First Cow
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Shawn777

805 abonnés 3 934 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 22 janvier 2022
Ce film, réalisé par Kelly Reichardt et sorti fin 2021, n'est pas mal mais sans plus. Je précise que c'est le premier film de la réalisatrice que je vois, je ne savais donc pas vraiment dans quoi je m'aventurai, ce film étant donc, me concernant, une totale découverte de l’univers de Reichardt. On y suit ici l'histoire de deux amis qui font des gâteaux en volant de lait d'une vache appartenant au Chief Factor. Pas une intrigue très épaisse donc et je dois avouer que c'est la première chose qui m'a déconcerté ! Je me demandais en effet où le film voulait réellement m'emmener jusqu'à ce que je comprenne qu'il n'irait finalement pas plus loin. L'intrigue n'est donc pas épaisse concernant les aventures qui arrivent aux deux personnages principaux (ils essayent de voler du lait sans se faire gauler quoi) mais le film se concentre en revanche sur l'amitié qui lie ces deux personnages. Malgré le fait qu'il soit sorti il y a longtemps, j'ai eu la chance de découvrir le film au cinéma et, mine de rien, je pense que c'est un gros plus ! Un gros plus dans le sens où les images sont bien-sûr plus appréciables sur grand écran, étant donné, d'une part, que le film est en 4/3 et d'autre part que la réalisatrice prend le temps de réaliser de très beaux plans ! Esthétiquement, il n'y a rien à dire, le film est effectivement très beau ! En revanche, j'avoue que je me suis parfois lassé de cette intrigue ne tournant qu'autour de l'amitié entre ces deux hommes, surtout qu'ils sont que très peu expressifs. Alors, bien-sûr, il faut lire entre les lignes et la fin est par ailleurs très émouvante mais tout de même, je dois dire que le film est par moments très long ! D'ailleurs, le ton et le rythme sont donnés dès le début avec ce plan sur ce long bateau qui passe d'un bout à l'autre de l'écran : on sait que pendant deux heures, ça ne va pas beaucoup bouger ! Avec ces longs plans, le film a malgré tout la qualité d'être reposant, on peut en effet très facilement se plonger dans cette forêt, dans cet univers de western un peu crasseux et pluvieux, avec les personnages. Concernant les acteurs, nous retiendrons surtout John Magaro, Orion Lee et Toby Jones qui jouent très bien. "First Cow" est donc un film qui ne m'a pas transcendé même si j'en reconnais volontiers les qualités.
Loïck G.

389 abonnés 1 825 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 6 avril 2022
Cinéma indépendant, total, ce film revendique un retour aux sources dans la forme et le fond. Une réalisation plutôt primaire, voire ascétique, peu d'actions, une direction d’acteurs indolente et un sujet qui revient quasiment à l’origine du monde. L’Oregon sauvage qui n’est pas encore le far-West , ses premiers pionniers. Parmi eux Cookie Figowitz, cuisinier de son état, King-Lu, chinois par sa naissance. Ils ont l’esprit d’entreprise et là où tout est à construire ( même les banques ) ils imaginent un petit commerce de beignets qui va faire leur réputation. Problème, le lait, élément indispensable est tiré de la seule vache qu’un notable a fait venir du vieux continent. L’homme n’est pas un tendre, il ne doit rien savoir … Plus que l’enjeu policier de la rapinerie, la réalisatrice ne parle que d’amitié dans un monde qui le permet encore. Ce monde qu’il vont aider à construire avant que la civilisation ne les rattrape. Une forme de morale à méditer . AVIS BONUS Une rencontre avec la réalisatrice qui reprend tout sa filmographie. C’est intéressant .
Pour en savoir plus : lheuredelasortie.com
QuelquesFilms.fr

