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benoit_lb
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4,0
Publiée le 7 septembre 2023
« Memoria » fait partie de ces films qu’il faut méditer longuement après l’avoir vu pour en extraire la substantifique moelle et pouvoir émettre une opinion. Un film entre rêves et réalité dont la frontière est tenue et n’apparait plus distinctement qu’en repensant à chaque scène une fois sorti de la salle. Jessica souffre d’insomnies depuis qu’elle a perçu un bruit d’explosion qu’elle seule a entendu. Ses investigations pour comprendre l’origine de ce son vont lui permettre de croiser plusieurs personnages, certains réels, d’autres n’appartenant qu’à ses rêves. Le rythme très lent du film et son nombre réduit de plans permettent de mieux cerner la part de rêve grâce à un jeu subtil d’indices qu’Apichatpong Weerasethakul égraine au détour de plusieurs scènes. Les quelques situations insolites qui jalonnent le film deviennent autant d’éléments qui marquent la porte d’entrée du monde de l’imaginaire et l’introduction de personnages fictifs : cet ingénieur du son qui aide Jessica à reconstituer le bruit d’explosion qui hante ses nuits mais s’avère finalement une personne inconnue de ses collègues de travail et du groupe musical auquel il prétend appartenir, cette anthropologue française (campée par Jeanne Balibar) dont l’entrée du laboratoire est obstruée par un banc et que Jessica retrouve pour un diner sur le pouce dans une petite ville perdue loin de la capitale ou encore cette sœur qui semble bien mal en point sur son lit d’hôpital mais qu’on retrouve guillerette le soir même de sa sortie de l’hôpital autour d’un diner bien arrosé avec son mari et son fils. Le rêve rejoint parfois le domaine de l’irrationnel comme pour ce concert de sirènes d’alarme auxquelles se livrent quelques voitures pourtant sagement garées, ces lumières d’une salle d’exposition qui s’éteignent brusquement ou encore ce chien qui suit Jessica dans la rue, sans oublier cette soucoupe volante sortie de la jungle amazonienne pour retourner vers l’au-delà. Corollaire du rythme lent du film, le style épuré du réalisateur : une façon de filmer très simple, sans fioritures, qui fait la part belle aux plans fixes et où les mouvements de caméra sont rares. Les dialogues sont réduits au minimum nécessaire. Aucune musique n’est ajoutée à la bande son. Les plans fixes très long, les silences et les pauses donnent aux acteurs le temps nécessaire pour retranscrire à l’écran l’intégralité des émotions qui traversent leur personnage et permettent au réalisateur d’assurer une mise en scène d’une fluidité remarquable. Les rares séquences où apparait un nombre plus important de personnages, comme celle de la rencontre dans le patio extérieur de l’université ou celle du diner au restaurant, mettent bien en valeur le mouvement des figurants et confèrent tout son naturel au film. Le choix de la Colombie comme décor de cette fiction consacrée à la mémoire n’est sans doute pas anodin. Apichatpong Weerasethakul nous montre une Colombie apaisée et prospère loin de l’image qu’on peut avoir d’un pays qui sort d’un demi-siècle de conflit armé. Pourtant il suffit de voir l’héroïne quitter Bogota pour être rappelé à la réalité d’un pays où l’armée continue à effectuer des contrôles sur les routes. Un pays qui a du mal à opérer ce travail de réconciliation qui lui permettrait de consacrer toutes ses forces et son énergie à son futur. Le passé reste enfoui dans l’inconscient collectif et avec lui la mémoire des violences et crimes qui ont jalonné cinquante ans de son histoire. C’est cet inconscient qui est refoulé par Jessica et Hernan lorsque leurs deux mémoires s’entrelacent lors d’une des dernières scènes clefs du film. Jessica le sait, la mémoire ne s’efface pas de l’homme contemporain, au contraire de l’homme du passé, dont le crâne se caractérisait par un trou d’où elle pouvait, semble-t-il, s’échapper. Plus qu’un film, « Memoria » se vit comme une véritable expérience cinématographique par son rythme, son esthétique, la complexité du sujet qu’il aborde et la poésie qui se dégage de l’ensemble. Un film qui ne risque pas de rester enfoui dans notre inconscient mais de rester bien vif dans notre mémoire.
Ce film est magnifique. Il est certes un peu long mais c'est au spectateur de se laisser aller et à s'autoriser à entrer dans un état méditatif et a fermer parfois un œil.
Loin de l'ordonnancement habituel du récit, loin du réel et pourtant tout contre lui, déroutant par sa radicalité; comme un mot qu'on a sur le bout de la langue et qu'on n'arrive pas à retrouver et plus on cherche plus il s'éloigne, tout effort de formulation semble vain, toute tentative de clarification provoque l'effacement; "Memoria" nous échappe! Alors, se détourner, quitter cette voie? D'une certaine manière, oui. Mais plutôt qu'abandonner, s'abandonner. Au lieu de refuser, accepter et faire confiance à l'extraordinaire capacité qu'a l'esprit de se modeler, de se réinventer par deçà toute compréhension. Au moins le temps d'un film, appréhender tout ce qui se passe à l'écran différemment, cet univers si familier qu'on regarde pratiquement toujours du même endroit, avec les mêmes yeux, les mêmes repères inscrits dans notre mémoire, ... un pas de côté qui peut nous enrichir d'une expérience nouvelle. C'est un film qui parle d'esprits à l'esprit. Apichatpong Weerasethakul regarde le monde comme s'il le découvrait pour la première fois et nous fait part de ce qu'il a perçu avec l'objectivité d'un extraterrestre. Un grand moment de temps dilaté, de chaos dans la beauté, un grand moment inoubliable.
