Première remarque: la durée... Le premier travelling du film auquel on a droit, d'un bout à l'autre d'une cuisine décrépie, est aussi misérabiliste que superfétatoire. On comprend tout de suite qu' on va en baver! Et en effet, si la dernière partie, contemporaine, est (heureusement!!) bien rythmée, les 2h qui la précèdent sont longues, mais longues... !!! 慢死了!!!
Deuxième remarque l'interprétation: c'est le point fort du film. Rien à redire, les interprètes sont bons et cerise sur le gâteau, le vieillissement des personnages est très bien maîtrisé, chapeau à tous!.
Troisième remarque le contenu: c'est là que je voudrais apporter quelques éclairages à ceux qui prennent Wang XiaoShuai pour un courageux dénonciateur du régime communiste... Rien n'est moins faux! Sachez que si tel était le cas, son film n'aurait jamais été autorisé à la diffusion en Chine. S'il l'a été, c'est qu'il colle parfaitement à la doctrine "Travail, Famille, Patrie" de Xi Jinping, et surtout, qu'il attaque frontalement la politique de Deng Xiaoping, le premier président chinois à avoir ouvert la Chine sur l'extérieur, aussi honni par le président actuel que Barack Obama l'est par Donald Trump!
Pour qui connait bien la Chine et fait preuve d'un peu plus de subtilité que nos critiques de France, on voit très vite ce que vante ce film: les valeurs chinoises et en contrepoint, le rejet de l'occident.
Cela commence avec la citation de Deng Xiaoping comme "horrible" instigateur de la politique de l'enfant unique (qui dans les faits nous a évités 500 millions d'humains supplémentaires sur la planète: on peut lui dire mille fois merci à Deng XiaoPing, sans lui la planète qu'homo sapiens détruit à vitesse grand V serait encore plus mal!!)
Cela continue avec un hommage à Mao (salut à la statue du grand leader depuis la voiture avec un côté "mon pauvre vieux, si tu voyais comme ils nous ont dévoyé notre pays avec le capitalisme!")
Et cela finit avec le personnage de Moli,
la belle apprentie, qui passe du statut d’héroïne qui rachète la faute initiale en donnant un fils de substitution à un couple en souffrance, au statut de traître à la patrie qui part émigrer à l'étranger et fait/adopte (on ne sait pas trop) un enfant sur place. Ça c'est le pompon pour notre brave Liu Yuajun ne peut réprimer un sourire de mépris appuyé en voyant le gamin sur skype! Heureusement, la morale est sauve, qques minutes plus tard le fils abandonné par Moli, son fils d'adoption à lui, un enfant chinois bien de chez nous, avec une fille bien de chez nous se rappelle à lui.
Le message de Xi Jinping, qui est raccord avec le film est le suivant: soyez patriote, faites des gosses et oubliez l'étranger, la Chine a connu bien des vicissitudes mais elle a déjà pris sa revanche économique et continuera sur sa lancée. Ne cédez pas aux mirages de l'étranger (comme le fait Moli qui se perd) mes chers compatriotes, respectez le pays et sa doctrine. Vous rencontrerez des épreuves, qui n'en a pas, mais vous pourrez être fier de votre patrie! Pas comme Deng Xiaoping qui avait imposé:
- la limitation du nombre de mandats en tant que président (non mais quelle absurdité! C'est bien mieux que je sois président à vie!)
- la limitation du nombre de naissances (encore une absurdité! )
- l'ouverture au monde extérieur (peut-être la pire des absurdités, on est bien mieux à rester centré sur nos "valeurs", plutôt qu'à chercher à apprendre et partager avec l'étranger!!)