354 abonnés 1 759 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 26 octobre 2021
Western minimaliste autour de quelques trappeurs, d’un notable, d’une vache et de deux amis. Voilà qui suffit à Kelly Reichardt pour évoquer la naissance d’une nation, pour sonder une histoire qui commence à s’écrire, composée de rêve de fortune et d’opportunisme. Une histoire naissante que la réalisatrice observe à la marge, auprès de petites gens, auprès de beautiful losers, dans la vraie vie d’un automne boueux de l’Oregon. Ni héros, ni héroïsme dans ce western. Pas de virilité exacerbée. L’un des personnages principaux cuisine, passe le balai dans une petite cabane, secoue un tapis, tandis que son compère rêve à haute voix, tranquillement, de bon business. Pas d’opposition passionnée. Un humanisme et un intimisme doux se diffusent via une relation d’amitié aussi pure que touchante. C’est simple, c’est lent, c’est beau. D’une empathie évidente. Et d’une poésie naturaliste qui a ses moments de grâce. Il y a bien aussi quelques petits moments soporifiques, mais toujours agréablement soporifiques, bercés que l’on est par une narration qui prend son temps et qui touche au zen. Humble et discrète, la mise en scène de Kelly Reichardt n’en est pas moins d’une remarquable précision. Attentive au détails. Chaque geste et chaque mot ont leur importance. Et parmi les mots prononcés, ceux qui le sont par l’acteur Orion Lee caressent l’oreille comme rarement. Une voix calme, chaleureuse, bienveillante. Un bonheur.
Pascal
Pascal

254 abonnés 2 410 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 14 février 2026
Prix du jury ( Deauville 2020 ) , présenté en CO à Berlin (2020 ), " First cow" (2019 ) est généralement considéré comme un des meilleurs opus de la cinéaste indépendante américaine Kelly Reichards.

" First cow " me semble être à la fois un retour sur l'origine violente de la civilisation des États-Unis, mais aussi sur l'amitié comme possibilité de réponse individuelle, traversée, alimentée par la bienveillance sans faille, l'honnêteté face à un monde dont on n' épouse pas la philosophie sous jascente.

Relevant du slow cinéma ( plans longs, peu de dialogues, univers parfois hypnotique ) la filmographie de Kelly Reichards s'attache surtout à exprimer l'univers intime et émotionnel de ses personnages.

A l'intention du spectateur éventuel, " First cow " m'a vaguement fait penser à l'univers de " John Mac Cabe" signé de celui qui est peut-être le maître du cinéma choral, j' ai nommé Robert Altman.
Jmartine
Jmartine

