Le cinéma iranien est prolixe dans la période. Et il a toujours sa part de mystère et ses effets de genre pour le spectateur occidental. Après en cette année 2021 « Le Pardon », « La loi de Téhéran », « Le Diable n’existe pas » qui avaient un fond d'immersion critique dans la société iranienne, celui-ci. Mais à la différence des premiers cités, on trouvera cette fois beaucoup moins voire même pas du tout (ou alors bien caché) un quelconque jeu du chat et de la souris avec la censure avec une remise en cause (subliminale si nécessaire) de la société, de son régime, de son conservatisme. Un homme, notre héros, qui après s’être retrouvé en prison pour dettes sur fond de conflit familial (un emprunt en vue d’un investissement qui a foiré), se trouve au centre d’un fait divers qui le propulse comme le plus vertueux d'entre tous. Réhabilitation passant par une proposition d'emploi dans une administration sur recommandation d'une organisation de bienfaisance, s’il n’y avait les autorités locales, soupçonneuses, procédurières, pointilleuses, cherchant à découvrir un possible stratagème et pas forcément disposées à "donner le Bon Dieu sans confession !". Cette fois ce n’est pourtant parce que c’est un film iranien, qui deviennent de moins en moins rares sur nos écrans, qu’il faille le considérer comme un chef d’œuvre. Un travers du Festival de Cannes !
Un très bon film du réalisateur iranien Asghar Farhadi. Le scénario est bien écrit et très dialogué. Quelques longueurs viennent cependant en affaiblir l’intensité.
“Un héros” nous fait passer du feel good movie au drame et son personnage principal de héros à paria, via un engrenage sociétal irréversible et totalement crédible que son réalisateur et ses acteurs déroulent de façon magistrale.
Un film iranien qui arrive à raconter une histoire universelle sans aucune once de religion dedans, voilà qui est intéressant. En dehors de quelques éléments de tradition locale, 70% de l'histoire pourrait se produire n'importe où dans le monde (à tel point que le phénomène de vidéo virale sur les réseaux sociaux existe aussi là bas contre toute attente!). Les personnages sont ici ni gentils ni méchants, ils reflètent la complexité des humains dans des situations difficiles.
Le héros de Farhadi est un prisonnier ; enfermé car il a contracté une dette qu’il ne peut régler. Il devient ce héros le jour où il trouve un sac à main contenant des pièces d’or. Dans un premier temps, il compte les vendre ; son seul souhait est de rembourser une partie de sa dette et d’être libéré. Mais sa sœur le convainquant de chercher la propriétaire du sac et de le rendre fera de lui un héros, un modèle de vertu et d’honnêteté dans un pays corrompu. Ce modèle pourrait servir les intérêts de nombreux acteurs gravitant autour de cette histoire. Asghar Farhadi comme à son habitude va en profiter pour nous montrer la petite corruption à tous les niveaux durant tout le film ; et comment même des actes nobles peuvent être dénaturés. Son « héros », un homme simple, ayant comme objectif sa sortie de prison va user de petits mensonges et petits compromis avec sa bonne foi et se retrouver pris dans un engrenage infernal. Cet engrenage va faire un homme loin de tout soupçon et même un coupable. L’être humain n’est jamais totalement bon ou mauvais ; ce héros a donc des zones d’ombre, mais reste un honnête homme. Porté aux nues, ses hésitations et mensonges finiront par faire de lui un coupable. Dans « La loi de Téhéran », autre film iranien de 2021, c’est la même mécanique destructrice et implacable par un système qui est démontré mais sous une forme frontale voire brutale ; Farhadi prend d’autres voix et agit en douceur. Et pour détruire la réputation d’un homme, Asghar Farhadi montre que les réseaux sociaux ont une puissance redoutable ; ils feront de son personnage un héros que les réseaux détruiront très vite comme un jouet ayant fait son temps. La société iranienne démontre la même modernité que nos sociétés occidentales dans ce qu’elles ont de pire. Ce film est donc alors bien différent des précédents dans lesquels la société iranienne était pointée du doigt ; celui-ci traite de sujets bien plus universels. Ici dans sa construction de drame kafkaïen dont il a le secret, Farhadi cible des penchants bien humains ; chacun s’arrange avec la vérité et manipule pour ses affaires ou se tirer de mauvaises passes ; cette misanthropie est glaçante. On pourrait trouver son film trop mécanique et cette écriture maitrisée de bout en bout nécessite parfois quelques invraisemblances afin que toutes les pièces du puzzle s’imbriquent parfaitement. Mais son récit est haletant et on se prend à croire à ce récit avec cet homme pris dans une spirale que l’on sent très vite rendue par le scénario infernale et implacable. C’est plus de l’horlogerie que de l’orfèvrerie. Malgré tout, il évite bien le piège que tend ce type de démonstration : ni didactisme ni manichéisme. Grand Prix au festival de Cannes qui selon moi et au vu des films et du palmarès méritait bien la Palme. TOUT-UN-CINEMA.BLOGSPOT.COM
Un film à suspense, où la tension se maintient sans armes ni violence physique. Tout se joue donc dans les mots et les attitudes, dans un engrenage infernal dénonçant insidueusement les rouages d'une société divisée entre modernisme et traditionnalisme. Un regard dur mais néanmoins courageux. Comme un appel au secours.
