So Long, My Son
Note moyenne
4,2
1374 notes En savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné

137 critiques spectateurs

5
36 critiques
4
53 critiques
3
31 critiques
2
11 critiques
1
4 critiques
0
2 critiques
Trier par :
Les plus utiles Les plus récentes Membres avec le plus de critiques Membres avec le plus d'abonnés
poet75
poet75

298 abonnés 703 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 juillet 2019
Dans une interview parue dans Télérama, le réalisateur raconte à quel point il a dû batailler avec la censure de son pays pour l’aboutissement de chacun de ses films. Ainsi, ce sont, entre autres, les autorités en charge des cultes qui sont intervenues pour faire retirer de « So long, my son » une scène montrant une femme sortant d’un temple bouddhiste puis passant devant une église en faisant un signe de croix. Dans la version telle qu’elle nous est proposée, il reste néanmoins une scène se déroulant dans un temple bouddhiste ainsi qu’un plan très fugitif sur une église, mais rien de plus.
Compte tenu de ces tracasseries et des compromis qui en découlent, « So long, my son » n’en demeure pas moins un film remarquable qui nous fait découvrir, en une longue fresque, tout un pan de l’histoire de la Chine sous l’angle de la politique de contrôle des naissances qui y a sévi entre le début des années 80 et 2015. On le sait, durant cette longue période, les couples étaient tenus de n’avoir qu’un seul enfant, sous peine de sanction. On voit ainsi, dans ce film, comment les couples obéissants étaient récompensés, entre autres, par une remise de diplôme et les insoumis réprimés.
Mais, si le film est passionnant, malgré quelques longueurs, c’est aussi et surtout parce qu’il s’attache à raconter l’histoire d’un couple parmi beaucoup d’autres. Or ce couple connaît la pire épreuve qui soit : leur enfant unique, leur garçon, décède tragiquement à la suite d’une noyade. Peut-on imaginer drame plus terrible que celui-là ? Or, le cinéaste montre, presque aussitôt, le même couple, quelques années plus tard, en charge d’un garçon, d’un adolescent en pleine crise, qui porte le même prénom que l’enfant décédé.
Wang Xiaoshuai a savamment construit son film, osant toutes sortes d’ellipses, d’allers et retours dans le temps, pour nous faire percevoir ce qui s’est passé et comment le couple en deuil a pu accueillir un autre enfant sous son toit. Bien d’autres événements éprouvent, au fil du temps, cet homme et cette femme qu’on voit vieillir à l’écran puis rajeunir à l’occasion de flashbacks. Difficile de ne pas être profondément touché, voire bouleversé, par ces deux-là, par leur fidélité l’un à l’autre, fidélité qui leur permet de tenir bon au milieu des tourmentes. Et puis, et c’est sans nul doute la scène la plus belle et la plus poignante du film, voici que, alors qu’ils sont âgés, tous deux apprennent enfin la vérité entière sur ce qui s’est passé le jour où leur fils est mort. Ce sont la culpabilité d’une part et le pardon de l’autre qui sont alors à l’œuvre. La scène est inoubliable, elle illumine le film.
Emmanuel Cockpit
Emmanuel Cockpit

90 abonnés 1 460 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 14 juillet 2019
Quand on va manger un repas de 7 plats dans un restaurant étoilé, on se dit qu’il y en aura trop, si bons soient-ils. C’est ce que je me suis dit en allant voir un film chinois en VO de plus de 3 heures. Et encore, je ne pouvais pas sauter des plats dans ce cas. Mais voilà… le cinéma réserve autant de (bonnes) surprises que la cuisine. Dans « Une famille chinoise », le metteur en scène traitait l’histoire de deux couples désemparés par une situation de choix extrême pour sauver une petite fille atteinte de leucémie. Ici, une autre tragédie familiale, construite sur l’évolution et les traumatismes de la Chine moderne sur plusieurs décennies, nous raconte l’histoire d’un couple parmi beaucoup d’autres. Il y connaît une des pires épreuves qui soit : la perte de leur enfant unique. Cette saga familiale n’a rien du lyrisme du cinéma italien : les personnages sont imprégnés de dignité, irrigués d’humilité et les acteurs transmettent de manière bouleversante leurs déchirures internes. Naissance, mort, avortement, adoption, perte, enfant caché, le metteur en scène pose son regard par touches délicates, sans cris, de manière presque discrète, au travers de plans éloignés des personnages, pour insister sur un drame avec des silhouettes au loin, ou sur l’intimité, avec une connivence derrière un rideau.
Cinephille
Cinephille

