Je suis toujours là (Ainda Estou Aqui) de Walter Salles
Le film commence au début des années 70 à Rio de Janeiro. De suite on pense au superbe Aquarius de Kleber Mendonça Filho, dans l’ambiance qui règne à la maison familiale des Paiva, face à l’océan. L’époque est faite de libertés, de rencontres avec les amis, de partages, dans un milieu socialement aisé et instruit. Pendant la première demi-heure, on se trouve en immersion dans ce qui fait le quotidien de la famille Paiva. Rubens et Eunice sont un couple soudé. Ils élèvent leurs 5 enfants dans l’écoute et la joie de vivre. Lui est ingénieur, et elle femme au foyer. Tout ce petit monde semble s’aimer tendrement, jusqu’à ce triste jour de janvier 1971, ou tout bascule pour eux.
Des policiers viennent enlever Rubens à son domicile. Les années sombres de la dictature militaire feront 20 000 disparus, arrachés à leurs familles. Eunice et l’une de ses filles sont elles aussi enlevées, mais seront rapidement relâchées.
L’histoire de cette famille est bouleversante. C’est cette privation d’amours qui fait si mal à regarder. Rubens était un être solaire qui rayonnait sur les siens. Nous vivons par procuration le manque qu’il laisse par son absence. Un disparu n’est pas un mort, ce qui va considérablement compliquer la vie d’Eunice pour faire vivre sa famille. Nous suivrons son combat sans relâche qui animera le reste de sa vie, afin qu’éclate au grand jour la vérité. Que son époux ne soit pas irrémédiablement qu’un disparu, mais qu’on lui rende sa dignité d’homme.
Les dictatures ont anéanti sur leurs passages des vies. Par l’absence des disparus et les non-dits, elles ont aussi fracassé des couples et des familles entières, enfermées dans un impossible deuil.
C’est ce drame que vit la famille de Rubens Paiva, ex-député de gauche dont l’histoire a été écrite par son fils devenu écrivain et porté à l’écran.
La mise en scène de Walter Salles reste toujours très pudique et les acteurs sont tous criants de réalisme. Le titre est éloquent, et on comprend à moins l'engouement du film au Brésil, dont l’histoire est finalement très récente.
Le film nous prend par la main pour ne plus nous lâcher avant de nous broyer le cœur.
Je suis toujours là (Brésil – 2h15) de Walter Salles avec Fernanda Torres, Selton Mello, Antonio Saboia, Maeve Jinkins, Marjorie Estiano, Humberto Carrão, Valentina Herszage, Fernanda Montenegro, etc.