Un délice de cinéphile
On le sait depuis longtemps, les films de l’immense Woody Allen sont à classer en deux catégories : les chefs d’œuvre et les films mineurs. Celui-ci fait partie de la seconde, mais quand il s’agit de Woody, « mineur » signifie encore très au dessus de la moyenne. Un couple d'Américains se rend au Festival du Film de Saint-Sébastien et tombe sous le charme de l'événement, de l'Espagne et de la magie qui émane des films. L'épouse a une liaison avec un brillant réalisateur français tandis que son mari tombe amoureux d’une belle Espagnole. 90 minutes délicieuses pour comédie romantique comme on en fait peu. Si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres. Moi, j’adore.
Pour son 50ème film, Maître Woody revient vers l’Europe, l’Espagne plus précisément dù el n’était pas revenu depuis 2008 pour Vicky Cristina Barcelona. Si l’histoire est légère comme une plume, les dialogues sont comme toujours ciselés et San-Sebastian offre un cadre idyllique à ce marivaudage haut de gamme. La mélancolie reste le maître-mot de ce moment de grâce sublimé par l’image de Vittorio Storaro. Les moments virtuoses restent les rêves en noir et blanc du héros, autant d’hommages au cinéma classique en pastichant, Welles, Fellini, Bergman, Godard, Lelouch, Bunuel… Pour le reste – voix off, héros hypocondriaque, dialogues vachards, bande-son jazzy – on est bien chez Woody Allen, entre rêve et réalité, tout en nostalgie, dans ses sentiers battus et rebattus… Mais qu’est-ce que vous voulez, j’aime ça.
Wallace Shawn, qui est avant tout un acteur de séries télé, hante les plateaux de cinéma depuis 1979 et un certain Manhattan… de Woody Allen. Les deux femmes, Elena Anaya et Gina Gershon, sont à croquer. Louis Garrel, Christoph Waltz, Sergi Lopez, complètent la distribution masculine. Tout ce petit monde prend visiblement un plaisir coupable à cabotiner avec légèreté dans le petit monde de Woody. Certains regretteront qu’il ne se renouvèle pas. Mais à 86 ans, chaque film ressemble à une page de testament. Sans surprise certes, mais comme un mets de roi, toujours délicieux.