Le Moonwalker en pilote automatique.
Vu la multitude de biopics musicaux (réussis comme ratés) que le cinéma nous a servi ces dernières années, il était assez logique que le Roi de la Pop finisse lui aussi par avoir son propre film.
Produit par des membres de sa famille, son co-exécuteur testamentaire/président de la Michael Jackson Company John Branca (interprété à l'écran par Miles Teller) et les producteurs de «Bohemian Rhapsody», ce biopic, lancé en 2019 et forcément très attendu, n'augurait pas forcément du meilleur en terme d'objectivité et de subtilité.
Et au sortir de la projection, on va dire que ces craintes que je pouvais avoir se sont confirmés en grande partie.
Alors oui, la musique, entraînante et intemporelle, n'a pas laissé indifférent le public présent et en a fait remuer des popotins durant la séance (dont le mien).
Oui, Jaafar Jackson était le choix le plus logique pour incarner son oncle, d'un point de vue physique comme vocal, assurant en terme de présence scénique, reprenant avec un mimétisme stupéfiant les pas de danse les plus célèbres de Michael.
La musique est donc bien là, mais comme j'ai déjà pour le lire ailleurs : la musique ne fait pas tout.
Et au-delà de cet aspect, que reste-t-il vraiment au terme de la projection ? Pas grand-chose de marquant malheureusement.
Ce (fort probable) premier volet, qui s'étend des années 60 (la période des «Jackson 5») à la fin des années 80 (la tournée «Bad»), et qui a connu une production assez mouvementée (grève, reshoots), avait peu de chances de figurer parmi les biopics les plus marquants au vu des personnes impliquées.
Le film (dont le premier montage faisait 4h) se rapproche trop d'un simple catalogue, enchaînant les dates et les événements musicaux, mais sans y mettre un fil rouge suffisamment solide pour m'immerger dans celui-ci.
Alors oui, le film veut nous narrer
l'émancipation progressive, artistique comme personnelle, de Michael vis-à-vis de son père vénal et autoritaire, Joe Jackson (interprété par le talentueux Colman Domingo). Peter Pan face au Capitaine Crochet.
Mais même ce point-là, censé être central dans le récit, semble trop survolé, pas assez incarné à l'écriture pour figurer un antagonisme fort.
Illustré par une photographie flirtant à certains moments avec l'esthétique d'une vidéo en IA (
on passera sur la scène du Twister avec un singe domestique en synthèse
) et une réalisation trop scolaire signée Antoine Fuqua (Training Day, Le Roi Arthur, Equalizer), ce «Michael», condamné à être lisse, chante, danse, sourit, mais a du mal à véritablement exister, comme si la légende planétaire venait bien trop souvent écraser l'homme solitaire (un ressenti me rappelant cette réplique de «L'homme qui tua Liberty Valance» : "Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende."), pour ne garder principalement de lui qu'une silhouette se cachant derrière ses lunettes de soleil.
Certes, certaines séquences surnagent dans ce flot d'anecdotes, comme par exemple
la création du morceau «Beat It», durant laquelle Michael fait se réunir les Bloods et les Crips, des gangs rivaux, pour leur démontrer qu'ils partagent une langue universelle, celle de la musique (mais là aussi, une séquence que j'aurai souhaité plus développée), ou encore la séquence MTV (avec Mike Myers dans le rôle du patron de CBS Records).
Mais si vous vous y connaissez un minimum concernant la carrière de MJ, ce film ne vous apprendra rien de vraiment plus.
Pas une catastrophe comme j'ai pu le lire dans certains avis, mais une œuvre ressemblant trop souvent à un gros clip hagiographique et mécanique où rien ne doit dépasser.
"Tu as des choses à raconter" dit sa mère à Michael. Sauf que ce film a du mal à le faire, préférant rester en surface, à l'image d'un conte de fées moderne, avec juste ce qu'il faut d'obstacle pour nous faire croire (de manière un peu naïve) que Michael ne parviendra pas à accomplir son destin.
Bref, pas un biopic déshonorable, juste anecdotique et finalement oubliable, privilégiant l'illusion du show au détriment de la vérité de l'homme sur scène.
En terme d'inventivité et d'incarnation, je vous recommanderai bien plus de vous (re)plonger dans les clips emblématiques de MJ (ma première rencontre avec le Roi de la Pop quand j'étais jeune adolescent), visionnaires pour l'époque et faisant toujours leur effet des décennies plus tard. Sans oublier son documentaire posthume, «This Is It».
"Son histoire continue..." annonce le carton de fin. La suite ira-t-elle dans une autre direction, ou suivra-t-elle l'exacte même formule que cette 1ère partie ? Réponse un jour, peut-être. Même si je pencherai plus pour la seconde option.
5,5/10.