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Un visiteur
4,0
Publiée le 24 août 2019
Combien de temps on va continuer à travailler comme on travaille en oubliant nos valeurs? Ce film saisissant, presque glaçant porte un regard criant sur le monde du travail et critique le système consumériste, cet énorme machine qui broie les hommes sur son passage au nom du profit, de l'appât du gain. L'acteur central du film joue à la perfection cet homme pour qui le travail est tout, pour sa famille il n'existe que pour celui qu'il est au boulot et pour l'argent qu'il amasse mis à part sa petite dernière avec qui il entretient une certaine complicité. Puis vient la décision fatale prise sous le coup de la pression, de l urgence et le licenciement, les mensonges... Cet homme révèle une facette de lui déconcertante, avait il un autre choix, je me pose encore la question ? Antoine russbach dont c'est le premier film explique que, pour lui, le vrai humanisme c'est d'aimer l'homme pour sa part d'ombre et de lumière, la on y est et on est oppressé par cette lourde atmosphère qui se dégage du film. En paralléle, c'est la violence derrière les biens qu'on achète et qui n'est pas visible qui est dénoncé. Question qu'on devrait se poser à la fin est ce que cet acte, cette vie sacrifiée a eu la moindre importance? Alors oui ce n'est pas drôle mais c'est un film à voir, un réalisateur à encourager, des films qui posent question on en a besoin. Sortie le 25 septembrespoiler:
Vu en avant première le 23 août. Rythme assez lent. Réalisateur super intéressant, mais son film l'est moins. Comme il l'a dit lui-même, ce n'est pas "mainstream". Je lui souhaite néanmoins de pouvoir réaliser sa trilogie.
Les principales compagnies de fret maritime sont basées à Genève. Très loin des mers et océans où les cargos évoluent, contribuant à la bonne marche de nos sociétés de consommation mondialisées. Le héros de Ceux qui travaillent, premier long-métrage du genevois Antoine Russbach, n'est qu'un rouage de cette mécanique bien huilée, dans son bureau climatisé, mais il a son importance et une erreur de sa part représente un coût substantiel pour l'entreprise qui l'emploie. Et justement, il la commet et se retrouve sans travail. Le film pourrait être alors une variation de la célèbre affaire Jean-Claude Romand mais l'ambition du réalisateur est toute autre et ne se limite pas à un cas individuel même s'il est au centre d'un l'écosystème que Ceux qui travaillent entreprend d'illustrer d'une manière aussi réaliste qu'intelligente, sans dramatisation (absence de musique) et avec beaucoup de silences que le spectateur a l'obligation de charger de sens. C'est notre propre rapport à la consommation et à la "réussite" professionnelle et familiale que le cinéaste interroge de manière insidieuse, presque sournoise, tant l'ambigüité règne en maître à commencer justement par ce personnage principal dont il est impossible de deviner les pensées les plus profondes. Tout juste comprend-on qu'il est le produit d'un système (nous le sommes tous) et qu'il n'est bon ni méchant, bien au contraire. Olivier Gourmet, admirable, a su lui donner ce caractère équivoque qui nous le montre autant coupable que victime de l'aliénation qu'il a lui-même contribué à édifier.
Ce film est un pur bijou. Il est parfait de bout en bout. L'acteur Oliver Gourmet est tellement imprégné du rôle, qu'il nous transporte dans ce monde professionnel ou la recherche du gain à tout prix a remplacé le respect et l'amour de l'autre. Son personnage révèle les robots du productivisme que notre société a créés mais qui sont avant tout des humains qui peuvent se révéler sur le tard. À voir à tout prix.