Amateurs de documentaires animaliers, épargnez vous un moment pénible ! Regarder un film, y compris une série B d'horreur, ça s'apprend.
Et la première condition pour assister à une projection et en tirer profit, est de savoir se tenir en abandonnant toute attitude consumériste, ce qui suppose de savoir pourquoi nous sommes venus au cinéma et avons pris la décision de dépenser une dizaine d'euros.
De règle générale, aller au cinéma voir un film sur ou avec des animaux par exemple, le plus souvent artificiels, et glander sur son fauteuil ou devant l'écran de son PC en admirant la puissance triomphante des "apex predators" sont deux attitudes foncièrement différentes. Estimables l'une comme l'autre, sans doute, mais différentes.
Si vous ne signez pas le pacte de la fiction à l'entrée (ce qui revient à promettre au réalisateur de ne pas lui réclamer un doctorat en biologie marine dans le cas qui nous occupe, et plus simplement à ne pas l'emmerder avec des considérations de vraisemblance et autres conneries) , si vous n'avez aucune sensibilité littéraire (métaphores, symboles, références, figures...), aucune culture cinématographique (choix de mise en scène, composition des plans...) , aucun humour enfin, ce n'est pas la peine d'insister.
Ce film témoigne d'une grande maîtrise des procédés classiques du cinéma d'horreur. Alexandre Aja prouve à cette occasion que le talent dans la maîtrise des vieilles recettes est garant d'une certaine liberté.
Partir, comme il le fait, d'un scénario assez faible (la maison inondée est le théâtre oedipien de retrouvailles forcées entre un père et sa fille), porté par une morale de la win plutôt naze, et aboutir à un film puissant duquel émerge une figure féminine terrifiante et belle, n'est pas à la portée du premier venu.