174 abonnés 634 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 juillet 2019
J'ai tendance à fuir les films de 3h et plus mais j'avoue ne rien regretter de celui-ci. A travers l'histoire de deux couples, un qui réussit au plan social pendant la communisme et ensuite en s'adaptant très bien au capitalisme, l'autre que la mort de leur enfant entraîne vers la marge sociale, on vit trente année de la Chine. La réalisation est parfaitement maîtrisée, on navigue sans arrêt entre les époques sans être perdu. Les acteurs changent d'âge d'une façon époustouflante alors que si souvent un acteur de 30 ans qui en joue un de 60 (ou inversement) n'est pas crédible. On évite pour beaucoup le pathos et les démonstrations trop appuyées. Et on prend conscience des drames individuels découlant de la politique de l'enfant unique et de la pression sociale.
war m
war m

37 abonnés 447 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 4 juillet 2019
My long , my son est Un mélo plein de larmes, empli d'une dignité qui irrigue tous ses personnages. Génial !
ninilechat
ninilechat

84 abonnés 564 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 juillet 2019
Ce sublime mélo très long -un peu trop long, sans doute, car après trois heures, on cale, mais..... comment être court lorsque l'on couvre 40 ans de vie de la Chine?- est un chef d'oeuvre. Il brasse tant de notions -la culpabilité, le pardon, le ravage des non-dits.... A partir de cette terrible (mais inévitable sans doute) tyrannie de l'enfant unique. Construit autour de flash backs parfois déroutants. En tous cas, je n'ai jamais vu autant de réalisme et de crédibilité dans le vieillissement des acteurs!

        Ce sont des amis, ou beaux frères, belles soeurs... ils vivent les uns sur les autres dans une cité ouvrière, travaillent dans la même usine, s'amusent ensemble. Enfin, mieux vaut danser dans les bals officiels qu'organiser des surboums chez soi: l'un de la bande va se retrouver en tôle.

        Deux couples d'amis donc. Les deux femmes, Lijun (Yong Mei) et Haiyan (Ai Liya) accouchent presque en même temps. Xingxing et Haohao vont grandir ensemble, comme des frères.... Mais tandis que Lijun reste une simple ouvrière, les parents de Haohao prennent du galon. On retrouvera à la fin du film le père, devenu patron d'une société, vivant dans le bel appartement moderne, avec mobilier design et écran plat, d'un Pekin complètement remodelé. En attendant, Haiyan est devenue sous directrice de l'usine et responsable du planning familial. Et quand Lijun se retrouve enceinte d'un scandaleux petit deuxième qu'elle ne peut plus cacher, Haiyan la traîne manu militari à l'hôpital où on l'avortera de force, en dépit de l'avancement de sa grossesse.... 

        Les deux garçons vont jouer, malgré l'interdiction parentale, sur les berges d'un fleuve; au milieu, le courant est fort. Haohao est débrouillard; Xingxing, sage, un peu timoré et obéissant. Est ce Haohao qui l'a entraîné, ne voulant pas que son "frère" passe, aux yeux des autres gamins, pour un trouillard? Xingxing se noie, épisode traité avec une délicatesse qui ne le rend que plus bouleversant. Alors, Lijun et Yaojun (Wang Jing-chun) n'ont plus rien. Ils partent très loin, sur le bord de la mer, du côté de Canton, adoptent un orphelin qu'ils rebaptisent Xingxing.... mais c'est un gosse rebelle qu'il faudra bien laisser partir. Ils n'ont rien, ni argent, ni enfant, rien que l'affection solide qui les lie, alors que les autres, qui prospèrent en ville, ont tout -sauf que leur vie est bouffée par la culpabilité. Tout cela se terminera cependant par une fin lumineuse; la dernière séquence, on l'espère et on l'attend..