Le dernier film du cineaste iranien part d un fait divers réel et bénéficie d un scénario impeccable et d une écriture précise . Certes, la réaction du personnage principal paraît parfois étonnant de passivité et le spectateur peut manquer un peu d empathie pour lui. Mais le cinéaste est toujours juste et inspiré pour filmer son pays et ses personnages.
autour d'un fait divers, celui d'hun homme qui obtient une permission pour sortir de prison et tenter de rembourser le créancier qui l'a fait condamner, se déroule une histoire où le spectateur se laisse manipuler par les protagonistes qui apparaissent tantôt haïssables, tantôt victimes, tantôt bourreaux. On sent assez vite que le "héros" triche pour arriver à ses fins, mais jusqu'où ? jusqu'à obtenir l'appui de sa famille, de l'administration pénitencière, d'un organisme caritatif, des, médias, mais pas de son créancier qui oppose d'excellents arguments...Puis tout bascule, tout s'inverse, les soutiens deviennent adversaires dés lors que les réseaux sociaux prennent la main, l'intégrité du Héros est suspecte, l'honneur de ses soutiens semble mis en cause, leurs motivations réelles sont souvent moins altruistes qu'affichées... restent constants, l'amour entre notre homme et une femme qui ne l'abandonne jamais, et l'amour du héros pour son fils handicapé...En arrière plan, la vie quotidienne en Iran ne manque pas d'intérêt. Le scénario se déroule sans exubérance mais avec rigueur et on s'y accroche bien malgré quelques longueurs. Malin ou naïf le héros ? on a la réponse à la fin avec une très jolie et symbolique scène avec porte ouverte sur la rue et la vie colorée et pénombre du bureau d'accueil de la prison
Une petite histoire assez malheureuse et touchante qui aurait très bien tenue sur un format d'une heure et demie. Malheureusement, le film est étiré d'un semblant d'éternité difficilement supportable. Des plans inutiles durent de longues secondes, des séquences à raccourcir de longues minutes. Tout est réalisé platement, caméra à hauteur d'homme sans la moindre variation, laissant se succéder les dialogues monotones. Il restera au spectateur occidental moyen que je suis le petit regard attentif à l'exotisme de l'environnement iranien qui nous est montré.
Farhadi nous ayant déjà tellement donné de films passionnants que l'on attend parfois plus que ce que nous accepterions d'un metteur en scène moyen. Cette nouvelle fiction reprend certaines caractéristiques de son narratif habituel: un focus est porté sur les personnes plus que sur les décors d'une vie quotidienne lambda. Des caractères ambigus ou ambivalents et le héros n'y échappe pas. Des femmes qui sont debout et qui derrière le voile témoignent d'une modernité étonnante. Seulement cette fois-ci l'émotion ne passe pas aussi bien la rampe et nous éloigne de l'universalité des films précédents. On a du mal à s'identifier au personnage de Nahim, joué par une très bel homme Amir Jadidi. Le renouvellement des acteurs est-il moins performant ou bien Farhadi devrait-il s'en prendre à son scénariste, à savoir lui-même? Il reste de belles choses, une nouvelle incursion avec un œil exercé dans la société iranienne et quelques plans réussis, dont le dernier avec une porte de prison ouverte, frontière ténue entre la vie libre et l'enfermement, encore plus complexe que celle de La prisonnière du désert. PS Ce héros se laisse regarder sans difficulté mais la comparaison avec le coup de poing reçue avec le récent "Le diable n'existe pas" de Rasoulov est sans appel. Cinéma - janvier 22
Un film prenant, étrange par cette incertitude permanente de ce qu'il va advenir et cette succession de situations "en déséquilibre" et le suspens qui va avec. Bon, la société iranienne présentée ainsi ne fait pas trop envie. Mais si on présentait la France sous ce cadre, il est probable que ça ne ferait pas envie non plus. Interpelant!
