Kuessipan
Une certaine idée de la liberté
Pour son 1er film, la jeune canadienne Myriam Verreault – dont on ne peut ignorer ici le passé de documentariste -, nous propose un drame identitaire dont l’intérêt ethnologique nous emporte au sein d’une communauté à la fois loin et proche de nous. 117 minutes d’un voyage qui prend aux tripes dans le nord du Québec. Mikuan et Shaniss, deux amies inséparables, grandissent dans une réserve de la communauté innue. Petites, elles se promettent de toujours rester ensemble. Mais à l’aube de leurs 17 ans, leurs aspirations semblent les éloigner : Shaniss fonde une famille, tandis que Mikuan tombe amoureuse d’un blanc et rêve de quitter cette réserve devenue trop petite pour elle... A travers cette belle histoire d’amitié fusionnelle, ce film pose une question cruciale : Quelle est la limite juste entre la protection de la richesse culturelle d’un peuple et le repli identitaire ? Passionnant !
Ce drame est adapté du recueil de récits poétiques Kuessipan : À toi, écrit par Naomi Fontaine, une Innue de Uashat - petite baie du Fleuve St-Laurent enclavée dans la ville Sept-Îles -, qui vit aujourd’hui à Québec. L'auteure voulait clairement donner à voir des visages, des lieux et des moments vécus dans sa communauté. On assiste à une véritable passation entre la romancière et la réalisatrice, une transmission de volonté et de savoir. Avant Kuessipan, ces personnages étaient invisibles, absents de l’image que l’on peut se faire du Québécois. Pour convaincre, il fallait évidemment tout tourner sur place. On comprend ainsi combien le mot « réserve » possède une connotation négative, et ici ces gens nous sont montrés dans ce lieu à travers leur vraie vie. Le racisme latent évoqué par certains moments dans le film est surtout montré comme une peur de l’autre. Ce peuple a un véritable destin de résistance. Mais, ils sont moins de vingt mille, pas huit ou 10 millions et c’est donc d’autant plus difficile de faire entendre sa voix. C’est pourtant ce que fait ce film avec force et conviction en mettant en avant une certaine idée de la liberté qui va bien au-delà des préjugés. Osez le voyage, il en vaut la peine.
Les comédiens du film sont pratiquement tous des Innus de la communauté pour qui il s'agissait de la toute première expérience professionnelle de jeu. Et pourtant, les Sharon Fontaine-Ishpatao, Yamie Grégoire, Etienne Galloy et tous les autres sont formidables de sensibilité et de justesse. Ils incarnent toutes les questions que l’on doit se poser sur le rapport au territoire, les rapports aux autres et les aspirations pour le futur. Voilà un moment d’une grande richesse à voir absolument.