Que Retour à Silent Hill soit un film imparfait, je veux bien. Que certains des choix du réalisateur soient discutables, ça s'entend. Que le manque de moyens se ressente dans les effets spéciaux, c'est vrai. Mais dans l'ensemble, alors que j'ai terminé le remake de Silent Hill 2 il y a peu, je dirais que j'ai vu une bonne adaptation de mon expérience vidéoludique. Je soutiens même totalement certains des choix faits par le réal pour "adapter" cette œuvre. De l'ouverture au final, c'était Silent Hill 2, un peu personnalisé mais pas tant que ça non plus.
Bien sûr qu’il va y avoir des changements lors d’une adaptation. "Adapter c’est trahir", et même Peter Jackson a fait son lot de changements avec son Seigneur des Anneaux, de suppressions de passages, de personnages, voire même de création totale d’un personnage absent du roman (dans Le Hobbit). Est-ce que vous vous plaignez que Daryl ait été inventé pour la série TV Walking Dead ? La différence avec Tolkien, Walking Dead, et Silent Hill, c’est juste qu’il y a plus de gens qui ont joué aux jeux Silent Hill que de gens qui avaient lu les livres des adaptations pré-citées, et donc plus de personnes pour se plaindre des changements au final.
Je ne suis absolument pas d’accord sur le fait qu’on ne peut pas adapter un livre d’une vingtaine d’heures ou un jeu d’une centaine en un film d’une heure et demi. C’est ce que le cinéma fait depuis toujours en fait, je ne vois pas pourquoi ça deviendrait un problème maintenant. Et puis dans Silent Hill, on fait quoi pendant des dizaines d’heures ? Des aller-retour dans des couloirs sombres pour trouver un objet ou une clé pour avancer, ça n’a aucun intérêt au cinéma. Tous les éléments narratifs du jeu sont repris dans le film, il n’y a pas de grand passage essentiel qui en serait absent, Gans en a même rajouté (après, ce choix se discute).
Malgré les changements ou ajouts, je trouve le film très fidèle au jeu. Quand il débute sur le parking, j’y étais (à nouveau dans le jeu). Le petit chemin dans les bois qui mène au cimetière, et le final dans l’hôtel Lakeview, c’est tout pareil. Et y’a quand même des gens pour dire que « la porte des toilettes sur le parking n’est pas du bon côté », non mais sérieux, on en est là ? C’est ridicule.
Dans le jeu, les personnages principaux sont des personnes réelles avec leurs propres traumatismes, la ville manifestant les démons intérieurs de chaque visiteur individuellement (exceptée Maria qui est une manifestation de l'esprit de James), bien qu'une théorie de fan populaire voulait qu'ils soient tous des facettes de la psyché de James (débunkée par les créateurs, mais quand même interprétable ainsi). De cette façon, on ne comprend quand même pas trop comment il peut y avoir des intersections (James croise pourtant leurs enfers)… Dans le film, Gans a fait le choix de tout ramener à Mary, les personnages ne sont donc pas des individus séparés, mais tous des aspects fragmentés de Mary. On ne voit plus l'enfer des autres personnages, tout est ramené à l'enfer mental de James, et on pourrait voir ça comme quelque chose de plus logique, réaliste et cohérent. Donc oui, c'est différent du jeu, mais c'est aussi réfléchi dans son truc, ce n'est pas un grand n'importe quoi mis là comme ça. Les deux idées sont intéressantes selon moi.
Une autre chose qui revient, c'est la narration, qu'on ne comprendrait pas l'histoire du film. Je ne trouve pas. Je trouve que les thèmes sont beaucoup mieux exposés que dans le jeu (qui ne prend sens qu'à la toute fin avec ses révélations, au début, on ne sait pas du tout ce qu'on fout là).