        Depuis les travailleurs en veste et pantalon bleus, jusqu'aux jeunes actuels aux cheveux verts ou grenat qui font des rodéos à moto, Wang Xiaoshua nous fait parcourir quarante ans d'histoire, dans cette saga foisonnante aux multiples personnages. Mais ce dont on se souviendra le plus, sans doute, c'est l'humanité, la tendresse humaine qui parcours le film. C'est superbe et à ne pas rater.
Myriam Z.
Myriam Z.

42 abonnés 8 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 3 juillet 2019
L'un des films les plus bouleversant jamais vu. Une épopée sur 40 ans de l'histoire de la Chine contemporaine ou comment la politique de l'enfant unique (1982) à saccager l'intimité des familles. Un scénario complexe qui nous emmène pas après pas toujours plus au coeur de leur trauma mais aussi de leur deuil. La dignité de ce couple est retranscrite dans la justesse incroyable du jeu et l'humilité des deux acteurs.
Un chef d'oeuvre simplement.
Pietaterre
Pietaterre

3 abonnés 12 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 4 juillet 2019
Vu en avant-première à Paris, merci merci Positif, quel cadeau !
Un chef d'oeuvre servi par une photo magistrale et un couple d'acteurs bouleversant.
Surtout ne vous laissez pas impressionner par la durée du film, l'histoire nous tient du début à la fin, sans aucune lenteur. Au générique de fin on encore envie de suivre les traces de ce couple dont le fidèle attachement nous dépasse et nous transcende.
Le réalisateur s'affirme ici comme un futur grand.
So long...
Colette H.
Colette H.

4 abonnés 11 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 4 juillet 2019
Film excellent. Malgré sa durée (3 h) et ses retours en arrière qui surprennent un peu au départ, on reste captivé de bout en bout. La dureté des événements qui y sont relatés ne nous empêchent pas de sortir de la salle avec des ondes positives tellement tant d'amour se dégage. Je le redis film excellent à voir sans hésitation
Jacques F
Jacques F

9 abonnés 87 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 juillet 2019
Très beau film au rythme des fois un peu lent .La photo est très belle et les comédiens sont très très bons
Jean-luc G
Jean-luc G

88 abonnés 894 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 27 juillet 2019
Un voyage introspectif en Chine absolument sublime. D'abord Wang prend son temps, il faut donc avoir trois heures de libre devant soi, ensuite il nous ballade dans un puzzle déconstruit de flash-backs, mais il ne faut pas se laisser impressionner: sa maîtrise ne vous laissera pas en chemin, et peu importe si certains détails de cette saga familiale vous ont échappé, l'essentiel viendra en temps utile. Le fil conducteur lui est basique: comment a-t-on vécu la politique de l'enfant unique imposée par le Parti Communiste Chinois? La réussite vient d'un habile mélange entre la saga sociale (le vécu collectif d'une nation toute entière dirigée vers la réussite de "la marche en avant", et la romance familiale (les impact de cette politique sur la vie des couples et des individus). Les acteurs sont remarquables de justesse, et, oh grande surprise, éprouvent des sentiments individuels très proches des nôtres. Le chinois a aussi un cœur de père ou de mère, derrière son apparente docilité. Cette proximité psychologiques étonne et force l'empathie pour ces familles ballottées par la grande Histoire. En arrière plan, les décors changent radicalement en fonction des époques et du déménagement du couple principal (un bref rappel souligne que tous les chinois ne parlent pas le mandarin, cette évocation de la persistance des langues régionales existe chez Zhang-ke). La caméra cadre subtilement, le montage ménage quelques effets de surprise. Même le titre occidental n'est pas anodin. Bref, une œuvre riche, qu'il n'est pas possible, malgré sa longueur, d'appréhender complètement en une seule fois. Merci à Wang Xiaoshuai de nous permettre d'approcher l'intimité du peuple chinois, ce qu'il serait impossible de faire lors d'un voyage touristique standard, et de plus pour une consommation de CO2 quasi-nulle en cette période de canicule: c'est aussi cela la magie éternelle du cinéma. C1 - juillet 2019
islander29

