matt Damon fait le job, plus sobrement.
Ce que j’ai le plus apprécié, c’est que le film ne se limite pas à la course. Il parle aussi d’amitié, de liberté, de création face aux logiques commerciales. Et à ce titre, il offre une critique assez lucide du système Ford lui-même : ses jeux politiques internes, ses dirigeants opportunistes, ses priorités marketing qui étouffent la passion des ingénieurs. Il y a là un regard amer sur les rapports de pouvoir dans le monde industriel, que le film ne glorifie pas, et c’est tout à son honneur.
Malgré cela, l’ensemble reste parfois un peu trop sage. On sent tout de même le besoin de flatter un certain patriotisme, avec la réussite à l’américaine et les figures héroïques très “droites dans leurs bottes”. Rien de gênant, mais une couche un peu brillante sur un fond plus nuancé.
Bref, une très bonne surprise. Pas révolutionnaire, mais efficace, humain, et bien mené. Même quand on n’aime pas les films de course.