202 abonnés 744 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 27 octobre 2021
Avant d’avoir des cow-boys, il faut avoir des vaches. Sans vache, inutile d’embaucher ces garçons vachers, guidant les troupeaux de bétail vers leurs pâturages. First Cow, le nouveau long-métrage de Kelly Reichardt présenté au Festival de Deauville 2020, et très largement salué par la critique, ne raconte pas l’histoire du premier cow-boy des USA. En quelque sort c’est un anti-western qui raconte l’histoire d’avant : celle de la première vache du territoire.
C’est difficile à imaginer de nos jours, et je l’ignorais, les vaches n’existaient pas aux Etats-Unis avant leur importation par les colons européens, vers les années 1820. First Cow raconte précisément l’arrivée de ce noble animal dans une région reculée du Far West, l’Oregon, au milieu du XIXe siècle …les aventuriers venus de tous les coins du monde étaient jusqu’alors trappeurs et piégeaient les castors pour fabriquer les chapeaux des européens….Ils se regroupaient parfois autour des forts militaires de rondins, dans des comptoirs aux ruelles boueuses et aux cabanes en bois grossièrement travaillé…dans ce paysage, une bande de trappeurs mal dégrossis , crapahute sur la piste d’un fugitif asiatique qui a fui une bande de russes…Ils sont accompagnés d’un cuistot taiseux et doux rêveur qu’ils rudoient…les deux hommes , Cookie, le cuistot et King Lu l’asiatique, se retrouvent au fort et ne se quitteront plus…Cookie va avoir l’idée de proposer aux pionniers de tout poil, des beignets qui rencontrent beaucoup de succès …pour réaliser ses beignets, Cookie trait en douce la vache apportée d’Europe par l’administrateur local appelé Facteur Chef…la suite on la devine, la ruse des deux compères sera éventée et ils ne devront leur salut que dans la fuite…
Le film de Kelly Reichardt peut se voir comme un western naturaliste, un film hors du temps, un poème visuel qui revisite d’un œil neuf le mythe des origines de Etats Unis…Avec un minimaliste déconcertant, il montre, qu’avant d’être ces héros de la Légende de l’Ouest, c’était un ramassis de pouilleux, accourus pour faire fortune…et au cœur de ce monde égoïste et sauvage, Kelly Reichardt fait émerger une paire d’amis, à l’amitié pure, sous le regard d’une vache quasi-affectueuse…. Christopher Blauvelt est chargé de la photographie, et délivre une composition naturaliste valorisant avec réalisme, les forêts et environnements pastoraux.
Cette reconstitution bucolique du quotidien de ces pionniers de la Frontière, est la réussite remarquable du film, qui immerge facilement le spectateur dans cette époque de l’Amérique sauvage. Le recours au format 1,37 :1, qui restitue une image « carrée » rappelle les débuts du cinéma, et donne l’impression de voir quasiment un documentaire qui aurait été filmé directement dans ces années.
En cherchant à coller au plus près du « vrai », Kelly Reichardt renonce à verser dans le spectaculaire. L’utilisation de la lumière naturelle, la lenteur du rythme, la quasi-absence de musique, accentue cette volonté de tenter de reconstituer le réel, ses silences et ses absences d’action. Ce parti-pris, durant les deux heures bien tassées que dure First Cow, finit pourtant par provoquer chez le spectateur une douce somnolence. C’est le seul bémol que je mettrais à ce film plein de délicatesse mais malheureusement à la distribution restreinte.
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 27 juillet 2022
Troisième long métrage de Kelly Reichardt que je vois après « Certaines femmes » et « La dernière piste ».
J’ignore si c’est la patte de la réalisatrice, toujours est-il la lenteur est une de ses signatures.
« First Cow » prend son temps, pas nécessairement pour installer les personnages, installer une intrigue ; prendre son temps chez Reichardt c’est vivre au rythme de la nature, du temps dans lequel elle a décidé d’inscrire son récit. C’est aussi respecter le temps, le rythme inhérent aux hommes de cette époque.
Autre signature par rapport aux deux films cités : une économie de dialogues. Kelly Reichardt est l’antithèse de Quentin Tarantino !
Ses personnages parlent d’essentiel. Ce temps qui s’étire est aussi la traduction de solitudes au pluriel(le) pour « Certaines femmes » et ici « First cow » ; de pensées au milieu de paysages immenses aux habitations isolées.
Comme pour « La dernière piste », Kelly Reichardt conclut son récit un peu brutalement. Mais à bien y réfléchir, que pouvait-elle ajouter quand les deux hommes décident de se reposer pour la nuit, tête contre tête.
Oui, je me suis surpris à me rappeler la scène d’introduction. Oui, je l’avais oubliée !
Je n’en dirai pas plus.
En tout cas, la direction d’acteurs est toujours aussi juste.
Enfin, il y a cette vache au doux regard et reconnaissante envers celui qui la trait.
A voir en V.O si possible…
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 23 décembre 2021
Le cinéma de Kelly Reichardt est un cinéma à l’os, débarrassé de de toute forme d’artifice, avec une dimension naturaliste évidente. C’est encore le cas dans First Cow, son dernier long-métrage, un western minimaliste, si l’on peut dire, qui met en scène deux hommes qui vont réussir à a amasser un joli magot en fabriquant des beignets et en les vendant aux pionniers du coin qui sont prêts à mettre le prix pour déguster ces pâtisseries au goût unique. Seul problème, le lait utilisé pour leur fabrication est volé chaque nuit dans la propriété d’un notable, seule homme des environs à posséder une vache.

