Un mélodrame social touchant, dans lequel un Gabin vulnérable se retrouve brisé par une femme (la belle et vénéneuse Mireille Balin) qu'il a dans la peau et par le cynisme de classe. Lorsque l'amour tourne au drame, ça a de la gueule. Même si la dernière partie n'est pas très crédible.
Tout auréolé de sa séduction militaire, Gueule d'Amour s'amourache d'une donzelle entretenue, quitte à y perdre raison, attrait ou situation. Sensible, entre naïveté et chagrin, Jean Gabin confère une profonde densité à ce héros romanesque, aussi aveugle (dans un premier temps) à la réalité psychologique de son adorée qu'à ses propres désavantages (sociaux). Sans mièvrerie, ce mélodrame peint des amours cruelles, quitte à verser dans les clichés du film noir qui se veut le meilleur antidote au badinage (féminin) avec les sentiments des partenaires. Récit de désillusion autant que d'amitié complice par la douleur du bonheur fantasmé, l'intrigue perd en cohérence dans son dernier acte. Amer.
Un excellent film sur la dépression amoureuse plus que sur l'amour lui-même. Un thème dur pour qui l'a vécu ou le vit et justement bien traité par Jean Grémillon. Ce dernier ne tombe jamais dans la mièvrerie. Les acteurs, eux, sont convaincants avec en première ligne notre Jean Gabin national. A voir.
Belle interprétation du grand Gabin, déjà un monument à l'époque, dans un de ses rôles qui feront de lui un acteur mythique. Comédie douce amère, avec ce petit charme désuet des années 30 que j'aime beaucoup.
Waouw, un film fort, très fort, qui oscille tragiquement bien pour nous faire voyager d'un bonheur flottant à l'impensable dans une scène absolument choquante et époustouflante. Jean Gabin jeune livre deux interprétations magnifiques d'un homme heureux et au-dessus de tout, ainsi que celle d'un homme en-dessous de tout et terriblement triste, il est tout simplement de plus en plus méconnaissable et la mise en scène sait quelles choses montrer pour amplifier et décrire chaque situation. Une chose aussi appréciable est que le film conserve le même rythme, peu importe la situation du personnage de Jean Gabin, ce qui nous permet de nous imprégner de toutes ces émotions et des toutes ces réactions. Quelques mixages sons, ou des plans d'd'établissement réutilisés n'enlèvent tout de même pas le charme de ce bon film !
Très bon film de Jean Grémillon. Moins connu que ses œuvres ultérieures considérés à juste titre comme des films clés de l'histoire du cinéma français, ce film s'inscrit dans la veine romantico-réaliste des années 30, dont Jean Gabin était en train de devenir le héros mythique avec Duvivier, Renoir et Carné... Postérieurement, Grémillon avait essuyé de nombreux échecs injustes - cf à La Petite Lise, incompris- et s'était réfugié dans la réalisation d’œuvres de commandes indignes de son talent, qui éclate superbement ici. Le film n'a pas vieillit techniquement, la photographie est superbe et surtout Grémillon filme avec une modernité étonnante.
Scénaristiquement bien structurée sur un roman fort d'André Beucler, adapté par Charles Spaak, le sens de l'image et de la direction d'acteur de Grémillon permet une analyse et dénonciation virulente de la lutte des classes par l'intermédiaire d'une histoire d'amour passionnelle entre un simple et naïf soldat devenant ouvrier (Jean Gabin) et une riche parvenue entretenue en mal d'amour (Mireille Balin). A cet égard, les scènes entre Gabin, Balin, le majordome et la belle-mère (talentueuse Marguerite Deval) sont très réussies, dialoguées avec brio par Spaak.
Chacun des personnages ont leur motivations respectives, bonnes ou mauvaises mais ils ont un but qu'il nous est donné à comprendre et non de juger. Gabin et Balin nous emportent dans ce tourbillon de passion que l'on pressent funeste ou tragique. Ils sont tous deux remarquables. Lui, charismatique et excellent dans l'émotion et la sensibilité -Gabin est et restera un mythe car il a su être tout le monde et jouer sur toutes la palette des sentiments rencontrés dans la vie d'un homme, en ce sens son digne héritier c'est Depardieu- ; elle, belle, cynique, vénéneuse mais déchirante parce qu'en proie à la vacuité désespérée de son existence qu'elle tente de comblée par un amour qu'elle sait impossible... L'autre beau personnage, le plus étonnant, c'est celui de l'ami de Gabin, joué par René Lefèvre, un peu insignifiant au départ, mais qui révèle sa force dramatique dans la dernière partie du film. Lui aussi, jouet de Balin, est involontairement celui qui permet au tragique d'advenir; Mais c'est lui qui permet la rédemption du personnage de Gabin, au nom de leur amitié profonde, mais aussi parce qu'il est paradoxalement le personnage le plus lucide, eut égard à sa propre naïveté... Il ne juge pas son ami, peut-être aurait-il fait de même... Les dernières scènes sont magnifiques.d'intensité, où l'on ressent la profondeur définitive et fatale de leur amitié, qui laisse penser qu'il ne s'agit plus d'un simple sentiment amical, mais de bien au-delà... Grand film !
Un grand classique du cinéma français, dont la réputation ne m'a paru en rien usurpé. C'est du beau drame comme le cinéma fraçais savait si bien les faire durant les années 30. En plus des dialogues fins et subtiles de Charles Spaak, et de l'évocation de thèmes comme l'amour fou, le destin, la facilité, ce film compte également un superbe couple de cinéma, Jean Gabin, très bon ici, et Mireille Balin, qui continue à trotter dans nos mémoires bien après le visionnage du film. Du beau cinéma, tout simplement.
Un classique de Grémillon où l'on retrouve l'espèce de naturalisme poétique du réalisateur, même si on peut lui préférer aujourd'hui Le ciel est à vous ou Remorques. Voir ma critique complète sur mon blog :
Gabin n'a pas le nez qui sied à une gueule d'amour mais joue avec conviction le rôle d'un séducteur transi d'un amour curieusement naïf pour une garce. Il sera rattrapé par une fatalité assez similaire à celle du Jour se Lève qu'il tournera 2 ans plus tard. Film daté mais plaisant.
Film que Jean Gabin tient sur ses épaules, l'acteur est incroyable dans son personnage de play-boy qui va se faire détruire par l'amour d'une femme fatale. C'est drôle (parfois), acide et triste. Le tout est pas mal réalisé malgré que je ne sois pas adepte des oeuvres de Grémillon habituellement.
Ce film est une évolution - encore une - dans le cinéma français, qui n'hésite pas à montrer la cruauté de l'amour. Un projet audacieux porté au pinacle par la prestation d'acteurs hors des critères de l'époque dans leur sensibilité, et en plus extrêmement communicatifs dans leur vision de la vie. Pour parler personnellement, c'est un des seuls vieux films qui me fassent substituer, en esprit, les acteurs par ceux qu'on choisit aujourd'hui pour des films profondément sentimentaux et complexes. Riche en sentiments, transmetteur d'émotions, il défend les anciennes valeurs de l'amitié et de la loyauté mais émeut dans ses implications.
Un très beau film dramatique, sur ce que l'on appelait à l'époque un crime passionnel, mais aussi sur l'amitié. L'interprétation est remarquable en particulier Mireille Balin.
Un film qui commence presque sur le ton de l'humour, avant de sombrer petit à petit vers la tragédie. Métaphore du temps qui passe, et qui n'épargne personne. spoiler: A l'image de Gabin faisait chavirer tous les cœurs au début du film, avant de finir fatigué et sans plus aucune classe.