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VILLE.G
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3,0
Publiée le 24 octobre 2022
Ce film a le culot de traiter un sujet très très difficile. C'est bouleversant par le thème mais ça n'est quand même pas un bon film au sens cinématographique. Il y a pas mal d'acteurs amateurs et le film s'en ressent.
Difficile de trancher entre la volonté de parler de cette histoire cynique, encore d'actualité et la manière dont cela est fait. Comme nombre de films sur nos conflits récents, on essaye de faire croire que les soldats français n'avaient pas le sens du sacrifice, mettant en avant constamment les indigènes. Or lorsqu'on connaît la guerre d'Algérie, on sait bien quel est le prix payé par les unités de choc, même constituée parfois d'appelés. La litanie repentante sort de la bouche de ce lieutenant, mais qui fera preuve de courage à la fin. Sur le plan technique, on sent une volonté de rigueur et d'exactitude mais y a quelques petits anachronismes, des treillis bien trop neufs, des scènes d'action pas très spectaculaires, un jeu d'acteurs figé, une fin totalement bâclée. Néanmoins ce film présente plusieurs intérêts : il montre qu'à la fin de la guerre le FLN était militairement à genoux, que sa victoire fut finalement politique et que ce conflit fut également une guerre civile entre Algériens. Enfin il traite surtout de la flétrissure indélébile que constitue l'abandon des pieds-noirs et des harkis par la France, effroyablement massacrés... compensée par l'honneur de quelques officiers qui firent tout pour sauver leurs hommes. Sur le plan cinématographique, on peut souligner les décors naturels ainsi que la photographie qui sont magnifiques.
Impression mitigée à la sortie : d'un côté, un scénario didactique qui expose la problématique historique et humaine, avec nuance et objectivité (notamment pour les motivations diverses de ces supplétifs qui luttent avec leurs colonisateurs contre les indépendantises nationalistes communistes, la diversité de comportements, dont toute guerre révèle la vraie nature de chacun des combattants) ; de l'autre, un récit qui manque de souffle, des personnages pas toujours très crédibles car un peu caricaturaux, des scènes de combat à l'économie (même si cette guerre fut surtout un combat de traques de petits groupes). La description sociale de la vie des algériens du djebel est plus clairement la démonstration de ce qu'était la réalité de la colonisation de ce qui était supposé être la France universelle, mais à deux statuts.
Avec une économie de moyens, et une narration sans esbrouffe, Philippe Faucon revisite le film de guerre pour reprendre le cours de l'Histoire sur la révolte des algériens en quête de leur indépendance dans les années 50/60. Face à la résistance algérienne composée des fellaghas, il met en scène les supplétifs de l’armée française, des algériens qui sans ressource n’ont d’autre choix que de s’enrôler auprès des occupants. Ce sont les harkis qui une fois la guerre terminée sont pour la plupart abandonnés par l’état français. Il est en effet réticent à les rapatrier , à moins qu’il soient « réellement menacés dans leur vie ». Ce dont ils ne doutent pourtant pas … Le réalisateur raconte cette épopée de manière très simple, très directe, pour dire à la mémoire ce qu’elle peut encore nous restituer. L’enrôlement des jeunes sans travail, la torture, et la propagande d’un camp à l’autre pour mieux terroriser une population terrée dans les villages. Une violence toujours contenue par la mise en scène d’une sobriété exemplaire, qui montre simplement ce qu’il faut retenir . Le meilleur des effets Pour en savoir plus : lheuredelasortie.com
Les Harkis est moins un film de guerre qu’un film sur la guerre, en l’occurrence celle menée par la France en Algérie. Philippe Faucon livre une œuvre qui documente ce conflit en vue de l’éclairer par le prisme de plusieurs points de vue. Il y a celui de la France à travers le commandement de ses troupes déployées en Algérie. Il y a celui des Harkis, c’est-à-dire des plus ou moins jeunes hommes qui dans les combats se sont engagés aux côtés des forces françaises jusqu’à y être intégrés. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/festivals/albi/oeillades-2022/#H
Comme à son habitude, Philippe Faucon a réalisé un film sobre, restant factuel, au côté documentaire et rappelant des faits oubliés (l’action se déroule de 1959 à avril 1962, 1 mois après les accords d’Evian qui mettent fin à la guerre d’Algérie) car non glorieux pour la France (faits de torture), représentée par son président, le général Charles de Gaulle (1890-1970) et son ministre des armées, Pierre Messmer (1907-2007), qui a manqué à sa parole donnée [spoiler: seul le lieutenant Pascal (Théo CHOLBI) défend ses hommes mais sa harka est dissoute contre son gré et il est muté à Oran ]. Il évite tout manichéisme et montre les harkis, supplétifs algériens sous le commandement d’officiers français, dont les motivations d’engagement sont diverses (économiques ou par vengeance). On estime que 35 à 50 000 harkis ont été exécutés après le cessez-le-feu tandis que 90 000 personnes (harkis et leurs familles) se sont établies en France de 1962 à 1968.