À partir d’une trame scénaristique on ne peut plus minimaliste, la réalisatrice américaine construit un récit pas banal, où il ne se passe pas grand-chose. L’intérêt du film serait plutôt à aller chercher dans la dimension ethnologique du film, dans les personnages, les décors, les costumes, dans la manière extrêmement précises avec laquelle Kelly Reichardt construit un univers est très réaliste, où, comme dans le film Onada, on plonge tout doucement, scène après scènes, pour se retrouver nous-mêmes immergés dans cette époque plein de rudesse, celle des pionniers du XIXe siècle.
Petit à petit alors, on se prend d’affection pour ces deux personnages si dissemblables mais embarqués dans une même quête de réussite, faisant des rêves de commerce prospère du côté de la Californie.

First Cow est western contemplatif sont grands enjeux dramatiques, même si les choses s’accélèrent un peu dans la seconde partie du film, et duquel on ressort presque ému par son final mais aussi et surtout par cet étrange et saisissant voyage dans le passé de l’Amérique.

https://www.hop-blog.fr/first-cow-le-western-naturaliste-de-kelly-reichardt/
Cadreum
Cadreum

60 abonnés 779 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 8 mai 2025
Il y a dans First Cow quelque chose d’un film d’avant l’histoire. Une sorte de Genèse inversée, où le paradis serait boueux, les gestes premiers hésitants et les corps à la traîne. Reichardt, cinéaste des silences denses, ne filme pas ici l’Amérique qui se construit, mais celle qui aurait pu ne pas advenir, ou advenir autrement.

Ici, Deux hommes, deux errants (Cookie et King-Lu) se rencontrent dans une forêt sans savoir si l’autre est réel. Ici, rien n’est encore figé : le territoire n’est pas quadrillé, les lois flottent, les rapports de force n’ont pas encore leurs costumes définitifs. Et pourtant, tout est déjà écrit.

Dans cette Amérique pré-mythologique, les germes de la dépossession sont là, tapie dans le lait volé à une vache immobile. Premier crime, premier commerce : le capitalisme commence. Reichardt fait de ce vol un acte de fondation aussi tendre que tragique. Le péché originel n’a rien de spectaculaire : il a le goût d’un gâteau frit.

Le film tout entier se construit à partir de cette fracture : une vache, un bol, un geste répété. Ce n’est pas un détail : c’est une cosmogonie.

Une économie souterraine se dessine, fondée non sur la conquête, mais sur le soin, le temps long, l’attention portée à l’autre. Une économie de l’amitié, de la réciprocité. Cookie pétrit, King-Lu vend, ils espèrent. Et puis, lentement, l’étau se resserre. L’ordre du monde s’installe : brutal, vertical. Ce qui aurait pu être une utopie s’effondre dans le silence d’une forêt.

Le format 4:3 enferme les personnages dans un cadre presque pictural, comme si Reichardt voulait préserver cette amitié de l’extension conquérante du monde. Le paysage américain, au lieu de se déployer comme un appel d’air, se referme autour d’eux.

Le film avance au rythme des gestes, pas des intrigues. Il y a là quelque chose d’akermanien : une rigueur, une foi dans le presque rien, une manière de dire que tout ce qui compte est déjà là, dans l’épaisseur du quotidien, dans le trouble des gestes qui se cherchent.

Mais il ne faut pas se tromper : First Cow est un film politique. Profondément. Non pas parce qu’il dénonce, mais parce qu’il révèle. Ce qu’il montre, c’est une autre possibilité. Cookie et King-Lu ne sont pas des héros, pas même des résistants : ce sont des rêveurs, des figures marginales qui essaient autre chose. Leur commerce est artisanal, éphémère, presque naïf. Et pourtant, il dérange. Parce qu’il repose sur une entente, une économie affective, une manière de faire communauté sans violence.

