Mankiewicz signe là un film qui repose avant tout sur son scénario, parfaitement écrit avec de brillants dialogues (la tirade de Kirk Douglas contre la radio) et nous livre une étude critique non dénuée de cynisme des mœurs américaines au travers de trois flash-backs montrant les parcours de différents couples. La mise en scène est d'une admirable perfection et les acteurs sont exceptionnels.
Trois femmes, trois couples et trois flashback pour tenter de savoir avec quel mari est partie la mystérieuse Addie Ross, laissée astucieusement hors-champ pendant tout le film. Mais moins que de faire deviner laquelle des trois amies a été trompée, il s'agit surtout de réaliser une étude précise du couple et tout ce qui pourrait le mener à sa fin. Entre la peur de Deborah de ne pas être à la hauteur de son mari et de ne pas s'adapter à sa nouvelle ville, le zèle de Rita auprès de sa patronne afin d'obtenir une promotion et la manipulation de Lora Mae pour attirer Porter, les trois portraits ne sont pas tendres avec les femmes et soulignent donc, à travers une écriture d'une grande finesse (une habitude chez Mankiewicz), leurs caractères exigeants, dominateurs et égoïstes. Souvent critique avec ces femmes qui tentent de comprendre leurs erreurs, le film touche par son ton grinçant, que ce soit dans sa moquerie des mœurs des classes aisées ou à travers sa tirade contre la société de consommation (Kirk Douglas en très grande forme). Pourtant, loin de charger ostensiblement ses personnages, le film leur témoigne une bienveillance et relativise du même coup leurs défauts. C’est bien ce curieux mélange de sarcasme et de douceur qui fait la singularité de « A Letter to Three Wives », savoureuse comédie au happy-end surprenant et malicieux.
En 1949, Joseph L. Mankiewicz réunit un plateau prestigieux avec Jeanne Crain, Linda Darnell, Ann Sothern, Kirk Douglas et Paul Douglas (aucune parenté avec Kirk) pour l'adaptation du roman de John Klempner, "A Letter to Five Wives". Il utilise la technique de la voix off et du flashback pour raconter l'histoire de trois femmes qui nous sont présentées consécutivement, à noter que cette voix est celle d'Addie Ross, l'un des personnages clé du film. Ce récit est une savoureuse satire de la bourgeoisie américaine de l'époque narrée sur un ton sarcastique et une divine touche comique comme la scène de la robe au Country Club. Chaque couple est passé au peigne fin et leurs disputes sont le reflet de la vie quotidienne transposable d'ailleurs à notre société d'aujourd'hui. Les uns et les autres apparaissent avec leurs petits travers mais aussi avec leurs soucis respectifs, l'humour corrosif en sus. Ce sont les femmes qui dominent la scène mais les hommes ne s'en laissent pas compter pour autant. Les répliques de Kirk Douglas font mouche notamment, l'acteur a une présence qui ne dément jamais. Paul Douglas ne démérite pas non plus, pour son premier long métrage, sa composition d'ours mal léché trop préoccupé par ses affaires est vraiment délicieuse. Le montage est réalisé tout en finesse tout comme les jeux de caméra, les dialogues ciselés et le génial scénario. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que Mankiewicz se vit décerner les oscars du meilleur réalisateur et du meilleur scénario en 1950. Cette comédie si peu dramatique est un véritable régal pour les yeux et les oreilles et n'a pas vieilli d'une once. Mais quelle est la joyeuse dinde de la farce, vous le saurez en regardant jusqu'au bout. L'un des meilleurs films de Mankiewicz, assurément.
