Très joli film. Réalisation et direction d'acteur feutrées dans un style assumé et appliqué. Une vision de l'amour très personnelle, écrit avec une finesse qui nous oblige au moins une tendre, à défaut d'une amoureuse, attention
Emmanuel Mouret nous propose une nouvelle fois un délicieux marivaudage de 2h (parfois un poil long) sur l’amour, le désir, la fidélité, l’infidélité et d’une manière générale la vie de couple avec ses petites et grandes contrariétés. Les dialogues de cet héritier d’Éric Rohmer sont comme toujours d’une intelligence et d’une poésie folles. Les personnages, piégés dans de diaboliques contradictions intérieures, nous embarquent dans des situations plus ou moins improbables tout au long d’histoires qui s’entremêlent au court d’un récit souvent irrésistible de drôlerie. Ils sont portés par des comédiens tous géniaux : citons Niels Schneider, Camélia Jordana, Vincent Macaigne, Émilie Dequenne, Jenna Thiam, Guillaume Gouix, Julia Piaton. Un enchantement.
Avec ce nouveau film au titre merveilleusement trouvé Emmanuel Mouret revient à la quintessence de ce qui fait son cinéma. Il s’en était éloigné d’un iota avec son plus gros succès public, « Mademoiselle de Joncquières » qui était un calque de ses obsessions retranscrites dans un film en costumes, mais retrouve tout ce qui fait le sel de son cinéma ici. Les jeux de l’amour, l’analyse des sentiments et les aléas du hasard sont ici condensés dans une sorte de film somme de son œuvre. Et il faut avouer que l’homogénéité et la régularité thématique de sa filmographie en font l’un des réalisateurs les plus cohérents. On pense à Alain Resnais ou Éric Rohmer dans la continuité logique et le choix des sujets de ses films, tout comme à un Woody Allen hexagonal. La conséquence négative de ce type d’artiste est qu’on a parfois l’impression d’une déclinaison du sempiternel même film. Que l’auteur n’innove pas et radote en quelque sorte. Mais on prend plaisir tout de même puisque de nouveaux acteurs ou des petites choses anodines viennent casser un peu le côté prévisible et déjà-vu parfois ressenti. Et puis même si l’on n’aime pas, le réalisateur fait ce qu’il fait de mieux et il le fait bien.
On reste donc dans du pur Mouret, du cinéma classique et suranné dans le sens noble du terme, mais parfois bien trop proche du cliché du film parisien d’auteur : bourgeois, hermétique et surfait. Il y a donc de longues scènes de dialogues qui s’enchaînent sous une forme un peu théâtrale, du marivaudage amoureux où hasards et coïncidences sont légion et parfois un peu poussives, des répliques bien trop littéraires et écrites qui sonnent faux, une propension à ne pas savoir couper au montage ainsi que cette impression de redite, tenace. Mais il y a aussi cet art de l’écriture avec des échanges qui sont paradoxalement passionnants et des vérités pleines d’acuité sur les rapports amoureux et les atermoiements des cœurs. Et ici l’auteur nous gratifie d’un montage aiguisé en forme de poupées russes qui permet au récit d’être plus dynamique, aéré et surtout surprenant.
Mouret est un bon directeur d’acteurs et a choisi une distribution jeune pleine de nouveaux talents ou d’espoirs du cinéma français. Un casting plaisant et étonnant, qui sait se fondre dans l’univers du réalisateur mais semble parfois empêtré avec des dialogues peu naturels, comme toujours chez ce réalisateur. Ces échanges très littéraires sont un peu comme une marque de fabrique mais une marque de fabrique qui se ressentait moins sur « Mademoiselle de Joncquières » de par le côté film d’époque. « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait » ne changera donc pas du reste de sa filmographie et de son univers si personnel et singulier : ceux qui détestent détesteront toujours autant; ceux qui aiment se régaleront encore plus. Quant aux autres, il se satisferont des qualités indéniables du film et passeront outre ses défauts, prévisibles et pas forcément déplaisants. Cela reste du cinéma de qualité, il faut juste savoir y goûter.
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Je découvre Emmanuel Mouret avec ce film et je suis assez convaincu par ce marivaudage tout à fait réjouissant. J'aime ces films qui ne prennent pas la peine de te faire croire qu'ils se déroulent dans la vraie vie, les gens parlent bien, on a de beaux dialogues, de belles dissertations sur ce qu'est l'amour et ça fonctionne vraiment bien.
D'ailleurs malgré cette artificialité du langage et des situations Mouret arrive à rendre les personnages humains et attachants et c'est ça le principal dans ce genre de film pour qu'on arrive à ressentir de l'émotion.
On va donc suivre Camélia Jordana et Niels Schneider qui vont se raconter leurs histoires d'amour dans les moindres détails et la force du film c'est de réussir à passer d'une histoire à l'autre sans perdre l'investissement émotionnel du spectateur à chaque interruption. Ces personnages sont dans une confusion permanente au niveau de leurs sentiments, de ce qu'ils veulent réellement (et aussi de ce que l'autre veut) et vu que l'histoire est assez bien racontée pour qu'on se mette à la place de tous les personnages on va finir par ressentir cette confusion.
On voit donc en analepse le début de l'histoire d'amour entre Jordana et Macaigne (qui joue un homme marié, ça a son importance) et on le voit tout pataud, maladroit, et forcément on a un peu pitié de lieu, on a envie que son histoire d'amour réussisse... Qu'elle puisse durer dans le temps...
