A Berlin Ouest, Mark est un agent secret ayant délaissé sa femme et son fils. Il ne supporte pas quand celle-ci demande la séparation à son retour. Mark se rend alors compte qu'elle a non seulement un amant, mais bien plus encore...
Andrzej Żuławski a écrit le scénario lorsque lui-même traversait un divorce très compliqué. Il était également passé à l'Ouest quelques années auparavant, quittant sa Pologne. Ceci explique le ton du film très radical. Et ses thématiques, à savoir la violente désintégration de la cellule familiale, et l'évocation du totalitarisme des pays de l'Est. Notamment à travers Mark, qui se comporte comme un membre de la police secrète, en fliquant sa femme dans le premier acte. Ou les "doubles" de nos protagonistes, correspondant à des versions "sages" et sans remous, des individus tels qu'attendus par un système de contrôle.
Les conditions d'écritures expliquent également l'atmosphère malsaine et dérangeante du film, qui lui confère une aura magnétique. En particulier, les personnages ont un comportement (volontairement) erratique. Ce qui n'aide pas à la lisibilité de l'intrigue, mais cela accompagne des rebondissements étranges lorgnant peu à peu vers le fantastique.
Le réalisateur emploie par ailleurs des mouvements de caméra amples et peu naturels au steadicam, avec des décors vastes et très clairs. Entre un Berlin Ouest qui parait désert, de grands appartements vides et glauques, ou des logements modernes bleutés. Ceci contribue à mettre mal à l'aise le spectateur, et renforce l'atmosphère pleine d'étrangeté.
Au passage, je serai bien incapable de catégoriser le film... et c'est ce qui fait une partie de sa force ! Drame conjugal ? Thriller psychologique teinté de fantastique, façon Polanski de l'époque ? Body horror façon David Cronenberg ? (on pense à "The Brood", qui était le divorce vu par le réalisateur canadien). Un peu de tout ça !
Par rapport au body horror, il faut souligner des effets visuels inattendus et particulièrement réussis, signés Carlo Rambaldi. On notera que quand le responsable des effets est cité au générique, c'est qu'il y a matière à voir ! Sans en dévoiler trop, on dira que les fétichistes de tentacules seront servis...
Et il est évidemment impossible de parler de "Possession" sans évoquer ses acteurs. Sam Neill, alors en début de carrière, est excellent en mari froid et halluciné qui disjoncte peu à peu. Cédant à la violence, la folie, et la passion. Isabelle Adjani vaut particulièrement le détour en femme paumée et givrée, qui s'embarque dans des crises d'hystérie. Les deux comédiens souligneront que le tournage fut éprouvant !
Pour l'anecdote, il se murmure qu'Adjani fit une tentative de suicide après le tournage. Et Neill en parlera comme de son rôle le plus extrême, qu'il serait désormais incapable de jouer. Ambiance...
A l'arrivée, "Possession" est une oeuvre radicale, anxiogène, surprenante. Un parti pris qui m'a beaucoup plus, mais qui n'est pas à mettre entre toutes les mains !