Le prologue, dans le présent, agit comme un sceau mélancolique : deux squelettes côte à côte, ensevelis dans la terre. Ce n’est pas une fin, c’est une survivance. Ils sont là, encore. L’histoire les a oubliés, le monde les a recouverts, mais quelque chose persiste.
Mathieu H.
Mathieu H.

26 abonnés 290 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 1 novembre 2021
Il faut du recul, pour pouvoir analyser et apprécier cette histoire singulière, inattendue, celle de deux "losers"
Matching P.
Matching P.

17 abonnés 133 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 2 novembre 2021
Le film de Kelly Reichardt est un anti-western. Il y manque tous les éléments basiques d'un western : pas de troupeaux de vaches, à part justement cette seule et unique représentante, pas de bagarres entre indiens et blancs, pas de shérif, pas de duels avec les colts à la main. Autre fait surprenant, les Indiens sont des serviteurs. Et le format du film n'est pas en CinemaScope pour faire admirer les panoramas des plaines du Far West mais dans un format bien plus intime.
Les héros sont des anti-héros. Ils ne cherchent pas de conflit mais veulent une vie normale, dans la mesure où la rudesse et les conditions de travail le permettent. Cookie est un homme doux et gentil, il n'hésite pas une seconde à porter secours à ce chinois inconnu. Il est même romantique et tellement touchant quand il balaie le sol et met un bouquet de fleurs sauvages dans la petite bicoque minable de son ami ; il est presque ridicule dans ce contexte. King-Lu est un homme bien plus débrouillard et roublard qui a des projets concrets pour l'avenir. Leur amitié est vraie et sincère et ils vont se compléter dans leur nouvelle activité. Cookie donne un peu de douceur aux villageois avec ses beignets croustillants, en quelque sorte des madeleines de Proust dans le dur quotidien. Mais le rêve américain de devenir riche va s'effondrer, la morale sera sauvée, leur vol sera puni !
La force du film réside dans la description des conditions de vie dans ce nouveau pays. La nature est belle, encore sauvage. Mais tout est difficile, c'est une survie quotidienne. Rien d'extraordinaire ne se passe, chacun doit subvenir à ses besoins dans un environnement encore peu civilisé. Le seul notable du coin, bien installé dans une maison coquette, a la nostalgie du pays. Son envie d'un clafoutis va faire basculer l'histoire qui tourne au drame.
On peut naviguer entre deux avis, ce sentiment ambivalent que nous avons déjà ressenti pour un autre film de Kelly Reichardt La dernière piste.
Oui, le film est long, dès le début comme dit justement Pascale. En plus, il n'y a pas de suspense puisque dès les premières images on devine l'issue fatale. Mais, cette narration est tellement faite de douceur, avec l'amour du détail concernant toutes les petites choses qui, à priori, n'ont pas beaucoup d'importance et qui sont valorisées à l’image. C’est une sorte de slow cinéma, peut-être parce que c'est un "western" fait par une femme ?
Nous avons adhéré à ce film !
http://www.matchingpoints.fr/2021/11/02/cinema-first-cow/
Ninideslaux
Ninideslaux