J'ai vu que Gans révélait trop vite la supercherie, mais en fait ce moment arrive vers les 3/4 du film, après une grosse demi heure intense d'enfer mental terriblement oppressant, et le film a vraiment besoin de retrouver de la narration à ce moment-là (d'où l'histoire de la secte ? qui sert peut-être aussi de lien avec le 1er film dans l'univers cinéma partagé de Gans), déjà pour souffler un peu, mais aussi pour proposer autre chose qu'une fuite sans fin. Alors, OK, peut-être que ça enlève un peu d'enjeux quand James se replonge dedans, mais ça ne gâche pas le final, puisque la fin reste tragique, on ne peut pas dire qu'il n'y a plus de danger. À l'instar des Griffes de la Nuit, rien ne dit que James ne peut pas mourir dans ses cauchemars.
Quant au final,
la voiture qui se jette à l’eau,
c’est la fin que Gans a eu lors de sa partie originale, et je trouve ça fabuleux qu’il l’ait chérie et remise dans le film. La scène qui vient après a été demandée par Konami
pour finir sur une note moins négative. Et c’est pas si grave : c’est une superbe mise en abyme du joueur, qui relancerait une partie en mode new game +, en sachant à l’avance ce qui va se passer. Et c’est acceptable, vu l’état mental de James. De plus, ça rejoint totalement l'énigme des photos du remake, qui fait apparaître, une fois résolue, la phrase "Tu es ici depuis deux décennies". Gans a donc eu, sans se concerter, la même idée que les développeurs. C'est dire s'il comprend cet univers.
Au niveau des ajouts, j'apprécie la théorie de fan selon laquelle
le clochard du début serait une version de James du futur après s'être fait jeter dans les poubelles et après avoir fait plein de boucles. J'ai vérifié : c'est vrai qu'ils ont tous les deux les yeux bleus !
J'ai aussi essayé de réfléchir à la lettre. Dans le jeu, elle semble n'avoir jamais existé (les lettres s'effacent au fur et à mesure de l'aventure), mais dans le film, on peut imaginer que si Gans a voulu la rendre réelle (et je pense que c'est le cas), il fallait alors répondre à deux questions. La première : "Quand est-ce que Mary a envoyé cette lettre ?".
Forcément à un moment où ils étaient séparés (ce qui n'est pas le cas dans le jeu, ils ne sont pas séparés), et donc il fallait donner une (bonne, suffisamment bonne) raison à cette rupture. D'où l'histoire de la secte, qui permettait au passage de faire lien avec le film précédent.
La seconde question : "Pourquoi à Silent Hill ?".
Parce que c'est la ville où Mary habite. Voilà. Deux bonnes raisons de justifier ces ajouts à l'histoire.
Ce n'est peut-être pas l'adaptation littérale du jeu telle que certain l'auraient voulu, mais c'est une adaptation, la vision de Christophe Gans, et elle n'est certainement pas moins intéressante que l'originale. Comme quelqu'un l'a dit, si on veut une adaptation parfaite, autant demander à une IA. Et on voit ce que donnent les adaptations live action des films Disney : un truc pas terrible au final, même si fidèle à 100%. Ce n'est pas un chef d'œuvre, ce n'est pas le meilleur de Gans, mais j'ai aimé ce film, ses personnages, son romantisme, sa musique, les plans du réalisateur. C'est vrai que c'est adapté à partir du jeu original de 2001 et pas du remake de 2024 (et donc basé sur un matériel source particulièrement old school). C'est vrai que le scénario est prêt depuis des années. C'est vrai que Gans est un artisan du cinéma, qui préfère réutiliser les ficèles du passé que les effets spéciaux modernes (et les monstres joués par des acteurs/danseurs sont effectivement plus réussis que ceux en CGI). Mais avec un budget limité, tous ces petits défauts sont aussi ses qualités et son authenticité. Comme d'habitude, faites-vous votre propre avis, en espérant un jour une version longue qui viendra fermer quelques bouches.
PS : Pour moi le film vaut 3,5/5 ou 4/5, mais je lui mets 5 pour compenser tout le bashing autour.