Vu en 2022 (le film est sorti en 2020) et revu sur DVD, le film de Vadim Perelman, germano-biélorusse-russe, est un petit bijou.
Son intrigue , si étrange, est ciselée comme une pierre précieuse. Tout est mesuré et rien se dépasse. La tension pendant le film est permanente car la vie du personnage principal, Gilles (Nahuel Perez Biscayart) tient à un fil, celui de la crédulité sans borne de l'officier allemand Klaus Koch (Lars Eidinger) qui le sollicite.
Gilles, fils de Rabin, est raflé en 1942 par la gestapo. Il échappe miraculeusement à une exécution sommaire parce que, juste avant la fusillade, il a échangé un sandwich contre un livre du poète Saadi qui lui donne l'idée de dire qu'il est persan et non juif pour sauver sa peau à la dernière seconde ...
Or précisément le chef militaire du camp, cherche un locuteur en persan pour lui apprendre la langue car il rêve, après la guerre, d'ouvrir un restaurant à Téhéran. Le malheureux Gilles pour sauver sa vie va devoir inventer de toute pièce, entre les corvées et le risque d'être confondu à tout moment , une langue dont il ignore tout et qu'il doit apprendre et maîtriser pour en enseigner les rudiments à son élève qui est, de plus, très consciencieux ... Gilles va s'inspirer pour y parvenir des noms des détenus qu'il verra défiler sous ses yeux pendant presque trois ans et qui vont tous vers une mort certaine .
Le film se dénoue quand Gilles, sauvé par l'armée américaine , récite la liste de tous les noms qu'il a mémorisés et qui n'ont pas eu de sépultures tandis que Klaus Koch, qui a réussi à s'échapper, arrive à Téhéran en parlant un sabir que personne ne comprend ...
Vadim Perelman, né en 1963, americano-russe, peu prolixe (cf "La vie devant ses yeux" en 2008 avec Uma Thurman ) réussit un coup de maître tant le scénario (assez invraisemblable tout de même) , tiré d'une nouvelle de Wolfgang Kohlhaase, non traduite en français ( Erfindung einer Sprache) est original et solidement conduit. Là encore, prime la force de l'écriture qui lorsqu'elle est associée aux images donne à l'œuvre toute entière une élévation qui touche le spectateur en plein cœur. Le cinéma n'est alors jamais plus beau...
Coup de cœur donc .