Tiré d’une nouvelle de l’écrivain allemand mais aussi cinéaste et scénariste, Wolfgang KOHLHAASE (1931-2022), le film a un point de départ incroyable : en 1942, en France, Gilles (Nahuel Pérez Biscayart), fils du rabbin d’Anvers, a été arrêté, avec d’autres, par les nazis et transporté en camion ;
dans une forêt, à leur descente du camion, tous sont fusillés ; Gilles obtient un moment de répit en déclarant n’être pas juif mais persan (il a en sa possession un livre iranien, obtenu en échange d’un sandwich). Un soldat l’épargne car le capitaine du camp de transit (pour la Pologne) proche, Klaus Koch (Lars EIDINGER) souhaite apprendre le persan car ayant le projet d’aller en Iran, via Istanbul, diriger un restaurant après la guerre avec son frère à Téhéran. D’où son intérêt de disposer d’un interprète qui doit lui apprendre 2 000 mots dans les 2 ans qui viennent.
Le film est un vrai choc en raison de son scénario inventif, basé sur un mensonge et qui tient en haleine (pendant 2h07) alors que l’imposture de Gilles (qui se fait appeler Reza) devrait être facilement démontée. Outre l’inventivité de Gilles pour sa survie, le film (tourné en Biélorussie) montre, bien sûr, la tragédie des Juifs déportés, la solidarité entre certains mais aussi, ce qui est rarement montré au cinéma, les dissensions, les jalousies et les flagorneries entre soldats, sous-officiers et officiers allemands. Les 2 acteurs sont extraordinaires, l’un en démiurge lexicographe (
inventant les mots d’après les patronymes des personnes en transit qu’il entend lors de leur recensement
) et l’autre, méfiant comme une chatte (scène finale poignante), dans une nouvelle version de la dialectique du maitre et de l’esclave, développée dans « La phénoménologie de l’esprit » (1807) du philosophe allemand Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831).