The In Between : une histoire d’amour figé par un appareil photo
The In Between (2022), porté par Joey King et Kyle Allen, est adapté du roman de Marc Klein. Derrière son apparente simplicité de drame romantique, le film explore avec finesse le deuil, la mémoire et la persistance de l’amour au-delà de la mort.
Le personnage de Tessa, jeune photographe au regard singulier, devient la clé de lecture du film. Sa passion pour l’image se transpose directement dans la mise en scène : chaque instant du passé ou du présent est travaillé comme un cliché qu’on rembobine, une image arrêtée qui tente de retenir l’éphémère. Ce procédé métaphorique traduit l’essence même du film : figer l’inoubliable, capturer un être aimé qui échappe au temps.
Le langage cinématographique soutient ce discours. Les scènes du passé sont baignées de couleurs chaudes et saturées, véritable écrin de la passion amoureuse, tandis que le présent s’imprègne de tonalités ternes et monochromes, reflet de la douleur de Tessa. Cette alternance chromatique fonctionne comme une dialectique entre vie et absence, amour et deuil, lumière et obscurité. À travers elle, le spectateur vit physiquement la fracture intérieure de l’héroïne.
Le travail sonore n’est pas en reste. Les battements de cœur, récurrents dans la bande-son, évoquent à la fois l’opération cardiaque de Tessa et la métaphore d’un cœur meurtri, brisé par la perte. Ce motif sensoriel, intime et organique, crée une proximité immédiate entre le spectateur et la douleur du personnage.
Dès la première séquence, le spectateur est averti : Skylar mourra. On pourrait croire que cette révélation annihile toute tension dramatique. Mais The In Between déjoue ce piège en déplaçant l’enjeu. L’intérêt ne réside pas dans le “quoi”, mais dans le “comment” : comment vit-on après la perte ? Comment les souvenirs s’entrelacent-ils avec le présent ? Comment la mémoire reconstruit-elle ce qu’on n’a pas pu photographier, ce qu’on croyait effacé ? C’est là que le film prend sa force.
Le registre surnaturel, loin d’être un simple artifice narratif, donne au récit une dimension presque mythologique : Skylar revient comme une présence intangible, une trace lumineuse qui permet à Tessa de faire face à ce qu’elle redoute le plus — non pas la mort de l’autre, mais l’oubli et le regret d'un moment.
Les personnages secondaires, notamment Shannon, apportent un contrepoint nécessaire. Par son humour et son soutien indéfectible, elle brise la lourdeur du drame et rééquilibre l’émotion. Skylar, quant à lui, incarne l’idéal amoureux : solaire, généreux, presque trop parfait, il devient l’archétype de l’âme sœur perdue mais immortalisée dans la mémoire.
En définitive, The In Between dépasse le simple canevas d’un drame romantique. C’est une méditation visuelle et sonore sur la mémoire et la perte. Là où Tessa photographie en noir et blanc, elle finit par apprendre à voir le monde en couleur : une trajectoire narrative qui épouse parfaitement le langage cinématographique du film. The In Between est une œuvre qui, par son travail sur l’image, le son et le rythme, propose un voyage sensible au cœur de l’absence, où l’amour continue de vibrer même après la disparition.