Memoria se présente comme une expérience sensorielle énigmatique, moins attachée au récit qu’à la perception. Le film invite à écouter, à attendre et à accepter l’incertitude comme principe de mise en scène.
Avant de le découvrir, il est utile de savoir qu’il se tient volontairement à distance de toute narration classique. Apichatpong Weerasethakul privilégie une approche fondée sur la durée, l’attention et l’expérience sensorielle, où le récit progresse peu et où le sens demeure largement implicite. Le film avance par impressions successives, avec une place centrale accordée au son et aux silences, souvent plus structurants que l’image elle-même. Cette logique intuitive, pleinement assumée, exige une disponibilité réelle de la part du spectateur, au risque sinon de générer lassitude ou frustration face à l’absence d’enjeux clairement identifiables.
Cette forme singulière s’explique par le contexte de création du film. Memoria marque un déplacement important dans le parcours du cinéaste, avec un tournage en Colombie, loin de la Thaïlande où s’ancre habituellement son cinéma. Ce territoire, chargé d’une histoire dense et souvent silencieuse, imprègne le film de manière diffuse, sans jamais être frontalement commenté. Ce contexte nourrit une atmosphère cohérente et étrange, mais renforce aussi une impression d’abstraction, le film semblant parfois davantage préoccupé par l’expérience qu’il propose que par l’adhésion émotionnelle qu’il suscite.
Sur le fond, le film interroge la mémoire comme phénomène sensible plutôt que narratif. La mémoire n’y apparaît pas comme un souvenir ordonné, mais comme une trace persistante, un écho qui traverse les corps, les sons et les paysages. Le passé ne se raconte pas toujours ; il se manifeste par des perturbations, des présences diffuses ou des sensations physiques. L’écoute devient alors un acte central, une manière d’accueillir ce qui résiste à l’explication rationnelle.
Le film développe également une réflexion sur le temps et l’exil. Le temps y est non linéaire, composé de strates superposées plutôt que d’une progression continue. Les lieux semblent porteurs d’une mémoire propre, indépendante des individus qui les traversent, esquissant une vision du monde où l’humain apparaît comme un réceptacle provisoire d’histoires plus vastes que lui.
De mon côté, j’ai trouvé le film beau et original, porté par un dispositif sonore singulier et une mise en scène d’une grande sobriété. J’ai été sensible à cette démarche rare et à cette façon d’imposer un autre rapport au temps et à l’écoute. Toutefois, l’opacité du sens et l’absence de structure narrative m’ont en partie tenu à distance, au point de freiner mon engagement. J’ai davantage admiré le geste que réellement éprouvé une implication durable.
Les limites tiennent précisément à cette radicalité. Le rythme extrêmement lent peut devenir éprouvant et donner l’impression d’un film qui s’étire sans toujours renouveler son impact. Le refus de toute clarification laisse le spectateur face à un dispositif parfois trop conceptuel, où la réflexion sur la perception prend le pas sur l’émotion.
Memoria demeure ainsi une proposition singulière et stimulante, plus forte comme expérience sensorielle que comme film pleinement engageant, qui intrigue davantage qu’il ne saisit.
"Le voyage, hypnotique, exige le lâcher-prise et laisse le spectateur dans un état second. Ensorcelé ou mort d’ennui". Cet extrait d'une critique presse me semble très juste. J'ai personnellement été hypnotisé au point de sombrer dans un état soporifique. Des plans fixes interminables et injustifiés, des scènes qui n'apportent aucun intérêt au film, une Tilda SWINTON inexpressive du début à la fin et un rôle que n'importe quelle actrice aurait pu jouer à la place de Jeanne BALIBAR. Je ne sors jamais avant la fin d'un film car l'épilogue peut être révélateur (un petit coucou à tous ces spectateurs qui laissent des notes mauvaises à des films en avouant être sortis de la salle au bout d'une heure...). Malgré ma patience, je n’ai pas compris l'engouement des critiques. Serais-je passé à côté d'un chef d’œuvre ?
Un film d'un ennui intersidéral... D'une longueur sans fin avec des plans fixe sans aucune action, qui laisse penser que le réalisateur se fait juste plaisir..
Je ne comprends pas le succès de ce film auprès de la majorité des critiques de cinéma. Ce film est, pour moi, incompréhensible. Enfin, si... j'ai compris, très vite, où le réalisateur voulait en venir. Mais quel est son message ? J'ai lu de nombreuses critiques dithyrambiques : c'est du délayage descriptif, du charabia; aucune n'analyse sérieusement le film. Sur le plan de la forme, c'est affligeant. Plans fixes soporifiques. Au mieus, par moments, ça pourrait faire une vidéo pour Géo ou National Geographic. Bande son totalement banale, contrairement à ce que tout le monde essaie de dire.
Un drôle de film, génial d'inventivité et de liberté poétique jusqu'à l'avant dernière scène ou l'imaginaire perd de son ambiguité pour s'enfoncer dans une idée loufoque qui aboutit sur une sortie de film décevante.
Que dire de ce film, ennuyeux, qui traîne en longueur et surtout un scénario un peu brouillon, difficile de savoir où veut nous emmener le réalisateur.