Étonnement, je n'ai pas accroché. Pourtant Gagarine n'est pas sans intérêt car il rend hommage à une véritable cité HLM délaissée et vouée à la destruction, qui se situait à Ivry-sur-Seine. Youri, un de ses jeunes habitants, fait acte de résistance et se donne pour mission de sauver ce lieu, tout de briques rouges vêtu. Ce premier film de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, prolongement d'un court-métrage de 2015, est assez inventif et poétique je le reconnais. Les déambulations de la caméra dans l'apesanteur de cette cité, la sincérité touchante du jeune héros ainsi que le détournement du cliché de ces quartiers fatalement plongés dans la violence et l'illégalité font de Gagarine un conte urbain différent et fantastique. La grammaire cinématographique, utilisant la géométrie du lieu pour servir l'onirisme, est sans doute la touche personnelle que j'ai le plus apprécié. Déjà, il faut savoir que j'y suis allé sans savoir de quoi ça parlait et j'ai eu du mal à rentrer dedans, ne voyant pas trop ce que ça voulait raconter, entre ces images d'archives et cette communauté menacée d'expulsion. Au début, on est en plein dans le "film de cité", tout va très vite, on la traverse seulement et on a pas le temps de sentir l'attachement des habitants pour ce lieu qui tombe en désuétude. Hormis le personnage principal, joué humblement par Alséni Bathily, je n'ai pas été touché par les personnages qui m'ennuyaient beaucoup. Même s'ils sortent des sentiers battus, je n'ai pas réussi à me connecter émotionnellement à eux et je pense que la direction d'acteur y est pour quelque chose. Ça m'a manqué d'impacts, de nuances, de liens. La quête du personnage, sauveur de ces ruines et de son refuge, est belle mais ne m'a pas profondément emballé car on le sent seul dans sa bulle et incompris. Alors certes, ça parle aussi d'abandon, d'isolement, d'affranchissement du réel pour laisser libre cours au rêve et là, au lieu d'y voir une métaphore que la majorité des spectateurs semble avoir compris, j'y ai vu un scénario confus, maladroit, jonglant entre une esthétique SF et un propos très ancré dans le présent, à la limite du documentaire. Alors c'est très joli, l'hommage est original et sans doute rempli d'espoir, mais je ne me suis pas senti en connivence avec cet imaginaire-là. S'ajoute à ça une histoire d'amour, mignonne oui, mais qui trouve difficilement sa place, tout comme le rôle de Lyna Khoudri, qui m'a plus énervé que séduit. Et Finnegan Oldfield, bien que super acteur, ne sert absolument à rien dans cet ensemble (si ce n'est tourner en rond !). Pour ma part, je suis resté très extérieur à cette histoire dont le coté spatial m'échappe encore...