Avec Il Maestro, Andrea Di Stefano s’inscrit dans la tradition italienne du récit d’apprentissage, ces histoires où un jeune personnage découvre progressivement la complexité du monde adulte. Situé dans l’Italie de la fin des années 80, le film suit Felice (Tiziano Menichelli), adolescent passionné de tennis que son père confie à Raul (Pierfrancesco Favino), un ancien joueur censé l’accompagner vers les tournois nationaux et, peut-être, vers une carrière prometteuse.
Derrière cette situation simple se cache en réalité une relation beaucoup plus ambiguë. Raul n’est pas le mentor idéal que l’on imagine dans les récits sportifs traditionnels. Andrea Di Stefano choisit au contraire de montrer un homme imparfait, parfois déroutant, qui avance lui-même avec ses blessures et ses contradictions. Cette figure de guide fragile donne au film une tonalité particulière, car l’apprentissage de Felice passe autant par les matchs que par l’observation de cet adulte complexe.
Le tennis occupe une place importante dans le récit, mais il sert surtout de point de départ à un voyage plus large. De ville en ville, les déplacements deviennent le cadre d’une exploration intime. Le film adopte alors les codes du road movie, où chaque étape révèle une nouvelle facette des personnages et de leurs aspirations. Ce mouvement constant crée un sentiment de liberté apparente, tout en rappelant la pression qui pèse sur les épaules du jeune garçon.
À travers cette relation entre un adolescent et son mentor, Andrea Di Stefano esquisse également le portrait d’une Italie de la classe moyenne, marquée par l’espoir d’une ascension sociale. Les parents rêvent pour leurs enfants d’un avenir meilleur, parfois avec une intensité qui peut devenir étouffante. Le tennis apparaît alors comme un possible moyen d’émancipation, mais aussi comme le prolongement d’attentes familiales très fortes.
Le film prend ainsi le temps d’observer les moments de doute, les rencontres et les contradictions qui jalonnent ce parcours. Sans chercher l’héroïsme spectaculaire, Il Maestro privilégie une approche plus humaine, attentive aux failles et aux silences. Ce choix donne au récit une tonalité douce-amère, où les illusions de départ se confrontent progressivement à une réalité plus complexe.
Au final, Andrea Di Stefano signe un film sensible sur la construction de soi. Entre ambition, désillusion et quête de liberté, Il Maestro rappelle que grandir signifie souvent apprendre à regarder les adultes tels qu’ils sont réellement, et non tels qu’on les imaginait.
Vu mi janvier en projection de presse