1 028 abonnés 2 662 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 17 juillet 2019
C'est vrai qu'il y a des longueurs, notamment au début, mais n'étaient elles pas nécessaires à cette fresque exigeante, sur la vie de deux couples chinois au début des années 1980 ???( Il s'agit surtout de l'un des deux couples, celui rongé par la culpabilité)...Après la mise en scène est magnifique, soignée, à la façon d'un Michael Cimino, dans les portes du paradis (sans l'aspect épique)…Le choix des musique est délicat et essentiel...l'image est souvent mélancolique, dans des clairs obscurs ocres et clairs ….Le film demande de l'immersion, et cela devient un puissant mélodrame, une histoire humaine, comme la Chine, dut en voir de milliers...toute une époque ronge par la culpabilité, suite à un accident…..Les personnages vibrent, et le montage du film est comme un rébus, qui devient lumineux à la fin du film ( le désordre chronologique des flash back offre sa solution, comme dans un polar, oui mais bien sûr, c'était donc de cela que parlait le film…???? Soyez patients avec ce film et vous serez récompensé...L'histoire de la Chine, elle, passe vraiment en second plan (ne vous attendez pas à apprendre certaines, choses, juste un clin d'œil à Mao)….J'ai noté aussi la beauté des paysages , notamment le port où vit le couple maudit ( ces nuées de bateaux de pêches, au crépuscule, ou sous l'éclatant soleil)….C'est une belle et grande fresque humaine, très intimiste ( au sens moral et sentimental) et qui malgré sa longueur mérite la subtilité de son dénouement, limpide et humaniste …..Ne soyez pas comme moi effrayé de sa longueur, (3 heures 10), on sort avec une âme plus riche de cette histoire chinoise...Si vous avez du temps ???? Je conseille….
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 22 juin 2019
Vu en avant première aux rencontres d'art et essai de Bretagne 2019...un film magistralement mis en scène, photographié et écrit... L'histoire de la Chine des 40 dernières années à travers la vie d'un couple et de leurs amis proches.... L'auteur a préféré à un déroulement chronologique de l'histoire, sautiller sur plusieurs périodes sans que cela ne perturbe le récit...Un film qui va nous marquer.
traversay1

4 479 abonnés 5 351 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 9 juillet 2019
Après Zhang Yimou et Jia Zhangke, entre autres, au tour de Wang Xiaoshuai de livrer une fresque virtuose sur la Chine des 40 dernières années. Mélodrame familial autour de la perte et de l'absence, le film raconte l'évolution sociale et politique d'un pays où le sens du collectif a toujours eu la primauté sur le développement individuel, tout du moins jusqu'à une période récente. Le récit de Wang est sinueux, usant jusqu'à l'excès de flashbacks et d'ellipses, laissant parfois le spectateur dans une zone de flou jusqu'à ce que le puzzle narratif se révèle dans ses grandes lignes, après 3 heures de projection. Ces moments d'incertitudes, géographique et temporelle, ne nuisent cependant pas à la puissance de cette aventure humaine qui s'articule autour de la politique de l'enfant unique, qui ne prit fin qu'en 2011. Film sur le deuil, So long, my Son, est aussi une oeuvre vibrante sur la permanence du couple, sur l'amitié, sur le pardon et sur la résilience. Wang n'a pas peur de jouer sur le registre sentimental, notamment dans la dernière partie, sommet d'émotion et de mélancolie alors que les deux personnages principaux, les parents (admirablement interprétés), sont désormais vieux et sereins. So long, my Son forme un tout qui peut paraître hétérogène et parfois opaque mais c'est la somme des tranches d'existence qui constituent son trésor, convoquant le ressenti plutôt que l'analyse. Que le réalisateur n'ait pas cherché à faire des compromis scénaristiques et de montage pour se rendre plus compréhensible aux yeux du public occidental est digne d'éloges, autant que sa volonté de ne pas édulcorer un discours politique que la censure chinoise a dû moyennement goûté. Ce qui reste du film, c'est son humanisme et son portrait d'une génération sacrifiée, peut-être moins violemment que la précédente, au temps de la Révolution culturelle, mais de manière plus sourde et intime.
plp56
plp56

