Et elle court, court, toute le journée ... Elle, c'est Julie, une femme courageuse au bord de la rupture. Tel est le sujet de ce film écrit et dirigé par Eric Gravel qui nous offre une mise en scène parfaitement gérée. Son scénario nous propose un drame poignant sur le choix de vie et les dysfonctionnements de notre société. Il offre un rôle difficile et parfaitement assuré par Laure Calamy. Le rythme est effréné et le climat extrêmement tendu ; dommage que la répétition de scènes stressantes finisse par nous lasser et nous angoisser également.
Laure Calamy, qui enfin enchaîne les premiers rôles au Cinéma, est de quasiment tous les plans de cette variation moderne de « Elle court, elle court la banlieue » (1973) : l’actrice, découverte dans la série « Dix pour cent » est parfaite, comme toujours. « A plein temps » traduit bien la difficulté de concilier travail et vie de mère, avec des allers-retours entre la capitale et la grande banlieue parisienne, encore plus quand la mère est séparée du père de ses enfants, que celui-ci ne paye pas sa pension alimentaire, que la mère a choisi d’offrir « un bon cadre de vie » à ses enfants au détriment de sa vie à elle et qu’elle fait un métier aux horaires non flexibles et sans télétravail et qu’une grève générale vient détruire son emploi du temps millimétré. Tout ça est remarquablement bien observé et retranscrit par le scénariste / réalisateur Eric Gravel. Une observation saisissante du train-boulot-dodo des années 2020.
Histoire saisissante de justesse, scénario haletant très réussi, interprétation exceptionnelle, très convaincante qui nous fait partager chaque seconde de l'intrigue, bravo au réalisateur de ce film ! Petit bémol pour la bande son avec certains dialogues inintelligibles : pas compris le nom du prisonnier irlandais :-)
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3,5
Publiée le 25 août 2022
"À plein temps" est un drame social contemporain, ce n'est pas l'histoire du siècle, mais c'est justement tout l'intérêt du film, car Eric Gravel nous fait vivre une situation qui peut parler à tout le monde. La grève des transports, il faut vraiment le vivre pour comprendre à quel point ça peut être handicapant. Julie, une mère célibataire de deux enfants, va l'expérimenter à ses dépens. Habitant en dehors de la capitale où elle travaille, elle va vivre une semaine à tambour battant entre ses enfants, son travail et sa recherche de travail, car elle ambitionne de reprendre là où elle s'était arrêtée à la naissance de ses enfants. Une course de chaque instant que le réalisateur fait vivre pleinement sur un rythme effréné. Qui l'eut cru ? On est là à stresser pour cette mère de famille pour une histoire de bus et de train. Les enjeux sont amplifiés par la situation financière dans laquelle se trouve Julie, ce qui donne encore plus de poids à ses actions et à ses entretiens d'embauches. C'est aussi pour ça que ce "À plein temps" n'est pas qu'un film haletant et stressant, mais aussi un beau portrait d'une femme qui se démène malgré les difficultés de la vie. Un tour de force pour Eric Gravel qui maitrise les deux aspects de l'histoire pour faire un film efficace et prenant avec notamment une excellente Laure Calamy.
Il y a un film avec lequel A plein temps entretient un certain dialogue, c’est En guerre (Stéphane Brizé, 2018). Le montage heurté, la tension qui ne cesse de monter ou encore l’intention de disséquer les rapports humains dans un cadre professionnel sont autant de traits communs aux deux films. Il y est aussi question de grèves, mais des deux côtés opposés du piquet – subie dans un cas, voulue dans l’autre. spoiler: Et puis il y a cette scène, vers la fin du film, qui pourrait être un faux ricochet au final de En guerre. Le personnage interprété par Lindon s’y immolait sur son lieu de travail afin de faire basculer le mouvement social (et le film) dans la tragédie – ce qui a pour conséquence d’augmenter les primes de départ de ses collègues. Dans A plein temps, Julie (interprétée par Laure Calamy) se trouve sur le quai de la gare avec ses deux enfants. Elle vient de perdre son travail, ce qui semble la dévaster. La caméra s’attarde sur elle, visage baissé, pensive. Une voix off annonce l’arrivée en gare d’un train. Prière est faite de s’éloigner du quai. Julie ne bouge pas tandis qu’on entend le train hurler au loin. On pense alors à l’issue fatale du film de Brizé – l’altruisme en moins. Mais non. Julie ne commet pas l’irréparable, et c’est une tout autre issue qui l’attend.
