Après « Dernier train pour Busan » et un passage remarqué sur Netflix avec son « Psychokinesis », Sang-Ho Yeon revient sur son succès mondial en proposant l’inattendu. Il ne s’agit ni d’un prolongement, ni d’une faveur à l’égard de la tragédie politico-sociale du volet précédent. Ce projet se piège ainsi dans la facilité, une série B qui flirte un peu trop avec la Z, à en oublier le lyrisme qui a donné vie à l’univers. C’est le virage de la déception qui nous ramène en territoire infecté, de prétexte en prétexte. De même, la profondeur émotionnelle n’est qu’une feinte afin de rester cohérent avec la recette narrative qui a séduite, et qui a hélas oublié d’être renouvelée.
Même si ce n’est pas le réalisateur qui ne souhaite plus jouer, le dérapage existe bel et les exemples se succèdent à tour de rôle. Une fois passée une entrée en matière plutôt satisfaisante, le film se fourvoie dans son désir de véhiculer des sensations, qu’il confond trop souvent avec les émotions. On passe ainsi par divers artifices, de plus en plus étourdissants, au fur et à mesure que l’intrigue dévoile ses maigres atouts, à savoir ses personnages. Ils font face à une hostilité qui n’est plus caractérisée par une civilisation défaillante. Les zombies ou mutants, régressent dans le décor et se confondent parfois avec des CGI trop voyants et trop peu efficaces, même de « nuit ». Le film ne se prive donc pas de surenchère, à croire qu’il ne se doute pas de ce défaut qui n’arrange les affaires de personne.
Le jubilatoire et les intérêts se confrontent bien trop souvent, tout comme cette presque influence occidental qui est censée proposer de l’interaction à d’autres échelles. Il n’en est rien. L’ex-vétéran de l’armée coréenne Jung-seok (Dong-won Gang) tente, malgré les traumatismes, d’affirmer sa place dans un monde qui ne lui offre que malédiction au petit matin. Son appréciation post-apocalypse aurait pu amener des enjeux plus intenses, amis pour ce que l’on en fait, il y a peu de place pour l’audace et trop pour un divertissement ironiquement chaotique. Le scénario se rabat alors sur la dystopie anarchique, issue toutefois logique, mais qui manque cruellement de développement. Les discours sur les richesses que l’on accapare dans le dos d’êtres affamés ne prennent donc pas.
Difficile d’y voir clair dans ce que souhaite raconter « Peninsula », car il n’assume ni son statut horrifique, ni sa vertu dramaturgique, les deux étant non miscibles à l’écran. Et ne sachant pas comment faire évoluer ses protagonistes, le réalisateur ne fait que recycler ce modèle de héros en quête de rédemption. Toujours dans l’idée de déconstruction d’une nation, plus que divisée, le film ne trouvera pas la jouissance souhaitée. La rupture de ton n’est pas à déplaire pour autant, cependant cette carence émotionnelle nous convaincra davantage que le vertige est à double sens.