105 abonnés 284 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 26 octobre 2021
    Petit film méditatif, western soft, maltraité: sorti l'an dernier, arrêté aussitôt pour   cause de confinement, il ressort clandestinement dans un très petit nombre de salles -   quel dommage. Tellement original, tellement différent de tout ce qu'on peut voir par   ailleurs. Lent! et il y a si peu de suspense que dans les trois premières minutes, avant   que l'action ne démarre, la fin en est exposée. La grande vedette c'est la nature,   devant  laquelle les acteurs font de la figuration. Bien sur, on pense tout de suite à   Terrence Malick, sauf que chez Malick, la nature est magnifiée, déifiée, elle représente   une sorte de bien absolu. Ici elle est présente, mais plutôt hostile; les sous bois sont   embroussaillés; les chemins pleins de boue.
          Dans cet Oregon d'il y a deux siècles, les aventuriers viennent traquer le gibier à fourrure. Ils vivent dans des cahutes, comme des bêtes, ou itinèrent. Cookie Figowitz (John Magaro) est cuistot pour une bande de trappeurs, mais il ne fait pas l'unanimité.... à part des champignons, il n'a pas grand chose à proposer. Il rencontre alors un industrieux chinois, King Lu (Orion Lee) et les deux hommes vont se lier d'une amitié discrète, sans ambigüité et sans grande démonstration. Puisque Cookie est le roi des beignets, pourquoi ne pas faire fortune (King Lu se voir déjà achetant un hôtel à San Francisco) en vendant ces délicieux petits gâteaux? Mais pour faire la pâte, il faut du lait.  Et justement, une première vache vient d'être apportée en Oregon, par le propriétaire du  coin (Toby Jones). L'actrice est délicieuse, et joue très bien. Et c'est une française!  issue une race bretonne, une Froment du Leon, vive nous! Il suffit d'aller la traire clandestinement, la nuit... 
         Pensez vous que dans le Far West du 19e siècle, un voleur de deux litres de lait est mieux traité qu'un voleur de bétail ou un voleur d'or? 
         Le film de Kelly Reichardt fait du bien. Il nous lave de toutes les vulgarités, toutes les banalités du cinéma habituel. Et puis, il nous montre ces tribus indiennes de l'Oregon, mutiques et nobles dans leurs étonnantes capes d'écorces. A voir! 
Marc L.
Marc L.

68 abonnés 1 828 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 3 juillet 2023
Si le Western est une influence fondamentale qui irrigue toute sa filmographie, Kelly Reichardt ne l’a jamais abordé sous l’angle de l’épopée héroïque et de l’hommage à la volonté obstinée qui façonna la légende américaine mais a au contraire toujours privilégié ce qui se situait aux marges, ou plutôt dans les interstices de cette légende : des destinées ordinaires, banales ou tragiques, dont l’imaginaire n’a rien retenu mais qui, mises bout à bout, constituent simplement l’histoire réelle, sans fard, des Etats-unis. Une fois de plus avec ‘First cow’, la réalisatrice développe les thèmes qui lui sont chers, la capacité à tenir compte de ce qui rassemble plutôt que ce qui sépare, l’abnégation de ceux qui sont situés au bas de l’échelle, le caractère foncièrement prédateur et inégalitaire du capitalisme dès l’origine, à travers un récit d’une simplicité limpide. Au départ, il y a une amitié fortuite entre deux immigrants : l’un est Européen, l’autre Chinois, ils ont du mal à trouver leur place sur ce territoire où tout reste à inventer mais continuent à y voir une mythique “Terre des opportunités”. Associés pour le meilleur et pour le pire dans les régions sauvages de l’Oregon des années 1820, ils s’efforcent de monter une petite entreprise de beignets, choix aussi incongru que potentiellement porteur dans une micro-société peu habituée aux (et à la) douceurs, en allant traire clandestinement la vache - la première de la région - du notable local. A vrai dire, la conclusion du récit, qui se laisse deviner dès les premières images, ne constitue pas l’intérêt central de ce western mutique, paisible - certains diront léthargique - où même le fait de fuir pour sauver sa vie reste anti-spectaculaire et anti-hollywoodien au possible, c’est à dire qu’on n’assiste pas à un concentré d’événements et de péripéties coincées dans un tout petit laps de temps, et que les fugitifs prennent simplement le temps de se reposer, de réfléchir, de souffler. ‘First cow’ fait par ailleurs preuve d’une remarquable économie de moyens pour (parfaitement) caractériser ses personnages, ses enjeux et ses idées, et fait preuve d’un science de l’immersion visuelle - on sent littéralement l’humidité de ce coin d’Amérique! - dont pourraient se montrer jalouses bien des productions financièrement plus nanties. Il y a surtout que le cinéma de Kelly Reichardt, plus que jamais, est fait de petits rien : un homme mutique qui confie ses rêves et ses craintes à l’animal qu’il trait, la touchante madeleine de Proust d’un antagoniste, de la pêche, du troc, de la marche dans les bois, des méditations solitaires en attendant que le sommeil vienne. D’habitude, ce genre d’images , qui semble n’avoir d’autre objectif que de gonfler la durée du film, m’irrite fortement, mais quand elles sont aussi raisonnées et en accord avec l’esprit du film, elles en deviennent indispensables !
Isabel I.
Isabel I.