Mais, là où c'est malin, en parallèle on va voir Schneider et Jordana se rapprocher également dans le présent... et vu tous les déboires du personnage de Schneider on se dit qu'il mérite quelqu'un de bien et une belle histoire d'amour... Et c'est ça qui est délicieux dans le film c'est donc la confusion. Il y a plein de couples possibles, mais il est impossible de savoir lequel serait le mieux pour quel personnage, ce qui nous projette encore plus dans les dilemmes des personnages (et nous investissent encore plus émotionnellement).
J'ai donc trouvé le film parfaitement construit et très maîtrisé. D'ailleurs le meilleur personnage est pour moi celui de Dequenne qui joue l'ex femme de Macaigne. Elle a un rôle absolument merveilleux qui se dévoile au fur et à mesure du film (bien qu'on s'en doutait un peu, ça reste très beau) et qui vient rajouter du trouble au trouble.
Mon seul reproche serait qu'il manque peut-être une scène réellement marquante, ça reste un peu sage. J'ai passé un bon moment au cinéma, mais je ne suis pas sûr que je me souviendrais du film autant que je le voudrais. Finalement je trouve ça un peu sage.
Un film agréable, extrêmement bien joué, avec des dialogues bien écrits qui rappellent Rohmer, et un scénario qui réserve quelques surprises. Du cinéma comme je l'aime...
« Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait » cela me fait aimer Hollywood. Un film pour des gens compliqués avec de multiples poncifs. On n'a bien rigolé avec ma femme. Au bout de 15 mn on voulait partir. 2 heures c'est long.
Si l'on aime les personnages qui se posent des questions, qui poussent leur raisonnement, ce film est vous ravira ! Ca rappelle l'ambiance Woody Allen en moins varié et un peu répétitif.
On se demande où on va la première heure et on se dit que ca risque d'être long... mais quand les histoires s'entremêlent, le film prend toute sa dimension : scénario très intéressant, un peu construit à la Woody Allen. Très bien !
Emmanuel Mouret, après une incursion (très réussie) dans le "film à costumes" (le 18e siècle de Marivaux) - et une adaptation, ce faisant, de Diderot, "Mademoiselle de Joncquières", revient à notre époque, avec un non moins épatant "Les Choses qu'on dit, les Choses qu'on fait", sur un scénario original qu'il signe, comme à l'accoutumée. C'est toujours la "Confusion des sentiments" qui l'anime...mais ici enrichie par la "théorie mimétique", du philosophe René Girard, auquel est consacré un documentaire, servant partiellement de "fil rouge". Avec un art consommé de l'emboîtage, EM va, deux heures (délicieuses) durant, faire se rencontrer (par ordre chronologique décroissant) Maxime et Daphné, François (cousin de Maxime) et Daphné ; et avant, se retrouver Sandra et Maxime, qui quittait, par force, Victoire (la presque soeur de Sandra)...mais la retrouvera, à la fin. En fait, c'est presque une "ronde" sentimentale (même si non linéaire, grâce à un récit habilement déstructuré), que l'on complétera par Gaspard, amant de Sandra et ami de Maxime, et Louise, épouse trompée de François (plus quelques "à-côtés" affectifs, des uns et des autres - réels ou de composition !). Outre l'excellence du scénario, le charme des prises de vue, le soin apporté au décor et aux costumes (sous une signature "rouge"), l'opportunité des musiques, essentiellement "classiques", de Purcell et Mozart, à Debussy et Satie (pas de musiquette, comme si souvent dans les films actuels), on ne peut que souligner le régal du dialogue ! Distribution un tantinet inégale - seul (petit) bémol... côté féminin. Autant Julia Piaton, Emilie Dequenne et la piquante Jenna Thiam sont convaincantes, autant Camélia Jordana détonne (Daphné).
“Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait” est un quatuor amoureux et bavard, un Woody Allen français, où les mots ont plus d’importance que la mise en scène, où la délicatesse des sentiments a plus de valeurs que les actes de chacun. Camélia Jordana est enceinte de Vincent Macaigne parti en déplacement. Elle doit accueillir Nils Schneider, le cousin de son compagnon, qui lui, sort d’une relation compliquée. Mais Vincent est marié avec Emilie Dequenne et il est finalement plus simple de tout comprendre en allant voir le film qu’en lisant un résumé. Le film de deux heures ne conviendra pas aux plus impatients, mais le vertige de l’amour y est décrit avec réflexion et subtilité. Une oeuvre profonde, quoi qu’un peu hors du temps. D'autres critiques sur notre page Facebook : Cinéphiles 44 et notre site cinephiles44.com
Nouvel essai sur l'(es) Amour(s) d 'E Mouret. Si le film est est peu moins réussi que Mademoiselle de Jonquières avec des dialogues un peu moins incisifs, il n'en demeure pas moins une réussite.
C'est une histoire de sentiments, plutôt qu'une histoire d'amour, comme l'exprime le personnage principal, que Emmanuel Mouret nous raconte avec ce film. Plutôt des histoires d'ailleurs, comme des tiroirs qui s'ouvrent, que se racontent successivement les protagonistes du film. Histoires qui se recoupent, en montrant l'importance du hasard et de l'inconstance dans les vies amoureuses. Les dialogues sont brillants, et le film passe progressivement du divertissement en forme de marivaudage à une certaine gravité. Une belle réussite, mais pas au niveau de l'opus précédent "Mademoiselle de Jonquières".