Adapté d'un format court, "Ailleurs" est le premier long-métrage de Gints Zilbalodis. Moi qui avais adoré "Flow, le chat qui n’avait plus peur de l’eau", j'ai eu extrêmement envie de découvrir la précédente réalisation de ce dernier. Et pour le coup, ce projet s'avère vraiment très particulier dans son domaine. En effet, loin du succès de sa seconde réalisation, notre metteur en scène a été la seule personne aux commandes de ce projet. Il a produit, réalisé et écrit l'entièreté du film, à lui seul. Ce projet est donc sa propre œuvre, un élément à prendre en compte au lancement du visionnage, car il possède évidemment les défauts évidents d'une réalisation aussi modeste. Par exemple, l'animation est particulièrement sommaire, car elle est très peu détaillée et peu fluide dans son ensemble. Il ne faut donc pas rechercher un résultat très léché en ce qui concerne ce film, et cela est également le cas pour l'histoire. Comme sa seconde réalisation, elle est très simple et ne contient aucun dialogue. Cependant, si vous réussissez à passer cette barrière du budget, vous aurez l'opportunité de plonger dans une ambiance particulièrement maîtrisée. C'est réellement ce qui caractérise les films de ce réalisateur, à savoir développer une atmosphère que j'appellerai de la "cruauté magnifique". Visuellement, même si le film a cette animation très sommaire, il déborde d'idées de visuels et d'environnements variés. Par exemple, l'immense créature qui suit notre personnage a beau être très simple en matière de design, elle réussit à être vraiment terrifiante par instants. Et à côté de cela, certains décors seront vraiment contemplatifs à regarder, le meilleur exemple étant le lac réfléchissant. Et c'est ce que j'aime avec l'approche de ce jeune réalisateur, car, s'il n'a pas la possibilité d'en faire beaucoup, il doit en raconter énormément avec peu. J'ai donc parlé de l'esthétique globale, mais c'est également le cas pour ses personnages et son histoire. Comme son film ne contient aucun dialogue, il appuie énormément sur certains aspects de son animation pour faire passer des émotions grâce à cela. En vérité, c'est comme cela que se développe la relation entre le jeune garçon et l'oiseau. Ils ne disent rien, mais, par leurs regards et leurs gestes, ils se montrent une affection très importante. Et globalement, ce sont ces moments qui font la force de ce projet, ces moments hors du temps qui semblent juste être là pour le contemplatif. Pourtant, le film ne cache jamais ses ambitions en matière de thématiques et de messages, et c'est d'ailleurs là que vient l'aspect plus sombre du film, d'où la "cruauté magnifique". Le long-métrage aborde des thèmes très globaux comme la mort ou la vie, avec un énorme sous-texte écologique. Le film est donc parfois vraiment cruel dans ce qu'il montre, mais c'est ce qui le distingue de ses homologues des gros studios. On ne s'attend jamais à ce qu'il va se passer à la scène d'après, car le film met vraiment en place une atmosphère unique et qui sort de l'ordinaire. Donc même si cela se sent qu'il n'y avait pas beaucoup de moyens sur ce projet, je vous recommande fortement de le visionner. C'est une œuvre pleine de bonne volonté et qui montre clairement le talent de son réalisateur. Pour conclure, une belle leçon de débrouillardise.