50 abonnés 317 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 novembre 2021
First Cow le samedi 13 novembre 2021
J'oublie volontairement de vous parler de la première scène qui raconte tout et pas grand chose en fait.
Et si je vous disais que ce film maîtrise totalement le suspense et pourtant il est tellement contemplatif. Les quelques  moments d'action sont suivis de très longs plans sur la nature . Nature omniprésente dans laquelle l'homme , les deux hommes se fondent, se confondent. Là se construit une relation entre les deux personnages : relation amicale, fraternelle, père-fils, limite amoureuse. L'un protège l'autre, et vice et versa. L'autre imagine, l'un rêve , l'autre est communicatif , l'un est silencieux, l'autre s'active,  l'un crée  ou bien vraiment vice ET versa. Ils se ressemblent dans leurs différences. Ils ont un seul projet partir et réaliser leurs rêves pour enfin se poser chez eux.
Ils sont deux  à essayer de vivre ou survivre, ils ne feront plus qu'un ...
AZZZO

363 abonnés 998 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 8 janvier 2022
Le western est un genre qui a tellement servi à mythifier la conquête de l'Ouest que peu de réalisateurs osent désormais s'y frotter. A l'instar de Tommy Lee Jones ou Paul Greengrass, Kelly Reichardt prend le contrepied des films d'après-guerre en montrant le vrai far-west, celui de la précarité et de la violence permanentes. Derrière cette histoire de vache et de petit business de cookies, il y a l'esprit capitaliste qui anime cette terre vierge dès les premiers instant, mais il y a aussi le rappel de la précarité, du froid, de la faim, du besoin de gagner chaque jour sa survie. Un rappel qui, sans être explicite, est salutaire à l'heure où certains regrette un passé qui n'a jamais existé et une nature qui n'a jamais été douce pour l'homme. Le choix de lancer le film par un long plan-séquence où un porte-conteneur traverse lentement l'écran n'est pas un hasard. Ce porte-conteneur transporte le confort qui nous a fait oublier les rigueurs de notre passé. C'est un film intelligent qui nous invite à abandonner nos représentations. Kelly Reichardt sait donner du temps à son film. Elle évite les scènes explicite en racontant sans montrer, comme cette fin attendue mais qu'elle n'a pas besoin de filmer. Magistral.
Patjob
Patjob

43 abonnés 755 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 6 novembre 2021
Un western, puisque situé dans l’Ouest Américain au temps de sa conquête, qui n’en est pas vraiment un, puisque dépouillé de tous les codes du genre, classique ou « moderne ». L’histoire de ces deux amis est contée dans un format carré, à l’ancienne, dans un style extrêmement épuré, presque minimaliste, privilégiant les plans rapprochés et les ambiances nocturnes (un seul plan de paysage lumineux). Pas de grand spectacle donc, pour nous faire suivre nos deux « héros » dont les exploits consistent en la traite d’une vache et la préparation de beignets. Malgré quelques poncifs, comme le talent du Chinois pour le commerce, par son humour et son humanité, ce film original est très savoureux ; il reste cependant anecdotique.
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