Comme on s’en doutait au vu du titre, cette production belgo-française traite d’une poignée de “filles de joie”, trois Françaises, aux profils variés, qui traversent la frontière chaque jour pour aller exercer en Belgique : l’une est une mère célibataire débordée par ses enfants et sa vieille mère, une autre rêve du client qui la sortira de cette vie d’expédients, une autre encore est mère de famille et infirmière, et arrondit ses fins de mois en secret. C’est avant tout la compréhension, avec le plus de justesse possible du quotidien de ces prostituées, qu’elles considèrent leur activité avec colère, idéalisme ou philosophie, qui intéresse les réalisateurs, bien plus que leurs histoires personnelles même si les enjeux propres à chacune d’elles trouveront leur résolution avant la fin de la séance. Si la mise en scène ne manque pas d’énergie, on pourra regretter un curieux découpage en trois temps qui rend les prémices un peu confuses sans rien apporter de très utile à l’ensemble. Pour Fonteyne et Paulicevich, il ne s’agit ni de juger, ni de militer en se déclarant pour ou contre, mais simplement de dépeindre le quotidien de ces “femmes qui bossent” dans le plus vieux métier du monde, avec ses événements sordides et ses coups de blues mais aussi d’autres moments, plus légers, anecdotes salaces et instants de complicité féminine, en guise de sas de décompression. D’une manière générale, ‘Filles de joie’ arbore une position ouvertement féministe, non par le sujet qu’il traite ou la manière bienveillante dont il le fait (il est loin d’être le seul dans ce cas) mais parce qu’il inclut dans son regard nombre d’autres marqueurs, plus discrets, moins évidents, de la manière dont les femmes sont déconsidérées et dominées dans la société contemporaine.