Stéphane Brizé avait déjà débauché Vincent Lindon pour jouer le chômeur en reconversion et le syndicaliste en colère, tous deux témoins de l’inhumanité du patronat. Histoire qu’on ne lui reproche pas de toujours taper sur le même clou, il lui demande cette fois de jouer le patron d’une division régionale. Ayant sacrifié sa vie privée et sa vie de famille au service de l’entreprise, ce dernier se voit demander par sa direction nationale, elle-même sous la pression de la direction américaine, de couper dans les effectifs, alors que le groupe est largement bénéficiaire, simplement pour “envoyer un message positif aux actionnaires”. S’il paraît moins “sur le terrain” que quand il observait les conséquences du bain de sang social défiler sous le regard impuissant du vigile qui partageait leur sort quelques mois plus tôt, c’est justement parce qu’il évolue dans un monde sans affect, où le rapport à ce qu’il y a d’humain dans la production de biens et de services se résume à des tableaux Excell…et où le patron régional, qui se situe à l’exacte intersection des deux mondes, est responsable de ses “humains” tout en devant une stricte obéissance aux directives des “inhumains”. Si ‘Un autre monde’ parvient à démontrer quelque chose, outre que le (petit) patron n’est pas toujours un monstre, c’est que le capitalisme ne broie pas spécifiquement “les petits” par atavisme : il broie tout ce qui existe, comme le scorpion pique la grenouille dont sa survie dépend quand elle le transporte de l’autre côté de la rivière, parce que c’est dans sa nature. Sans avoir la puissance émotionnelle des films de Ken Loach, ‘Un autre monde’ en offre malgré tout une variation hexagonale plutôt convaincante.
ce film n'est pas exactement un moment de détente, mais il vaut la peine d'être vu pour comprendre la façon impitoyable dont sont traités les gens humains dans notre monde de brutes ! chef d'oeuvre à voir au moins une fois, pas la peine de le voir plusieurs fois, car c'est inoubliable !
C'est la démonstration implacable d'un homme face à un système. Un homme qui a des principes et qui voit malgré s'effondrer tout ce qu'il protégeait. C'est tellement fort qu'on oublie que c'est un film. La véracité des échanges est tellement forte. Un film dur mais qui montre la fragilité face à l'intransigeance. Un homme qui a des scrupules. Vraiment excellent
Je connaissais le sujet , et j'avais à l'époque une appréhension pour aller voir ce film.Et puis je me suis jeté à l'eau. Bouleversant car je me suis retrouvé complètement dans ce film et l'interprétation magistrale de Vincent Lindon. Comme Philippe je me suis retrouvé tous les 2 ans à faire le choix de supprimer 1 voire 2 emplois tout en expliquant que c'était bien pour la boite , et que l'on pouvait y arriver. Pendant 20 ans j'ai pratiqué, jusque adopter la solution rejetée par le big boss Cooper qui était de participer et de laisser mes primes. Tout comme Monsieur Lemesles je me suis investi 10 heures chaque jour jusque faire un infarctus au sein de la boite. Et là une fois au repos , je me suis aperçu que mon couple en avait subi les conséquences , que j'avais fait le vide d'amis à fore de travail. Dégringolade, dépression ou burn-out. Je me suis retrouvé comme Vincent Lindon au fond du trou. Un jeu parfait, des acteurs superbement bien choisis. Marie Drucker est d'une froideur terrible comme le sont les grands décideurs de trancher dans les effectifs. Bref pour moi c'est plus qu'un film , c'est un témoignage. Merci Monsieur Brizé pour ce film thérapie
Ce film est terrifiant... terrifiant de clairvoyance sur ce monde dans lequel nous vivons. Car on ne peut pas lui reprocher d'être caricatural, tout est si finement écrit...et magistralement interprété! Vinent Lindon est incroyable, comme à son habitude... on commence par le détester puis on apprend à connaître cet homme et on le plaint, tout comme sa femme, jouée par Sandrine Kiberlain, parfaite d'émotion sincère. Mention spéciale pour Marie Driver en patronne horriblement parfaite, froide et sans émotion... Brrr... et son sbire qui ajoute la touche effrayante à cet univers professionnel que j'ai la chance de ne jamais avoir connu! Film à ne pas manquer!
