Lisse et lénifiant
Antoine Fuqua est sur la brêche depuis 1998 ! Et pas que pour du bon, essentiellement dans le genre du film d’action dur et testostéroné. Dans ses 128 minutes, il y a deux films distincts qui ne fusionnent pratiquement jamais. L’histoire de Michael Jackson au-delà de la musique, depuis la découverte d'un talent hors du commun en tant que leader des Jackson Five, jusqu'à l'artiste visionnaire dont l'ambition créative a alimenté une quête incessante pour devenir le plus grand artiste au monde. Mettant en lumière sa vie hors scène et ses performances les plus emblématiques de ses débuts en solo, le film offre au public une place au premier rang pour découvrir Michael Jackson comme jamais auparavant. C'est ici que son histoire commence. Je ne suis même pas déçu car je m’attendais exactement à cette hagiographie qui fait passer le chanteur pour un ravi de la crèche, au talent débordant et incontestable mais qui, au-delà de la « bête » de scène, semble n’avoir connu aucune vie intime… Et pourtant c’est bien là que le bât blesse. Pour les fans à l’esprit critique émoussé, ils en auront pour les 200 millions de dollars du budget. Pour les amoureux du cinoche, c’est une autre paire de manches.
Michael dresse donc le portrait cinématographique de la vie de l'un des artistes les plus influents de notre époque. Certes ! Il a déplacé les lignes de la pop jusqu’à en redessiner la cartographie entière, hybridant le R&B, le funk et la variété mondiale dans une matière neuve. Corps électrique, voix polymorphe, image sans cesse recomposée, il aura été à la fois enfant prodige, machine industrielle et spectre médiatique. Une figure qui déborde toute tentative de saisie. L’entreprise intrigue, puis inquiète, et finit par se refermer sur elle-même Le paradoxe affleure rapidement : raconter Michael Jackson suppose d’accepter la friction, l’inconfort, une matière biographique traversée de ruptures, de zones troubles, de métamorphoses parfois inquiétantes. Le film choisit au contraire de lisser, non par omission brutale mais par une série de glissements, d’arrondis narratifs, qui neutralisent peu à peu toute aspérité. Le biopic accompagne, illustre, mais ne creuse jamais vraiment. Comme si une contrainte invisible empêchait toute dissonance... Sans blague ! A force d’éviter soigneusement les zones de controverse – no sex, no drug ! -, le récit contourne, reformule, déplace. Il ne falsifie pas ouvertement, mais cherche à préserver l’image, et donc supprime toute tension. – Il faut savoir que la star avait fait rédiger un contrat stipulant l'interdiction à d'éventuels biopics sur sa vie de mentionner ses démêlées judiciaires et les accusations de pédophilie à son encontre -. Alors restent les numéros musicaux, chantés, chorégraphiés, photographiés, mis en scène avec un soin et une précision fantastiques. Mais disons-le, ce film ne vaut que par sa partie musicale. Le reste…
Jaafar Jackson – le neveu du vrai Michael -, est tout simplement fabuleux. Sa présence et son talent multi-facettes sauve le film. Colman Domingo, - qui en fait des caisses jusqu’aux limites du supportable -, et Nia Long campent les parents. On notera également dans un casting pléthorique l’excellent Peyton Riley McConville dans la peau de Michael enfant. Ce film finit par se refermer sans véritable célébration, faute d’élan, ni regard critique, faute de courage, il occupe une zone intermédiaire qui le prive de véritable intensité. À vouloir contenir une figure aussi fuyante, Michael se condamne à n’en proposer qu’une version domestiquée, soigneusement cadrée, dont la netteté même trahit l’absence de trouble. Presque gênant.