Si les harkis sont des traitres à l'Algérie pour certains, les Français sont des traitres aux harkis pour d'autres, car ils les ont laissé mourir par dizaines de milliers à la fin de la guerre, avec beaucoup d'ingratittude. Voilà ce que met en évidence ce film court, mais de façon beaucoup trop succinte, alors qu'il aurait sans doute mieux vallu développer : on passe de l'Algérie de 1958, avec une troupe qui marche dans le désert et et quelques combats, à l'Algérie de 1962 avec le départ des Français et la vengeance des fellaghas... en 1h13 ! En fait ce film sobre évoque un sujet bien trop large pour lui, peut-être par manque de moyens financiers, et quoique disposant de qualités indéniables, comme la photographie ou l'interprétation, reste trop minimaliste, effleure un sujet, et nous laisse sur notre faim.
Ce film complète toute la série des - trop rares - films sur la guerre d'Algérie. Après "avoir 20 ans dans les Aurès" ( Où comment l'armée française casse les fortes têtes et les récalcitrants dans le djebel) " La Bataille d'Alger" ( Où comment les paras ont appliqué les ordres du pouvoir socialiste pour mettre fin aux attentats à Alger) et enfin le superbe "l'Ennemi Intime" ( la confrontation entre un lieutenant idéaliste et un vieux militaire blasé). Maintenant on a les Harkis, le seul film dédié à ces supplétifs de l'armée française durant ce conflit sanglant. Le climat d'interrogation des Harkis est parfaitement rendu et les dialogues en arabe nous plongent au coeur de l'évènement. Avec un manque évident de moyens, j'ai compté 2 camions Berliet, 2 Jeeps, Un command car, une alouette (?!?) et une brève apparition d'un Sikorski H34...seulement ! le climat de guerre, de rafle est très bien rendu. Merci à Philippe Faucon d'avoir développé ce volet - trop - méconnu de la guerre d'Algérie. L'abandon des suppétifs servant dans les armées occidentales n'est pas nouveau : Les Méos dans le conflit Vietnamien, les Afghans et les Syriens dans l'armée américaine et dans une moindre mesure, dans l'armée française. C'est un film qu'il faudrait projeter dans toutes les écoles !
Plus proche d'un docu que d'une fiction, le film ne s'attache pas aux psychologies des personnages, mais aux faits historiques qui dépassent les individus. Sans pathos, sans artifices de scénario il nous montre l'inexorable sens de l'histoire qui aboutira à cet abandon de ces "supplétifs de l'armée française". Une réussite.
Même si Les Harkis possède des qualités artistiques avec des cadres précis et une belle photographie, la narration ressemble plus à une leçon d'histoire avec beaucoup de dates sur la guerre d'Algérie plutôt qu'à un film de cinéma avec des personnages marquants et émouvants.
En 2022, Philippe Faucon a le mérite de revenir sur une page peu glorieuse de l’Histoire de France, de surcroit rarement mise en scène sur grand écran. Il s’agit de la guerre d’Algérie (1954-1962) et plus particulièrement du parcours des soldats algériens qui se sont engagés aux côtés de l’armée française avant d’être pour la plupart abandonnés à leur propre sort. Sans artifice ni manichéisme, le film reste très instructif. C’est à la fois sa qualité mais aussi son principal défaut, ne parvenant pas vraiment à procurer des émotions vives. On ne s’attache à aucun des personnages, même si l’on ressent leurs angoisses et leur colère. Bref, une œuvre sobre et pédagogique.
La concision et l'élégance de la mise en scène et le propos important convainquent. Mais il est dommage que le récit ne soit pas resserré sur les harkis (le lieutenant français sacrificiel a le 1er rôle) et que l'horreur de la colonisation ne soit pas plus évoquée.
Film magnifique, ben documenté, poignant. Tous les acteurs sont magnifiques, leur évolution entre leur engagement dans les forces supplétives de l'armée française en 1959, leur histoire individuelle, leurs tiraillements entre leur situation de "traîtres à leur nation" et leur questionnement sur une Algérie divisée aux mains du FLN, jusqu'au départ des troupes françaises en 1962, et leur abandon (pour la majorité) par la France qui s'est reniée. On suit ces hommes au jour le jour, dans les actions et exactions sur le terrain (excellemment reconstitués au Maroc) et le bordel ambiant, avec les tragédies et avec les errements de l'état major français... Un film fort et digne, qui devrait être vu par le plus grand nombre!
Un film qui dès le titre, nous instaure son sujet "Les Harkis", clivant, clivé et surtout ignoré. Mais la mise en scène parvient à déborder le film à thèse et les simplifications historiques par son obstination à filmer les visages (et ils sont magnifiques), les corps, les silences, à croire au cadre comme hypothèse critique. Tous les personnages du film sont pris dans la brutalité coloniale (pas de façon équivalente, bien sûr, mais indépassable) et apparaissant démunis, tout comme le film lui-même, à la fois maîtrisé et candide, incapable de donner des solutions (ce n'est pas son rôle), mais prêt à partager un désarroi commun. Et c'est très beau.