Film mêlant les genres de la comédie noire, de la science-fiction et du thriller, Bugonia, réalisé par Yórgos Lántimos, est un long-métrage déroutant de bonne facture. L'histoire nous fait suivre Teddy, un homme travaillant dans l’entrepôt d'une entreprise pharmaceutique, persuadé que la présidente directrice générale de celle-ci est un extraterrestre en provenance de la galaxie d'andromède. Selon lui, son espèce contrôlerait l'humanité. C'est ainsi qu'avec l'aide de son cousin Don, il monte un plan pour sauver l'humanité du joug des andromédiens. Pour ce faire, ils kidnappent et séquestrent Michelle Fuller dans le sous-sol de la maison familiale de Teddy. Ils ont alors quatre jours, avant la nuit de l’éclipse lunaire, pour rejoindre le vaisseau afin d'avoir une audience avec leur empereur. Ce scénario, remake du film sud-coréen Save The Planet ! De Jang Joon-hwan, paru en 2003, s'avère intéressant à visionner tout du long de sa durée d'un peu moins de deux heures. Une durée qui aurait tout de même gagnée à être raccourcie d'une vingtaine de minutes. Car si l'intrigue parvient à nous tenir en haleine, celle-ci se répète un peu trop en tournant en rond et manque d'évoluer au fil des minutes. Surtout, elle repose uniquement sur le doute distillé de bout en bout consistant à savoir si cette captive est réellement un alien ou non, même si en réalité ça se laisse deviner facilement. Tout le sel du métrage repose donc sur cet aspect et traite du complotisme ou non du ravisseur et de son second benêt, ainsi que plus globalement des croyances, de la vérité de chacun et des certitudes. L'action n'est pas très présente hormis dans la dernière partie, le reste du temps, on assiste à un débat argumenté des deux côtés au cours duquel chacun défend ses positions. Le ton se veut sérieux mais parvient à agrémenter quelques touches d'humours bienvenues qui décrochent quelques sourires. L'ensemble est porté par des personnages appréciables. Des rôles interprétés par une distribution resserrée avec en tête d'affiche une excellente Emma Stone malmenée. Jesse Plemons campe lui le cerveau des opérations, paranoïaque, alors qu'Aidan Delbis celui d'un être intellectuellement limité. Tous ces individus entretiennent des rapports de force cherchant à faire avouer procurant quelques petites émotions. Des échanges soutenus par de bons dialogues. Sur la forme, la réalisation du cinéaste grec s'avère qualitative. Sa mise en scène bénéficie d'une caméra offrant majoritairement des plans fixes toujours soignés. De plus la photographie est léchée et les environnements naturels sont agréables. Ce visuel impeccable est accompagné par une bande originale magistrale signée Jerskin Fendrix, dont les compositions orchestrales nous gratifient d'envolées de cuivres percutantes et donnent une incroyable puissance aux images. Elle est clairement l'une des plus grande force de l’œuvre et donne envie d'être réécoutée bien au-delà du générique de fin. Reste un dernier acte très spécial, déstabilisant mais marquant, venant s'achever sur une fin satisfaisante venant mettre un terme Bugonia qui, en conclusion, est un film valant le coup d’œil.