Kristen Stewart a découvert La Mécanique des fluides de Lidia Yuknavitch en 2017 sur sa liseuse. La lecture l'a bouleversée physiquement au point d’appeler son équipe dès les premières pages pour rencontrer l’autrice. Ce choc émotionnel est à l’origine du projet, qu’elle a ensuite façonné comme une œuvre intime et sacrée : "Ce qui m’a attirée, c’est la fragmentation du récit : Yuknavitch ne vous propose pas une narration bien ordonnée, elle vous tend plutôt les éclats d’une vie en exigeant que vous les assembliez vous-même."
"Cet acte de reconstruction – c’est-à-dire le fait de voir une histoire se briser puis de choisir d’en recoller les morceaux - s’est retrouvé au fondement de cette certitude qui me disait : ce texte doit devenir ton premier film."
Le scénario n’a pas vu le jour facilement. Stewart a écrit et réécrit sans relâche pendant huit ans, testant près de 500 versions. Elle voulait un script "éphémère et neurologique", qui reflète la mémoire elle-même plutôt qu’une narration classique. Cette quête d’une forme libre est devenue le moteur de son premier long-métrage.
Kristen Stewart a choisi la pellicule 16 mm plutôt que le numérique. La réalisatrice voulait entendre "battre le cœur de la caméra" et donner au film une texture de mémoire, proche d’un flipbook. Ce choix technique participe au sentiment d’intemporalité et invite le spectateur à combler les vides avec son propre vécu :
"Je pense qu’il était impossible d’engranger la quantité d’informations qu’enregistre une caméra numérique tout en laissant aux spectateurs la possibilité de remplir eux-mêmes les vides. Il fallait que le film donne l’impression d’être à d’être à quelque distance, afin que les spectateurs se penchent vers l’écran et essaient de s’immerger dans l’histoire."
The Chronology Of Water a été présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025. Kristen Stewart est une habituée de la Croisette puisque plusieurs des films dans lesquels elle a joué y ont été présentés, comme Sur la route, Sils Maria, Personal Shopper, Café Society ou encore Crimes of the Future.
Imogen Poots incarne Lidia de ses 17 ans à presque 40 ans, un rôle difficile qui exigeait à la fois vulnérabilité et intégrité. Pour Kirsten Stewart, la comédienne est devenue l’âme du film : "Je la suis depuis des années et le hasard a fait que nous avons plein de connaissances en commun, des personnes importantes dans nos vies, mais nous ne nous étions jamais vraiment rencontrées lorsqu’elle a envoyé une vidéo de casting. Nous avons organisé une deuxième rencontre au cours de laquelle elle devait lire une scène. Elle avait à peine prononcé un mot que j’ai dit : Stop ! Il faut tourner avec une vraie caméra dès maintenant."
Le projet a rencontré de nombreux obstacles financiers et artistiques. Kristen Stewart a dû convaincre longtemps avant de réunir les bonnes personnes. Le sujet, jugé « dérangeant », rendait le montage du projet ardu. Mais la passion et l’obstination ont fini par fédérer producteurs et partenaires. La cinéaste précise :
"Nous avons dû métaboliser beaucoup de douleur pour trouver quelque chose qui nous semblait beau. Et c’est ce dont parle le film. Créer ces souvenirs avec ces personnes, les filmer sur pellicule pour qu’ils ressemblent à un rêve auquel nous pourrions nous référer et que nous pourrions revivre."
The Chronology Of Water n’a pas été pensé comme un biopic classique. Stewart continuait à écrire même pendant le montage, reliant de nouvelles images et souvenirs pour créer une narration mouvante. La structure volontairement fragmentaire incarne la manière dont les souvenirs et traumatismes se recomposent.