Récemment réédité en DVD dans une version correcte, "Chaînes Conjugales" démarre allègrement comme une version originelle de "Desperate Housewives" (frivolité des épouses oisives, détachement des maris un peu veules, et cette voix sublime - pas vraiment d'outre-tombe ici, mais pas loin - qui commente l'action avec une distance cruellement ironique...), avant de s'épanouir de manière complètement paradoxale : entre le mélodrame classique - jeu tendu et intense des actrices, toutes trois sublimes (mention particulière à la renversante Linda Darnell, me semble-t-il injustement oubliée aujourd'hui !) - et le thriller sociologique, le spectateur ne sait plus trop quoi penser, d'autant que Mankiewicz redouble de dialogues étincelants et de coups de poker dans sa mise en scène (ah ! cette idée géniale de ne jamais voir LA séductrice !). "Chaînes Conjugales" séduit et déconcerte tout autant, peut-être parce que le cinéma d'aujourd'hui a abandonné ce niveau de richesse et de complexité.
3 portraits de femmes ou plutôt de leur couple. Trois tempéraments différents sont décryptés par l'œil du cinéaste autour d'une lettre de rupture mystérieuse. Souvent drôle et sarcastique. Une fantaisie domestique de grande qualité et jubilatoire.
Encore un excellent film signé par le grand J. Mankiewicz. En partant d'un postulat dont s'inspirera grandement M. Cherry pour "Desperate housewives" (à savoir 3 femmes qui reçoivent un mot de leur amie leur annonçant son départ avec le mari de l'un d'eux, le tout en voix-off omnisciente), le film propose une intrigue de polar en mode whodunit mais dans un contexte de drame familial et d'émancipation féminine. Nous allons donc, au cours de 3 gros flashbacks (principe narratif cher à son auteur) découvrir le passé de chacune, et petit à petit, découvrir leur vie et leur personnalité, mais aussi un épisode crucial qui leur rappelle pourquoi elles tiennent à leur mari respectif. Interprété avec brio, écrit avec soin, mis en scène avec classe, c'est du pur cousu main pour les acteurs et les amateurs de beaux mélodrames. Malin, drôle, intriguant, impeccable, bien rythmé, c'est du beau cinéma, intelligent et avec un vrai propos progressiste mais pas moralisateur, du pur cinéma aussi, fait avec savoir-faire. Trois beaux rôles féminins, et toujours cette capacité chez les plus grands à donner à un personnage plus de profondeur et une tonalité différente en l'espace d'une scène. Magnifique. D'autres critiques sur thisismymovies.over-blog.com
Une agréable intrigue en forme de triptyque qui interroge les relations de couples mais aussi les aspirations personnelles et où la fascinante femme mystérieuse - de façon optimiste! - ne résiste pas à la réalité d'imparfaites compagnes du quotidien.
D’une surprenante modernité sur la forme, ce drame du réalisateur Joseph L. Mankiewicz récompensé à sa sortie par l’Oscar du meilleur film est une étude de mœurs caustique brillante à la fois dans sa mise en scène et son interprétation. Le long-métrage est une représentation sans complaisance de la société américaine du début des années 50 apparait forcément aujourd’hui datée dans sa vision, mais le récit au gré de ses dialogues finement écrits offre une vision au vitriol du couple à cette époque.
Ce qui séduit d'emblée lorsque l'on découvre le cinéma de Mankiewicz, c'est la sophistication de sa trame scénaristique et son l'inventivité pour ce qui est de la construction de son récit, souvent emmaillé de flashs back, de superpositions temporelles , de voix off. Pour peu que l’on s’attache d’avantage au travail de mise en scène comme clé de voute de l’expression cinématographique, le film à l’occasion d’une seconde vision apparait surtout comme un drame bourgeois assez conventionnel bien que gentiment corrosif ,soutenu par la robustesse ,l’élégance de son dispositif et l’interprétation gracile de ses trois comédiennes.
Film emblématique du cinéma de Mankiewicz : goût du théâtre et flash back, finesse de la psychologie féminine . L'ensemble est servi par un scénario brillant basé sur trois flash back parallèles et pourtant étroitement liés ; par des interprètes de très grand talent ( Linda Darnell , Kirk Douglas et Thelma Ritter en tête .) et des dialogues ciselés, ainsi que par une réalisation souvent inventive . Le tout trouve un équilibre parfait entre drame et comédie , doublé d'une critique , nuancée , de la société de consommation qui s'impose dans les années 50 , en parallèle de changements sociaux sur la condition des femmes ou sur les nouveaux rapports entre les masses et les intellectuels ( thème cher au réalisateur) .