De Asghar Farhadi (2021). Du grand cinéma de la part encore du réalisateur iranien Asghar Farhad. Le film d'une force et d'une grande maitrise nous plonge dans un thriller sociétal particulièrement retord limite kafkaïen . Où comment au travers les médias et les réseaux sociaux, on peut être érigé en héros puis être pointé du doigt pour devenir un paria . Une mise en scènene , en abime implacable servi par des comédiens remarquables notamment Mohsen Tanabandeh,. Avec aussi Amir Jadidi, Fereshteh Sadre Orafaee .
Un film d'actualité sur la toute puissance des réseaux sociaux qui peuvent faire et défaire la réputation d'un homme en quelques minutes. De plus notre héros qui cherche à tout prix à ne pas retourner en prison (suite à une histoire de dettes) ne s'aide pas car il est englué par une série de mensonges dont tous les antagonistes se servent à leur profit.
On sait la place qu’occupe le cinéma iranien depuis les années 80 dans le monde si riche et si divers du septième art. Certains noms ont acquis une envergure médiatique considérable : Abbas Kiarostami, Jafar Panahi, Asghar Farhadi pour ne citer que les plus célèbres, mais on a encore beaucoup à apprendre de ce cinéma issu d’un pays au passé si glorieux. Asghar Farhadi fait donc partie de ces cinéastes dont on aime à suivre l’évolution de l’œuvre et assurément il n’est jamais si brillant que lorsqu’il tourne dans son pays. De ce point de vue, rappelons la déception causée par son avant-dernier film, « Everybody knows », tourné en Espagne. Certes le cinéaste apparaissait comme toujours maître de ses moyens, mais incontestablement le cœur n’y était pas – si l’on ose s’exprimer ainsi. Avec ce « Héros », Asghar Farhadi retrouve sa veine proprement iranienne. Il nous présente des personnages ancrés dans une société où les traditions sont reines, où la famille est de tous les instants et peut même se montrer écrasante et où le jugement d’autrui est parfois impitoyable. D’autant que l’Iran, comme tous les pays du monde, a découvert la force des réseaux sociaux avec les inévitables fake news qu’ils peuvent véhiculer. Rahim purge une peine de prison pour ne pas avoir remboursé un créancier. A la faveur d’une permission de deux jours, il trouve une belle occasion de s’offrir une caution afin d’obtenir sa libération. L’affaire est dans le sac… N’en disons pas davantage. Contentons-nous de révéler qu’il deviendra un véritable « héros » au vu du geste qu’il a soi-disant accompli. Un plaisir qu’il ne goûtera que peu de temps car sa situation fera l’objet d’un retournement complet dans la deuxième partie du film. L’occasion est belle pour Asghar Farhadi de se livrer à une satire méthodique et fort drôle de l’administration iranienne qui du reste présente toutes les rigueurs et les absurdités kafkaïennes de la plupart des administrations mondiales. Mais c’est surtout, comme nous le disions précédemment, le jugement d’autrui qui est au centre du film, façonné par les racontars que l’on se colporte d’un appartement à l’autre, mais exacerbé aujourd’hui par la télévision et les réseaux sociaux. Asghar Farhadi est d’abord un homme de théâtre et sa conception de la mise en scène cinématographique s’en ressent vivement. On se souvient de la scène inaugurale d’« Une séparation » : un plan unique d’un comique irrésistible. Ici, Fahradi nous propose une succession de scènes plus ou moins longues, filmées toujours à hauteur d’homme et le plus souvent en plans rapprochés. Le verbe y est constamment présent et pour qui ne maîtrise pas le farsi – nous pouvons nous consoler en nous disant que notre cas n’est pas unique – il y a là quelque chose d’étourdissant. Mais l’intelligence du propos est si vive que l’on ressort de la séance secoués assurément, mais sûrs d’avoir vu un film d’exception. C’est bien ce qui a motivé l’avis des jurés cannois lorsqu’ils ont décerné au film leur Grand Prix lors de la dernière édition du Festival. On ne leur donne pas tort.