Quatre ans après avoir conquis le monde depuis son fauteuil de streaming, RRR débarque officiellement dans les salles françaises le 29 juillet 2026, grâce au soutien de Carlotta Films et la rétrospective que consacre la Cinémathèque française sur son réalisateur . Rajamouli. Un sacre tardif d’un blockbuster spectaculaire et déjà auréolé d’un Oscar. On suit pendant trois heures deux révolutionnaires qui s’aiment comme des frères, manquent de s’entre-détruire, avant de fusionner, littéralement, en une seule force. Une amitié plus grande que l’Histoire elle-même et un plaisir visuel venu de Tollywood.
"Il s’agit d’un cinéma taillé dans le culte du héros où l’exploit surhumain est filmé comme un miracle au ralenti. RRR a fini par exporter ce genre bien au-delà de ses frontières régionales, jusqu’à en faire une évidence mondiale. Rajamouli, pourtant, ne se contente jamais d’en respecter les codes ; il les discipline avec une rigueur d’ingénieur, storyboardant chaque plan où aucune chorégraphie n’est dû au hasard, sans renoncer pour autant à la démesure mythologique qui fait battre le cœur du genre. Cette alliance entre artisanat de haute précision et fureur populaire assumée ne ressemble à rien d’autre, ni ailleurs en Inde, ni au-delà."
"Le film s’ouvre en Inde coloniale, au début des années 1920. Komaram Bheem, guerrier gond, traque Malli dans les rues de Delhi, une fillette de sa tribu enlevée par le gouverneur britannique et son épouse, séduits par sa voix. De l’autre côté, Alluri Sitarama Raju, officier au service de l’Empire en quête de reconnaissance et de promotion, poursuit tout autre chose. Les deux hommes, avant de se reconnaître, se rencontrent sous un pont en flammes pour sauver ensemble un enfant tombé à l’eau. Une scène fondatrice et presque un résumé codé de tout ce qui va suivre. Bheem et Raju, l’eau et le feu selon la propre mythologie du film, ne devraient jamais pouvoir s’allier. Ils vont pourtant devenir les meilleurs amis du monde, avant que le devoir, le secret, et une trahison qui n’en est pas vraiment une, ne viennent tout percuter."
"Car RRR ne raconte pas l’Histoire, il la rêve. Alluri Sitarama Raju et Komaram Bheem ont réellement existé, réellement résisté à l’Empire britannique, et ne se sont, dans les faits, jamais rencontrés. Rajamouli ne s’en cache pas, les tout premiers cartons du film préviennent que son récit tient davantage du conte que de la reconstitution historique. Loin d’être une esquive commode, ce geste s’inscrit dans une tradition bien plus ancienne du cinéma populaire indien, qui a toujours préféré la puissance symbolique du mythe à la fidélité documentaire. RRR va même plus loin, en habillant ses deux héros d’une seconde peau épique, empruntée aux grandes épopées sanskrites. De quoi légitimer, aux yeux d’un public biberonné à ces récits depuis l’enfance, des exploits qui confinent au surhumain, aux super-héros."
"Sa première partie carbure à une énergie résolument festive, empruntée à ce que le cinéma indien fait de plus galvanisant d’une romcom. C’est là, dans les jardins du gouverneur, qu’explose « Naatu Naatu », duel de danse endiablé devenu un mème planétaire avant de décrocher le Golden Globes et l’Oscar de la meilleure chanson originale. Puis, sans prévenir, le film change de gamme. Entre la flagellation publique de Bheem et les flashbacks qui dévoilent les motivations réelles de Raju, on referme délicatement la parenthèse burlesque pour replonger dans la tragédie et la mythologie révolutionnaire. Peu de blockbusters osent un tel écart de ton sur un seul métrage, mais Rajamouli, lui, n’a jamais eu peur de heurter son public pour mieux le cueillir ensuite."
"Il faudra accepter de donner trois heures de sa vie à RRR, mais trois heures qui, en réalité, se dévorent bien plus vite qu’elles ne se comptent. Ce que Carlotta Films offre enfin au public français, avec quatre ans de retard mais une ferveur intacte, c’est moins un film qu’une expérience collective : celle d’une salle entière qui rit, pleure, chante et retient son souffle à l’unisson, comme le veut la tradition des salles indiennes que Rajamouli a fini par exporter jusqu’à Hollywood. Le feu et l’eau se rencontrent rarement sans dégâts. RRR fait la promesse que ces deux forces contraires, assez tenaces, finissent toujours par en faire qu’une, et avec la manière. Une œuvre à chérir avec passion et à ne surtout pas manquer sur grand écran."
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