Fuyant sa propre légende, Supergirl est un film hybride, lorgnant sur le western de vengeance, davantage centré sur l'introspection d'une anti-héroïne qui se lance dans une aventure en quête d'humanité, dont le chien devient la métaphore des blessures passées, l'esprit de sa mère et de son identité. C'est dans cette absence de foyer, de stabilité, que l'on décèle une forme de maturité silencieuse et refoulée qui veut la distinguer d'un Superman plus lisse qui regarde le monde avec innocence. Si l'un est le représentant de l'espoir et porteur d'un idéal, l'autre y voit la vérité, concrète et pragmatique, celle d'une bienveillance plus accessible et réaliste.
Rebelle et badass, c'est un teen movie à la tonalité décalée, décomplexée, avec ce binôme de fortune, dont la plus jeune, se prenant pour Vaiana, va servir à responsabiliser l'adulte, représentant la colère de son enfance qui peut s'exprimer, et qu'elle va apprendre à canaliser, à réintégrer, afin de devenir une meilleure version d'elle-même, d'être un modèle pour Ruthye, tout comme Superman a tenté de l'être pour elle.
D'un autre côté, tout semble d'une grande banalité, cliché, un peu bâclé et sans originalité, qui ressemble plus à un épisode flashback qu'à un film construit sur son origin story.
Anecdotique mais politique, tout est attendu et convenu pour remplir le cahier des charges, où les brigands sont un groupe d'hommes, à la fois cruel et brutal, sans valeur et dominateur, exerçant une emprise sur les femmes-marchandise. C'est en invoquant la gravité de l'actualité de ces dernières années, ainsi que celle d'une justice peu satisfaisante, que la fin symbolisera l'acte d'un nouvel espoir pour s'élever et rééquilibrer les forces sociales.
Superman est présenté comme un imbécile, qui ne comprend pas les souffrances de cette immigrée, de ses blessures, ou de la posture quotidienne d'être une femme. Brisée, tourmentée et désenchantée, c'est dans l'errance et la déchéance que le spectateur semble s'identifier, par opposition à ces figures de moralité, de masculinité toute puissante, faisant de ce film une quête d'émancipation, de libération, celle d'une ombre qui cherche sa propre lumière, celle d'une voie qui refuse de se calquer, de se plier au standard habituel.
On pourra également noter de nombreuses incohérences, ou l'absence de clarté scénaristique qui affaiblissent les enjeux, comme Krypto, dont le soleil n'est même pas envisagé pour le soigner, un manque de logique interne par rapport à la kryptonite, et les dards empoisonnés de Krem, qui semblent, grâce à l'unique antidote, être finalement l'arme absolue et mortelle pour détruire les Kryptoniens. Il en va de même pour Argocity, empoisonné, cherchant un remède, dont le destin n'est jamais confirmé, bien que Kara navigue à travers l'univers, n'ayant jamais pensé à y retourner, probablement pour créer la surprise dans le futur. Sans parler que la Terre n'est pas le seul et unique endroit où envoyer des survivants, si l'on ne veut pas faire d'eux des divinités.
Le film seul ne suffit pas à se séparer d'un effet de répétition de situation, de Krypton, Kara et ses parents, ressemblant à un prolongement un peu forcé de Superman, et d'un traitement pas à la hauteur de la tragédie autour de cette naufragée de l'espace.
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