En adaptant le roman A Letter to five wives de John Klempner, Joseph L. Mankiewicz ne se doutait pas qu’il obtiendrait enfin la consécration avec ce film pour lequel il remporta les Oscars du Meilleur Réalisateur & du Meilleur Scénario. Une comédie dramatique qui nous fait étrangement penser à une série télévisée à succès. En effet, on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour Desperate Housewife, car dans le film comme dans la série, il est question de femmes, toutes amies et n’ayant aucun problème financier mais qui pourtant, doivent faire face à divers problèmes. L’élément qui nous pousse à faire ce rapprochement est aussi la voice-over qui durant tout le film nous raconte l’histoire qui noue ces femmes les unes entre elles. Le scénario est malin et nous pousse à en savoir d’avantage minutes après minutes. Les rôles sont bien écrit et certains personnages se détachent du groupe et parviennent plus à nous intéresser. Les interprétations sont parfaites et notamment un certain Kirk Douglas !
Il est riche en enseignement de consulter le « bonus » proposé sur la nouvelle version du dvd de « Chaînes Conjugales ». Les commentaires qu’y font les cinéastes français interrogés sur ce film sont fort intéressants car ils révèlent une extraordinaire vanité typiquement française à toujours rattacher les « bons côtés » de l’art américain à un référent français. Démontrer par exemple qu’il y a du « Maupassant chez Joseph L. Mankiewicz », revient à ne voir l’art des autres que par le prisme de sa propre culture. Mankiewicz certes traite des thèmes présents aussi chez des auteurs français, mais ce qu’il fait est en droite ligne d’une tradition d’auteurs typiquement américains (Steinbeck, Fitzgerald, Tennessee Williams, entre autres…). En fait, le traitement de Mankiewicz pour ses personnages est si intellectuel, la critique de sa société est si affûtée, que les chauvins que nous sommes n’y voient qu’une influence française. Comme si le « bourrin » produit par Hollywood était américain et le raffiné était européen, voire français. Mentalité aussi pathétique que l’est notre incompétence à fidèlement traduire les titres de films. Transformer « A Letter To Three Wives » en « Chaînes Conjugales », au secours !
Il y a quelque chose d'assez génial chez Mankiewicz c'est qu'il est un cinéaste du plaisir direct. Avec des films tellement bien dialogués, tellement bien scénarisés, il y a un plaisir premier, simple chez le spectateur, c'est vraiment génial et c'est à mon avis quelque chose que Tarantino a oublié depuis peu, lui qu'on dit aussi un excellent dialoguiste. Chez Mankiewicz c'est au service d'un scénario bien foutu et d'une mise en scène soignée (et pas tape à l'oeil). Dans Chaînes conjugales, Mankiewicz reste sur un thème qu'il affectionne. C'est celui du jeu. Car le vrai enjeu du film n'est pas l'infidélité, l'amour, mais réellement : Qui ? C'est presque un film policier. Chaque cas est étudié à la loupe et Mankiewicz s'amuse littéralement avec son spectateur : laquelle ne retrouvera pas son mari à la maison ? Ce goût du jeu on le retrouve dans toute la carrière de Mankiewicz. C'est un film sur le jeu, sur le mensonge, la vérité et sur les femmes. Et en ça Chaînes conjugales annonce déjà pas mal des meilleurs films du réalisateur, que ça soit Le Limier, Eve etc. A travers ce jeu, Mankiewicz propose un film sur la condition féminine dans la suburb américaine. La narration est simple, composée de trois flash back, et dopée par une idée passionante, celle que la voix-off n'apparaitra jamais à l'écran. Ou du moins pas entièrement. Participant ainsi à renforcer le suspense inhérent à l'oeuvre. Du vrai bon cinéma.