J'ai beaucoup aimé ce film, mais pas tout. Mettons que les défauts que j'ai ressentis se concentrent dans la seconde partie puisque le film est organisé en deux parties de 1h30 avec entracte de 15 minutes.
En tant que film sur l’architecture, The Brutalist possède une place de choix dans l’histoire du cinéma car il décrit avec précision, respect, réalisme tout le travail de l’architecte : ses relations avec ses « clients », la conception du projet, la négociation du budget, les problèmes avec les équipes (choix des chefs de chantier, questions sur les envoyés du maître d’ouvrage, technologies choisies avec leurs risques propres – ici la préfabrication qui suppose les voyages des pièces préfabriquées) et surtout la difficulté majeure qu’a l’architecte comme artiste à faire respecter sa vision en cours de réalisation. Tous les architectes apprécieront cette partie.
On admirera en particulier la grande présence du bâtiment principal en béton brut (reconstitué en numérique à partir d’éléments réels construits pour le film, ce qui est beaucoup mieux que du numérique 100%) et également tous les éléments des années 1940-50 qui dégagent la même poésie que le chef d’œuvre Carol (Todd Haynes 2016), certainement en raison de la présence de la grande décoratrice Judy Becker.
Corbet illustre donc très bien l’architecture moderne, révolutionnaire, d’après guerre, provenant du Bauhaus importée aux USA par des Européens. Je ne sais pas si le terme « brutalisme » -qui est une réaction européenne violente face aux excès d’élégance du « style international « verre-acier », celui de Mies van der Rohe - s'adapte bien aux bâtiments du héros. Peu importe puisqu’ils font preuve d’une originalité qui, en effet, prend tout son sens en lien avec le Bauhaus, une école dissoute par les nazis en 33 (malgré les salamalecs honteux du même Mies van der Rohe auprès des autorités).
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Malheureusement, ce qui serait un grand (et rare) film sur l’architecture, entrelace ce sujet à de nombreux autres thèmes, et certains très lourds : les séquelles physiques et moraux des camps de concentration et d’extermination, le destin des juifs aux USA après la guerre, le racisme déguisé de l’aristocratie d’argent wasp – en l’occurrence celle du Massachusetts - envers les personnes de religion juive qui ne s’assimilent pas totalement, la question de l’expatriation en Israël.
Thèmes très lourds, complexes, ô combien, souvent traités au cinéma, et par pas mal de chefs d’œuvre, très souvent manipulés politiquement par des forces diverses (notamment sionistes) et qui demandent donc une vision historiques, sociale et politique approfondie.
Le film de Corbet, qui a déjà un thème principal important,'architecture moderne, ne peut pas entremêler correctement tous ces thèmes, même en 3h20. Il a manqué au film un directeur de production qui aurait dû réorienter l’œuvre vers son thème principal.
De plus, The Brutalist souffre d’une contradiction entre la conception d’un film à nombreux thèmes et sa mise en œuvre.
C’est possible de concevoir un film complexe avec des motifs variés
1- à condition de les travailler à fond
2- et surtout, dans ce cas, à condition d’éviter de donner une forme trop baroque : plus le nombre de motifs est élevé, plus il faut rester sobre, proche du documentaire. Sinon on perd le spectateur.
Or, ici, Corbet choisit de filmer à la caméra portée steadycam avec le très bel ancien procédé vistavision, ce qui fait que la forme du film, magnifique avec des images parfois somptueuses, retient très souvent l’attention : les paysages, les monuments, les décors, les épisodes de travail etc, au détriment de la réflexion sur les sujets abordés. Par moments au contraire, la caméra est très mobile : c'est justifié au début, mais pas toujours, ce qui est aussi dommageable.
Donc, une partie sur l'architecture (50%) indéniablement intéressante