On s'attendait à du rude, on a eu de l'âpreté sublime, une quintessence d'évocation des bons et mauvais cotés d'une communauté ilienne, réduite, isolée du monde et de la guerre qui gronde à l'horizon.
McDonagh nous avait enchanté avec l'histoire de trois banals panneaux publicitaires, et nous entraine dans un univers complètement différent, si merveilleusement photographié, souvent sous le soleil, mais il n'a pas oublié quelques scènes sous la pluie (heureusement on est en Irlande!). Nous entraine personnellement, car le résultat est celui de son travail d'écriture, de construction d'un récit ancré sur les quatre personnages principaux.
Colm, Padraic, Siobhan, et Dominic vivent il y a un siècle dans un monde rural, et pourtant, on se sent proche de leur variation d'états d'âme, de leur vérité intrinsèque.
Le casting est parfait, le huis-clos du pub peut commencer à bouillir, les sentiments iront ensuite exploser face aux éléments naturels extérieurs, le vent, la mer, les falaises grises, les chemins bordés de murets de pierre. Colère, honte, incompréhension, résolution, ironie, et j'en passe, McDonagh fait vibrer ses personnages au fil de la confrontation entre les deux amis d'hier.
La mise en scène nous implique plus qu'elle nous explique. Les fantômes restent tapis dans la lande verte, les hommes affrontent leur finitude, que vais-je laisser derrière moi? Le curé dogmatique, le policier véreux, l'épicière inquisitrice, les violons qui ressassent les ballades celtiques, tout concourt à construire une atmosphère unique, pas faussement spectaculaire, mais expressément oppressante.
Une atmosphère rappelle de loin La leçon de piano musique, isolement, affrontement, mutilation… ou les romans de Peter May dans les iles septentrionales d'Ecosse.
"On est quitte maintenant?" demande Colm en conclusion? Eh bien non, nous on en redemande à McDonagh, continuez à nous produire du aussi bon.
cinéma vo -janvier 2023