2 abonnés 69 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 14 juillet 2019
Un beau film où l'on ne prend pas le spectateur pour un idiot (ça change !), un peu long néanmoins...
Barry.L
Barry.L

37 abonnés 136 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 19 juillet 2019
Il y a des films qui, par leur ampleur, leur richesse et leur force vous emportent et vous sidèrent. ‘’So long, my son’’ de Wang Xiaoshuai fait partie de ces films-là. Récompensé par le prix d’interprétation masculine (pour Wang Jinchun) et le prix d’interprétation féminine (pour Yong Mei) à Berlin, le film accomplit la prouesse de s’imposer comme une fresque intimiste : à la fois film sur un drame familial et film sur les bouleversements de la Chine à partir des années 80.

L’histoire est celle d’un couple chinois. Wang Liyun et Liu Yaojun ont un fils Liu Xing, et ne peuvent en avoir d’autre à cause de la politique de l’enfant unique. Suite à la mort accidentelle de Liu Xing, Liyun et Yaojun vont tenter de se reconstruire sur une période de plus de 30 ans. Une reconstruction qui va de pair avec la métamorphose profonde et les mutations de la Chine.

‘’So long, my son’’ est avant tout un drame puissant sur un terrible événement pour ses personnages principaux : la mort de leur enfant. Logiquement, ‘’So long, my son’’ est un film sur la douleur et sur l’impossibilité d’oublier le passé. Le drame et sa force sont décuplés grâce à l’audace scénaristique de Wang Xiaoshuai qui est de raconter la vie des deux héros sur plus de trente ans d’existence. Trente ans où Liyun et Yaojun n’ont jamais quitté leur deuil. Trente années qui, malgré les changements ne semblent pas avoir (aux premiers abords) cicatrisées la blessure du couple. ‘’Pour nous, le temps s’est arrêté’’ dit tristement Liyun. Comme si les deux protagonistes étaient à jamais emprisonnés dans cette horrible journée où leur fils s’est noyé. Les incessants retours en arrière ne sont pas là par hasard : si la vie de nos héros continuent, une partie de Liyun et Yaojun est restée au bord du lac où se trouvait le corps de Liu Xing. Un enfant qui fatalement hante encore et encore les esprits de Liyun et Yaojun. Ainsi, des années plus tard, le couple héberge un fils de substitution et lui ont donné le nom de leur défunt enfant (l’origine de l’enfant sera révélé plus tard dans le film). Mais ce nouveau Liu Xing n’a cruellement jamais pu remplacer le premier Liu Xing. Et cet enfant ne semble pas avoir pu consoler le couple (surtout que l’enfant en grandissant va rentrer en conflit avec ses parents).

