In the water... closet. Ce Retour à Silent Hill est moins atroce que ce qu'on avait pu entendre à la sortie de l'AVP, mais reste un film qui sent la souffrance à plein nez. Non, pas celle du héros James, celle de ceux qui ont fait le film, qui ressemble à une de ses infirmières : il y voit que dalle, n'a aucune idée d'où il va, mais il court partout en gueulant, en espérant que ça fera son petit effet. Sur le néophyte (qui n'a pas joué au jeu - brillant de psychologie torturée - Silent Hill 2, soit le Purgatoire d'un homme en quête de souvenirs de sa femme Mary emportée par la maladie...), cela marchera lors de quelques scènes un peu graphiques (les 4 mains griffues qui descendent du lit au plafond pour attraper James, le monstre "lit fusionné avec les gens", Pyramide Head contre la femme-araignée avec un gros popotin à la Kardashian...) et il aura tout à portée de bec pour comprendre le plus bêtement du monde tous les rebondissements du scénario, à grands renforts de flashbacks mielleux... Les gamers, en revanche, vont se confronter à un changement radical de la fin : James n'est plus
un sale type qui a tué sa femme volontairement, et bute Eddie qui le menace, non, ici c'est Madame qui le supplie de l'achever, et Eddie est aux abonnés disparus dès que son introduction est terminée
(il est passé où ?). Mais ce qui rendra dingue les amateurs de la finesse du jeu (où tout se comprend à mi-mots, et n'est compréhensible qu'avec le twist final de la VHS retrouvée qui explique tout depuis le début de l'aventure), c'est surtout le manque d'ambiguïté du film, qui sur-explique tout comme si l'on était carrément écervelé : dès l'ouverture, on a un flash de la femme dans l'eau ("Ce n'est pas la maladie qui l'a foutue à la flotte... Oh wait, est-ce que l'on vient de me spoiler le twist de fin, à littéralement 5 min du début ?"), ensuite il y a ces interventions intrusives de la
Cheffe des Services Psychiatriques qui appelle sans arrêt James pour rappeler au spectateur "T'as bien compris, il est fou,
ça va servir à la fin...", et le pompon restant la première apparition de Pyramide Head où la caméra zoome sur l’œil du monstre pour nous montrer en gros plan que c'est
James
sous le masque. Achevez-nous. On devait ne le comprendre qu'au fur et à mesure de ses attaques qui collent avec la vie de James (les malheurs qu'il a fait subir à sa femme), là le film s'en fiche et nous balance la solution en même temps que la question. La fin choisie est celle dite "In the water" (la plus communément reconnue comme "valide") où
James, terrassé par la VHS révélant sa monstruosité, s'abîme avec sa voiture dans le lac de Silent Hill
, sauf que. Le film trouve encore le moyen de saccager ça (c'est de l'ordre du prodige, à ce stade). A la dernière minute, alors que l'on se levait du siège avec la salle, persuadé que le générique allait se lancer sur une musique rock énervée pour les gamins de 12 ans avec des images un peu "classes" des monstres du film, le plan change soudainement, nous ramenant au
début : en fait, tout était une hallucination, rien n'a eu lieu depuis le début, sa femme va bien.
Non, non, non, ça c'est interdit par la Charte du Navet. Ça ferait presque oublier l'énorme incohérence du film qui était qu'il remplaçait Alessa (la gamine maudite du premier film, pas la gentille, l'autre pouilleuse) par Mary en tant que
victime sacrificielle de l'Ordre (la Secte de zinzins qui veulent ressusciter l'Antéchrist),
ce qui défèque sur le premier Silent Hill (pas d'Alessa en tant que première victime, pas de Cherryl attirée par la ville... Bref, pas de Silent Hill premier du nom, quoi). Mais quand on en arrive à ce twist interdit, on oublie tout le reste, tout. Même les quelques bons côtés de cette suite, à savoir la musique de Akira Yamaoka comme d'habitude superbe, le nombre hallucinant de plans identiques (à la mèche de cheveux près) des cinématiques du jeu (on sent que Christophe Gans est un passionné), les effets spéciaux plus soignés que nos souvenirs meurtris de Silent Hill (le final tout en CGI baveux à l'église, quelle horreur, même pour l'époque), les monstres sont nombreux et flippants... Bref, ç'aurait pu être vraiment bien, et sans les sur-explications pour neuneus et la fin "interdite", on est sûr que cette suite aurait finit ailleurs que "In the Water... Closet". Flussssshhhh (bruit de chasse d'eau)....