Stéphane Brizé continue de dépeindre les excès du capitalisme et du monde de l’entreprise et assume son statut de Ken Loach à la française. "Un autre monde" est un film engagé très réussi qui parvient à provoquer un sentiment de révolte.
je ne vais pas me faire des amis mais je suis la uniquement pour donner mon avis. Sortir d'un film avec le mal de crane du personnage principal qui subit un plan de licenciement qu'il doit mener, un divorce qu'il subit tout en soutenant sa femme, un enfant difficile et son seul moment de détente est le tapis de course. Oui je sais ça fait réver et pourtant c'est ce que propose le film.
Troisième film de Stephane Brizé sur le monde du travail. Ici il s’agit de montrer la machine destructrice que peuvent devenir les grandes entreprises en demandant toujours plus de résultats avec de moins en moins de moyens. A la tête de ces entreprises, des gérants froids, presque cyniques, qui prennent des décisions sans connaitre la réalité humaine du terrain. Face aux injonctions de sa direction, auxquelles il ne peut répondre, on va suivre un homme pour lequel tout ce qu’il a construit va se fissurer : divorce, fils hospitalisé, remise en question de son poste de directeur. Pourtant, c’est à ce moment que son Humanité va ressortir. Le film alterne entre scènes de dialogue remarquablement écrites et au rythme dense où les protagonistes sont souvent en confrontation; et des scènes toutes en retenues, pleines de pudeurs, où les acteurs (fabuleux) arrivent à faire passer toutes leurs émotions à travers leurs regards. Ce film extrêmement réaliste, interroge sur le monde de l’entreprise, du travail, le courage et la lâcheté et pourquoi et pour qui l’on veut se battre. La BO accompagne magnifiquement les tourments du personnage principal et se termine avec l’éloge d’Anne Sylvestre pour les gens qui doutent
Un film que tout jeune loup de la finance devrait visionner en boucle.. Tout sonne juste dans ce film, acteurs crédibles et bien sûr l'histoire hélas trop fréquente actuellement.. Film que l'on pourrait taxer d'intimité, mais le montage tient en haleine.. Mention spéciale à Marie Drucker pour son rôle sans compassion.. Le discours du boss us sur la fin du film est juste ahurissant.
Sujet très bien mené. Le téléspectateur ressent la pression de cette restructuration sur les épaules du cadre. On attend, on espère qu'il jette l'éponge pour se sauver et sauver sa famille. Très belle prouesse des acteurs.
L'histoire d'un mec pris en tenaille par sa propre vie. Le dilemme du bon patron : satisfaire ses actionnaires sans sacrifier ses employés. La juste distance entre la conscience de classe et l'hyper-profit. Le film est une démonstration du capitalisme dans ce qu'il a de plus cynique : la raisonnement par le chiffre et non par l'humain. On n'a pas forcément attendu Stéphane Brizé pour être des gauchistes du clavier, mais il a ce mérite d'éveiller les consciences et de continuer son introspection dans la cruauté du monde du travail. Si son agent de sécurité dans "La loi du marché" était vertigineux de réalisme, son syndicaliste révolté dans "En Guerre" faisait fausse route dans une revendication trop tiède et dépassé. Il retrouve de sa superbe avec ce combat salarial composé de plusieurs grille de lecture. C'est pertinent, avec tout de même une limite dans l'arc narratif : sa vie personnelle. Résultante de son absence, elle alourdit néanmoins quelque peu le propos avec ce divorce mal négocié et un fils mal dans sa psyché.
Je sais pas trop quoi penser de ce film. C'est à la fois un magnifique portrait d'un homme usé qui a plus ou moins tout détruit autour de lui et à la fois quelques chose que je n'ai pas forcément envie de voir en ce moment. M'apitoyer sur le sort de ces gens, c'est pas trop ce dont j'ai envie. C'est donc très étrange parce que ça vient appuyer à des endroits où ça fait mal. Bref. C'est un film à découvrir pour se faire vraiment un avis. Merci d'avoir lu !
Dans la lignée de "En guerre", Stéphane Brizé et son coscénariste Olivier Gorce nous placent dans cet univers de l'entreprise et décortiquent les rouages implacablement insidieux du monde de l'entreprise. On étouffe petit à petit avec le personnage de Vincent Lindon. Le casting est impeccable, chaque comédien·ne joue sa partition à la perfection. Un grand grand film !
>Un excellent film qui montre comment les cadres sont eux-aussi des victimes, tiraillés entre leur base,leur éthique et l'oppression qu'ils subissent de leur hiérarchie. Excellemment joué de surcroît. A voir!