Mais le drame qui va frapper le couple est aussi intimement lié à l’histoire de la Chine de Deng Xiaoping. C’est la deuxième grande force du film : toujours lié et entremêlé le destin dramatique des héros avec celui de leur pays. Dans les séquences qui se déroulent avant la tragédie, Liyun attend un second enfant. La politique de l’enfant unique lancée en 1979 en infligeant des amendes aux couples qui ont plus de deux enfants force Liyun à avorter. L’avortement l’a rend stérile. Le couteau s’enfonce un peu plus dans la plaie quand leur enfant meurt peu de temps avant. Ne nous le cachons pas, si le film de Wang Xiaoshuai n’a pas eu trop d’ennuis avec la censure (alors que son film est assez virulent avec la Chine des années 80 et son communisme vain), c’est parce que ce dernier n’est jamais dans l’opposition de la Chine actuelle. Wang Xiaoshuai n’est pas que dans la critique, il aussi dans le constat. Ce qui est fascinant dans le film, c’est sa capacité à capter toute la transformation d’un pays à la croissance spectaculaire (parallèlement à l’emprisonnement spirituel et à ‘’l’immobilisme’’ du couple). Cette croissance est aussi dû à l’émergence de cadres très dynamiques. Plusieurs générations apparaissent à l’écran, chacune incarnant une époque de la Chine. La première génération est celle d’ouvriers qui vivaient dans des conditions très précaires et qui va être frappée par plusieurs crises (l’usine qui engageait les héros sera obligée de diminuer ses postes). Cette Chine ouvrière qui voit justement ses symboles ouvriers s’effondrer est là même décrite dans ‘’Une pluie sans fin’’ réalisé par Dong Yue et sorti en 2017 (où l’on voyait à la fin du film la destruction d’une usine). Pourtant au sein de cette masse ouvrière va émerger une jeunesse dynamique qui restera pas longtemps affiliée éternellement aux usines. Cette seconde génération est incarnée par le personnage de la belle Moli (Xi Qi), dont l’arrivée à l’usine de Liyun et Yaojun s’avérera fondamental pour la suite de l’histoire. D’abord apprenti de Yaojun, Moli ne va pas en rester là en sortant de sa condition social modeste et migrer aux Etats-Unis (la diaspora chinoise est la plus importante dans le monde). Idem avec l’ami d’enfance du premier Liu Xing Shen Hao qui deviendra médecin. Ces divers protagoniste représentent le fossé qui existe entre la Chine des années 80, assez repliée sur elle-même et la Chine actuelle, plus libérale et capitaliste (malgré la présence quelque peu paradoxale de la dictature communiste). La sortie et le succès de ‘’So long, my son’’ en Chine est l’exemple même des changements et des bouleversements qu’à connu la Chine (à commence bien sûr par l’abolition de la politique de l’enfant unique).

Dans ‘’So long, my son’’, tout les éléments inhérent au drame sont à mettre en relation avec le climat de la Chine de l’époque. On a vu que la tragédie que va vivre Liyun et Yaojun est dû à la politique chinoise menée à cette époque là. Mais le troisième axe abordé par le film (à savoir une rupture entre deux familles) est lui aussi étroitement relié à cette politique. Les deux couples du film se considèrent presque comme une seule famille et leurs enfants (Liu Xing et Shen Hao) sont nés le même jour et sont unis comme des frères. Mais là où Liyun et Yaojun se tiennent assez éloignés de la sphère politique, Li Haiyan, la mère de Shen Hao est au contraire très à cheval sur l’application des règles du partie. C’est donc Li Haiyan, qui conseille et organise l’avortement de Liyun (qui voulait accepter d’avoir un second enfant). Rendue stérile à cause de l’avortement, Liyun verra ainsi ses deux enfants mourir sur une période de temps très courte (et ne pourra donc pas en avoir d’autres). Si Li Haiyan n’avait pas autant insisté, Liyun aurait pu avoir son second enfant. Dès lors, quelque chose se cassera entre les deux couples. En choisissant de couper les ponts avec le passé (en l’occurrence avec Haiyan), Liyun et Yaojun croient pouvoir oublier la tragédie passée. En déménageant loin, en abandonnant tout contact avec leurs amis (Moli exceptée), le couple meurtri chercher à se reconstruire, en vain. Une nouvelle fois, Wang Xiaoshai est d’une grande justesse puisqu’il parvient à comprendre les subtilités qui peuvent habiter une embrouille. Ici, la rupture est presque tacite : elle ne se fait dans les cris. Au contraire, les deux couples s’efforcent de maintenir des liens. Mais rien n’y fait. Quand deux amis ou deux amants ne peuvent plus cohabiter ensemble et que le courant ne passe plus, la séparation qui s’ensuit n’est pas forcément le fruit d’âpres disputes et d’assiettes qui cassent. L’impossibilité de communiquer, l’impression qu’un mur s’est bâti… tout cela est suffisant pour casser des histoires d’amitié et d’amour. C’est ce qui se passe avec les deux couples. Jamais Liyun et Yaojun n’iront déchaîner leur colère contre Li Haiyan (c’est même plutôt Moli qui sera en colère contre Haiyan). Malgré cela, Liyun et Yaojun perdront tout contact avec Haiyan.