La porte de sortie spoiler: (une offre d’emploi) proposée par Gravel à son personnage est intéressante : elle révèle toute la complexité de Julie. spoiler: Car, pour celle-ci, le fait de retrouver un emploi n’est certainement pas le vrai moyen de trouver une issue favorable à sa situation. Ou en tout cas, ce n’est pas cette solution – dans sa simplicité apparente – qui a été retenue par le cinéaste. Si cela avait été le cas, Julie aurait trouvé un nouveau travail près de chez elle.
Or, et c’est une nuance importante, c’est un travail de la même nature que le précédent qui lui est « offert » : sur Paris, loin de chez elle, avec des responsabilités, des journées à rallonge... Pour le spectateur ayant partagé une heure durant le quotidien asphyxiant de cette mère célibataire, ce n’est franchement pas le signe d’une amélioration de la situation (ne sont pas résolus les problèmes de garde, de transport, de grèves…). Mais pour le personnage interprété par Laure Calamy, c’est une tout autre histoire…
Quand celle-ci apprend qu’elle a été engagée, elle pleure. Des larmes de joie ? Il y a tout lieu de le croire. Car Julie a fait preuve de bien peu d’entrain lorsqu’il a fallu postuler pour un emploi de caissière près de chez elle. La vie de famille ne lui sied pas beaucoup non plus. Même si elle fait tout ce qu’il faut (tout ce qu’elle peut) pour ses enfants, on la voit peu enchantée par la perspective de rester chez elle sans travailler. Et puis il y a ce « J’suis quand même mieux chef d’équipe dans mon palace » lancé à la nounou des enfants quand celle-ci lui suggère de se faire recruter dans le supermarché du coin.
Ainsi Julie, malgré des contraintes insupportables, n’est pas prête à accepter n’importe quoi. Elle aspire à un poste à hauteur de ses diplômes, sous n’importe quelles conditions – et sur Paris qui plus est. Son quotidien effréné, c’est le mode de (sur)vie qu’elle s’est choisi. C’est peut-être aussi son addiction. Gravel choisit donc un final bien plus politique qu’il n’y paraît. Pour son personnage, la solution de sortie de crise est moins l’intention de montrer le travail comme simple moyen de subsistance que la volonté de le révéler dans toutes ses potentialités de nuisance et d’aliénation – en tout cas dans la forme décrite tout du long : un marché de l’emploi ultra-libéral et archi-concurrentiel.
Laure Calamy démontre une nouvelle fois son charisme dramatique et sa grande justesse dans cette course contre la montre tendue qui ne laisse aucun répit. L'exercice de style est réussi, même si le frénétisme de ce constat déprimant du quotidien est en bonne partie alimenté par une B.O. omniprésente.
Enfin le film sur l'absurdité de la vie urbaine contemporaine et la détresse d'une partie des classes moyennes. La réalisation, façon thriller, est excellente et Laure Calamy époustouflante (son meilleur rôle ?)
