Onzième long-métrage de David Fincher, "Mank" fait partie des cartes blanches du réalisateur pour la fameuse plateforme après les séries "Mindhunters", "House of Cards" et "Love, Death+Robots". Quand on connait sa filmographie ("Seven", "Fight Club", "Benjamin Button"...), on peut dire que "Mank" est probablement son oeuvre la moins grand public tout en étant la plus expérimentale. Le scénario est resté longtemps dans les tiroirs car aucun studio n'était emballé par cette proposition de biopic en noir et blanc. Ce dernier revient sur le processus de création du scénario emblématique de "Citizen Kane" réalisé par Orson Welles en 1941. Herman Mankiewicz, homme de l'ombre, en est le personnage principal. Étalé sur deux époques différentes, le récit s'attache aussi à décrire le contexte hollywoodien des années 30. D'un point de vue formel, "Mank" est évidemment d'une beauté plastique impeccable ! Fincher signe une réalisation aux petits oignons en remontant le temps comme personne avec un travail de son et de lumières sublime. Il y a une vraie élégance, une vraie recherche de style qui force le respect. C'est clairement le genre de production à rafler les prix techniques lors des prochains Oscars, il y a pas photo (enfin si, justement !). C'est presque trop propre et trop appliqué, avec une image numérique parfaite en tout point, si bien que les quelques "trous de pellicules", indice des films de l'époque, interrogent voire font défaut à l'ensemble. Pour ce qui est du scénario, il est très très bavard, assez touffu et référencé, si bien qu'on peut se sentir submergé par moment et avoir du mal à suivre. Cependant, on remarque l'habileté avec laquelle on nous fait apprécier un personnage objectivement assez antipathique (Gary Oldman, maitre de la métamorphose, est sûr de rempiler dans la catégorie meilleur acteur !) : c'est un artiste maudit, un anti-conformiste alcoolique qui ne se fond pas dans le décor des grands studios hollywoodiens. En soit, je trouve que c'est un film très riche, très personnel aussi (le scénariste de "Mank", c'est feu le père de Fincher), à défaut d'être entièrement accessible à tous. En effet, ça parle de politique, ça met en scène de nombreuses personnalités ayant existé et beaucoup de clins d'oeil à l'oeuvre originale d'Orson Welles. Au final, comme on pu le faire "Roma" ou "Mariage Story", on peut reprocher à "Mank" de n'être qu'un film à récompenses, ce qui peut limiter son charme.