Mais un pays comme la Chine a changé. Alors pourquoi pas Liyun et Yaojun ? Ils ont certes connu l’horreur et la solitude. Mais sont-ils vraiment emprisonnés à jamais dans leur passé ? Non, le temps cicatrise même les plaies les plus profondes. Bien sûr, jamais le souvenir du premier Liu Xing ne disparaîtra totalement. Mais la vieillesse sera bénéfique pour le couple. Ce dernier comprendra son erreur à avoir voulu chercher à tout abandonner. En se réfugiant dans leur propre tristesse, Liyun et Yaojun ont négligé la terrible culpabilité de Haiyan. Tous auraient pu se consoler mutuellement, se soutenir dans cette dure épreuve plutôt que de couper les ponts. spoiler: Liyun et Yaojun vont découvrir dans les derniers instants du film que, peut-être, ils n’étaient pas les plus hantés par la mort de leur fils. La fin est un modèle dans la gestion de nos émotions. Le réalisateur fait de nouveau surgir le pathos en mettant en scène la douloureuse confession de Shen Hao (qui avoue avoir ‘’tué’’ son ami Liu Xing étant enfant). Mais cette fois-ci, il n’est plus temps pour le couple vieillissant de vivre reclus. Ayant compris que les victimes (eux) ont parfois un destin plus enviable que les coupables (Shen Hao, qui fut hanté pendant toute sa jeunesse de son crime), Liyun et Yaojun pardonnent. Les dernières images, terriblement émouvantes sont une ode à la vie, et non à la mort (qui aura bien assez hanté le film comme cela). Les vivants sont réunis pour faire la fête et accueillir le nouveau né de Shen Hao. Et si les souvenirs peuvent s’inviter (ici, il s’agit du souvenir de l’amour qu’à ressenti Yaojun pour Moli, autrefois), nos héros, vieillissant certes, sont enfin concentrés sur le présent.
Tout a changé : y compris leur tristesse. Le temps a triomphé des douleurs, et l’harmonie est enfin atteinte.

Wang Xiaoshuai a souvent été dans l’ombre de Jia Zhangke chez les cinéphiles. Pourtant, avec ‘’So Long, my son’’, il semblerait que l’élève dépasse son maître. Car Wang Xiaoshuai, tout en scrutant le destin de la Chine ne perd jamais de vue son couple de héros, là où Jia Zhangke a tendance parfois à plus scruter le décor et la toile de fond que ses protagonistes. Maniant en maître les ellipses et les flash-back (ce qui peut même créer du mystère spoiler: autour de l’identité du second Liu Xing et du secret de Shen Hao
), Wang Xiaoshuai accouche d’une magnifique fresque hantée. Force aux deux comédiens, qui délaissent tout effet de manche superfétatoire pour atteindre un naturel bouleversant. Et puis un film où il est possible d'entendre la musique de ''Méga-Man 2'' ne peut pas être un mauvais film!
Les meilleurs films de tous les temps