Un procès sans tension, une mise en scène sans vie.
Une salle d’audience, deux femmes, beaucoup de silences. Saint Omer se présente comme un grand film d’écoute et d’intelligence, mais donne surtout l’impression d’un long séminaire sur la maternité tragique. On nous promet la complexité, on récolte surtout la raideur.
Premier long métrage de fiction d’Alice Diop, le film porte la marque de sa formation documentaire : plans fixes, ton neutre, refus de tout effet. Le tournage dans la véritable salle du tribunal de Saint-Omer ajoute un certain réalisme, mais aussi une froideur clinique. Les dialogues, tirés du vrai procès, sont récités avec un sérieux de colloque universitaire. Tout semble conçu pour que le spectateur se taise, prenne des notes et admire la gravité du moment.
Sur le papier, le projet avait pourtant tout pour intriguer : un procès pour infanticide, une jeune écrivaine qui observe, une réflexion sur la maternité, la culpabilité, le racisme, la condition féminine, la place des femmes noires dans la société française. En pratique, ces thèmes cohabitent sans jamais se répondre. Le film veut relier deux trajectoires féminines, celle de l’accusée et celle de la spectatrice, mais le parallèle reste abstrait. L’une parle de délire psychiatrique, l’autre de vertige existentiel. À force de vouloir mêler la clinique et le symbolique, le récit se prend les pieds dans sa propre gravité.
Malgré l’importance de ses sujets, Saint Omer souffre d’une mise en scène si maîtrisée qu’elle en devient inerte. Pas de musique, presque pas de mouvements de caméra, aucune respiration. On observe, on écoute, mais rien ne circule. Le film semble si effrayé par l’idée de manipuler l’émotion qu’il en bannit toute trace de vie. Rama, censée incarner le lien entre le spectateur et le procès, n’existe qu’à travers ses regards appuyés et ses silences pesants : un relais conceptuel plutôt qu’un personnage.
Je me suis franchement ennuyé. Le rythme plat, la diction figée, l’absence de tension dramatique rappellent certains documentaires scolaires diffusés à des heures impossibles. Le dispositif, trop sûr de sa noblesse, finit par tourner au formalisme sec. On sent la volonté d’épure, mais elle vire au didactisme. Le film veut nous faire réfléchir, il nous fait surtout patienter.
Sur le fond, le message se dilue. Veut-on parler de maternité, de justice, de colonialisme, de folie ? Tout se mélange, comme si chaque thème devait exister pour cocher une case. L’accusée plaide la pathologie, la réalisatrice revendique la lucidité : difficile d’y voir un fil conducteur. On sort avec la sensation d’avoir assisté à quelque chose d’important, sans avoir été touché ni même concerné.
Saint Omer veut donner la parole aux femmes ; il s’écoute surtout lui-même.
Un film qui plaide la complexité, mais dont le procès est déjà perdu. Coupable. Sans appel.