Avec Andy, Julien Weill a voulu mélanger la comédie sociale et la comédie romantique. Cette association résulte de toutes les influences et envies du metteur en scène, qui explique : "D’abord, j’aime le cinéma social britannique, et j’adore Ken Loach bien qu’il y ait tant de souffrance dans ses films que j’ai du mal à les regarder jusqu’à la fin ! La tradition française de comédie sociale apporte, elle aussi, une vraie réflexion sur le rapport à l’argent. Et c’est ce rapport à l’argent qui m’intéresse, que j’ai beaucoup travaillé pour composer le contexte qui nourrit mes personnages. Avoir de l’argent ou pas, en gagner, en perdre, transforme l’être humain... Ensuite, j’aime la comédie et plus particulièrement la comédie romantique. Alors mon film a évolué : au fur et à mesure que les personnages se sont densifiés, il s’est dépouillé de son humour noir et de son cynisme pour devenir un film sur une rencontre, presque une comédie romantique."
Andy est le premier long métrage pour le cinéma réalisé par Julien Weill. On lui doit les courts métrages La Calvitude et Le Créneau, ainsi qu'un téléfilm, Ticket gagnant, sorti en 2009. Le metteur en scène a par ailleurs collaboré au scénario des Gazelles, avec Camille Chamoux.
La thématique du gigolo a récemment été au centre de la comédie Just a gigolo, emmenée par Kad Merad.
Situer une rencontre amoureuse dans un foyer d'hébergement a constitué un vrai pari pour Julien Weill. Les choses ont été facilitées par le fait que la mère du réalisateur a travaillé dans des centres du Samu social. Il confie : "Je reste imprégné des récits qu’elle m’en faisait. Plus ou moins consciemment, cela m’a guidé dans le choix du contexte. Mes personnages sont cassés, et j’ai voulu situer l’action dans un lieu où se retrouvent d’autres blessés de la vie, des fêlés parfois. La vocation de cet endroit est de reprendre des forces, de se reconstruire et de prendre un nouveau départ."
Côté références, Julien Weill cite Lost in Translation pour la solitude du personnage de Scarlett Johansson et les ambiances dans les hôtels. Le cinéaste a aussi glissé dans Andy un petit clin d'oeil au film culte Le Lauréat, lorsque le personnage de Thomas sort de la salle de bain et que sa riche cliente, telle Mme Robinson, lui dit "viens". Il ajoute au sujet des références : "Enfin, la dernière image rend hommage à César et Rosalie, un de mes films préférés. Je me suis également inspiré de Jason Reitman, ou de Judd Apatow qui vont très loin dans la comédie, mais en l’ancrant dans un contexte réaliste."
Lorsque Julien Weill a proposé le rôle d’escort-boy à Vincent Elbaz et lui a dit qu'il allait exploiter son côté beau gosse, l'acteur a trouvé cela trop facile. "Il voyait son personnage plutôt comme un gros chat d’appartement bien nourri, qui du jour au lendemain se retrouve à la rue et doit apprendre à se débrouiller tout seul. Nous avons donc choisi d’utiliser les codes de la comédie romantique en les détournant. C’est pour cette raison qu’il a une calvitie naissante, un peu de ventre et que quand il court, ne faisant plus de sport, il ne peut pas tenir la distance", se rappelle le metteur en scène. Après Il a déjà tes yeux et Daddy Cool, Vincent Elbaz incarne donc à nouveau un loser attachant dans Andy.
Compte tenu du budget limité de Andy, Julien Weill et son équipe ont dû tourner en décors naturels. Ils ont ainsi posé leur caméra dans un foyer de jeunes travailleurs situé dans le 20ème arrondissement de Paris. Le réalisateur se souvient : "Il n’y avait aucun droit à l'erreur, et cela donne une urgence incroyable au film en mettant tout le monde dans une ambiance de travail et d’efficacité. Et puis, je me serais senti mal à l'aise de reconstruire la réalité avec beaucoup d'argent pour parler de gens qui n'en ont pas. J'ai réalisé pas mal de faux documentaires et j'adore m'adapter aux lieux et faire avec ce que je trouve : c'est stimulant, c’est ainsi que viennent les idées et que je me sens créatif."
"C'est quelqu'un qui refuse le système de manière pacifiste, sans violence. C'est très déconcertant car il n’y a aucune prise sur un gars comme lui. Le système ne l'intéresse pas : il n'est ni solvable, ni fiable pour la société de consommation, mais totalement intègre dans son approche. J'aime beaucoup cette phrase qu’il prononce en sortant de la douche "Je suis un mélange entre Hugh Grant dans Coup de foudre à Notting Hill et Richard Gere dans Pretty Woman « ; je la trouve très drôle et j’ai construit le personnage autour. Thomas a un peu de ventre, il perd ses cheveux et il n’est pas dans une grande forme physique. Il ne peut plus vivre aux crochets des femmes dont il tombe amoureux, mais il assume sans prendre de recul."