Pour l’Obs, c’est le meilleur film de l’année 2022…. Drôle, pas tellement à mon sens, tragique , peut-être, absurde certainement, grinçant, pathétique, tendre …à peine…des films comme Godland ou l’Ame sœur, tournés dans des paysages aussi somptueux sont à mon sens bien meilleurs…
Sur une île de la mer d’Irlande, Inisherin, (ile fictive, le film a été tourné sur les îles d’Inishmore et d’Achill, au large de la côte ouest irlandaise) , deux hommes boivent ensemble, depuis la nuit des temps. Colm, le plus ancien, est musicien. Padraic, trentenaire, n’est rien et élève quelques vaches . Ils parlent, une pinte de Guinness devant eux, parfois face à la mer, dans la rumeur lointaine d’une guerre d’indépendance puisqu'il s'agit de la guerre civile qui fait rage en Irlande au début de ces années 1920 dont on entend parfois la canonnade en bruit de fond.
Un jour, Colm ne vient pas. « Je ne t’aime plus », dit-il. Il ne veut plus perdre son temps. Il lui reste peu d’années, il ne veut plus les gaspiller. L’amitié est fracassée, Padraic est dévasté, la douleur se répand comme un incendie de tourbière. Il essaie de recoller les morceaux. Rien à faire : à chaque tentative, Colm se coupera un doigt, à la cisaille de berger. Il tient parole…
À partir de cet arbitraire narratif, McDonagh tricote le récit, il est vrai plutôt rare, d’une amitié qui se délite brutalement, mais sans se départir d’une pesanteur allégorique, entre pics sanguinolents et présence d’une vieille matriarche dont la silhouette floutée s’apparente à celle de la grande faucheuse (ou de l’une des fameuses « banshees », ces messagères de l’Autre monde qui donnent son titre au film) contemplant du haut des falaises ce petit monde s’entredétruire…
On est au pays des songes et des légendes, avec des collines d’une beauté poignante, des visages crevassés par le vent, une mer qui ressemble à un chaudron de cuivre en fusion. Ces moutons, ces gens, ces murs blanchis à la chaux forment le décor de cette histoire qui ne ressemble à rien ni à personne. C’est esthétiquement superbe…et le seul attrait du film !!
Mais à part cela… difficile d’entrer dans cette métaphore à peine voilée de la guerre civile, réduite ici à une brouille de voisinage, et la violence à l’automutilation, aux personnages, qui viennent à s’en prendre aux seuls êtres attachants de cet essai granguignolesque, des animaux très familiers.
Certes, les grands comédiens que sont Colin Farrell — qui a curieusement décroché le prix d’interprétation à Venise pour ce rôle — et Brendan Gleeson tiennent leur rang, quoique peu aidés par la mauvaise comédie qu’on leur fait jouer.
ll y a quelque chose d’artificiel dans le rapport qu’entretient le film avec l’Irlande, et la façon très appuyée voire forcée qu’il a, à chaque scène, de nous le rappeler en désignant lestement des particularismes géographiques, linguistiques (le titre et les noms imprononçables), argotiques (Farrell et ses “fecking” incessants), mythologiques (la “banshee”, sorcière caractéristique du folklore insulaire), laissant en nous le désagréable soupçon qu’il aurait beaucoup plus à nous prouver qu’à nous raconter.
Oui, les paysages sont magnifiques, oui les acteurs sont excellents. Mais comment rentrer dans cette histoire improbable ? Je n’ai pas accroché.