Des titres qui défilent en très gros caractères, une Kate McKinnon aussi déjantée que dans S.O.S. Fantômes, la bonhomie de l’interprète principal, tout cela ne saurait suffire pour faire de Yesterday un bon film, pas même le film attendu, ce film censé interroger la valeur musicale d’un groupe iconique dans un monde soudain rendu amnésique. Pas une fois les textes ne sont questionnés – sauf pour souligner l’étrangeté de l’appellation URSS en lieu et place de Russie –, leurs propos politiques revisités ou eux-mêmes objets d’une réflexion de la part d’un plagiaire qui se contente de transmettre une mémoire musicale atrophiée et qui pourtant va de soi, reconnue par tous comme patrimoine mondial, partagée, diffusée sur les plateformes en vogue aujourd’hui. Des cœurs, des likes, des foules. Alors on nous dit que l’argent c’est pas bien. Oui, d’accord. Qu’il y a les bons et les méchants. Ok. Rien, en revanche, sur la notion de plagiat : reprendre les titres des Beatles, est-ce voler ou prolonger ? Rien, non plus, sur les nouvelles modalités de dépendance : que signifie être médiatique à l’époque des Beatles ? et de nos jours ? Le film refuse de penser le décalage temporel autrement qu’au détour de l’anecdote voulue comique ; ce faisant, il s’enferme dans une trajectoire circulaire des plus pauvres qui l’empêche de proposer une réflexion sur notre rapport à la musique et à la célébrité. Comme un historien qui prétendrait penser la société contemporaine sans prendre de recul, sans faire œuvre d’historien, en somme. Yesterday s’agite tel un ascenseur, il monte et descend de manière mécanique tout en exhibant ses rouages ; il s’articule autour de deux pôles qu’il ne traite guère : de la médiocrité vers le génie, de l’anonymat vers la notoriété. Aussi moyennise-t-il tout. Le génie des Beatles est-il accessible à n’importe quel chanteur passionné, si bien que sa seule prestation suffit à remplacer les absents ? Au contraire, la performance du chanteur amateur est-elle dénuée d’appropriations personnelles ? Tout semble se valoir, tout se chante sans jamais se vivre. Et ce n’est pas l’histoire d’amour entre les deux tourtereaux, aussi pertinente que l’est la rencontre entre une fourchette et un couteau jetables, qui apportera un semblant de complexité. Vont-ils finir ensemble ? Yes. Mais après consommation, poubelle.