Eric Gravel filme Julie dans Paris en usant de longues focales et avec une juxtaposition de plans qui rendent la capitale comme hostile, comme si Julie y menait en effet un combat quotidien très violent. Il est ici de ce combat ordinaire, qui se joue pour des millions d’entre nous à l’aube, avec des vies que l’on avait rêvées autrement. Un rythme effréné est en jeu, entre les enfants, les transports et le travail, on ne pense plus, on fait. Comme la fin de la créativité, comme un feu qui s’éteint un peu plus tous les jours, et une matière grise qui s’évapore dans les pares brises…
Il y a une mise en scène très profonde et astucieuse avec la prédominance tout au long du film de musiques électroniques des années 70, qui contribuent avec puissance à la tension permanente. La vitesse et les effets visuels inhérents, l’image parfois saccadée, ces mélodies lancinantes, l’omniprésence à l’écran de Laure Calamy font partie intégrante d’une subtile mise en images qui donne cet effet attendu d’étouffement. Cette forme, et le fait que pas un plan ne se déroule sans la présence de Julie génère une empathie certaine pour le personnage. On court avec elle, on s’exaspère, on y croit, on est en fait tout le temps avec elle. A plein temps, c’est un shoot enivrant et délicieux à Laure Calamy.
Son Interprétation est inoubliable, elle prend tout l’espace et incarne avec engagement et convictions une Julie pour laquelle on sent de la part de l’actrice une évidente admiration. Sa prestation solaire est à l’image de sa trajectoire actuelle, dans des choix forts, elle est partout, brillante, comptera de plus en plus et on en redemande. A plein temps passe le temps d’une respiration et se dénote par sa forte pertinence à dire tant de choses en peu de temps et sans verbiage ni superflu. Beaucoup est suggéré, dans ce combat poignant et tellement authentique d’un portrait contemporain d’une femme aujourd’hui. C’est brillant, brutal et intelligent.
Haletant de bout en bout! Laure Calamy signe ici une performance exceptionnelle. Elle campe une maman solo avec deux enfants à charge tout en se démenant tous les jours pour faire le trajet jusqu'à Paris et son travail de femme de chambre. Chronique sociale représentant la vie de millions de citoyens lambda, le film touche par son rythme effréné et par l'épuisement progressif de son héroïne devant jongler avec une multitude de choses (grève des trains, manifestations ou absence du père). Bref, une oeuvre qui colle à la réalité dans une période où le "burn out" fait des ravages.
Bouleversant, tellement juste. L'actrice est exceptionnelle, on souffre pour elle et au final reste un sentiment de tristesse pour ces femmes qui se battent chaque pour garder la tête hors de l'eau.
Laure Galamy interpréte avec brio cette héroïne ordinaire, peu usitée dans les productions d'aujourd'hui. Un thriller social sans grandes émotions mais sans temps mort, à l'image de son personnage central.
Mais comment un film aussi nul a t il pu avoir 4 étoiles ??? c'est le mystère du siècle !! alors pour ceux qui n'ont pas vu ce film je vais vous le résumer : il s'agit d'une femme qui rate son train puis ensuite elle rate son bus alors elle prend un taxi et puis le lendemain ça recommence !! voila je viens de vous résumer l'intégralité du film et je suis très sérieux !! c'est un film qui montre une femme qui rate son train ou plus exactement elle ne peut pas le prendre parce qu'il y a grève voila c'est un super film sur les grèves de la SNCF
A priori le scénario n'est guère excitant. Mais j'ai eu la curiosité et quelle claque ! Vraiment un grand film, tout en tension, sans la moindre seconde de temps mort, avec une actrice extraordinaire qui tient tout le film sur les épaules. Elle est pratiquement de chaque plan, sans effets, toujours d'une justesse absolue, habitée par le personnage. A voir absolument.
"A temps plein" décrit parfaitement l'horreur que peut-être les transports parisiens lorsqu'on travaille loin de son domicile. Un grain de sable et tout part a volo ! C'est ce qui arrive à cette jeune mère célibataire, tiraillée entre ses enfants, sa nounou, son inflexible employeur et son impérieuse nécessité d'en changer... On nage, on coule, on surnage avec elle, et on a envie de lui décerner une médaille.