Avec L'Espèce explosive, Sarah Arnold enferme un gendarme dissident dans une communauté où l'équilibre repose sur le silence.
Un film au rythme fort, on a une impression étrange d'être dans un village totalement enfermé sur lui-même. C'est d'ailleurs le propre des lieux où finalement le groupe finit par faire la loi et créer ses propres règles. Un élément perturbateur venu de l'extérieur représente alors un danger à l'équilibre. En réalité ces groupes reposent essentiellement sur le conformisme et la peur de l'exclusion du groupe.
Le film fonctionne car le public est placé au même niveau de compréhension et de perception que cette nouvelle recrue de la gendarmerie, un déclassement pour avoir été violent avec un collègue, mais essentiellement ce personnage est un esprit critique ne supportant pas les anomalies et les pots-de-vin. Il est en somme l'ennemi parfait du groupe et de l'équilibre de la communauté.
Alexis Manenti porte cette position d'étranger avec une interprétation particulièrement physique, capable de passer de la tension à une forme de vulnérabilité presque enfantine sans casser la cohérence de Fulda. Son jeu fonctionne beaucoup par ruptures : accélérations, silences, regards, brusques montées émotionnelles. Quant à Ella Rumpf, elle lui oppose une présence plus contenue dans le rôle de Stéphane, psychologue qui refuse justement la posture distante et parfaitement maîtrisée traditionnellement associée à sa fonction. Leur confrontation produit ainsi un rapport intéressant entre analyse et impulsivité, chacun révélant progressivement les failles de l'autre. La réalisatrice Sarah Arnold construit autour d'eux une esthétique assez sombre, parfois poisseuse, qui renforce le sentiment d'enfermement déjà présent dans le récit. L'image volontairement texturée, travaillée avec le chef opérateur Noé Bach dans l'esprit de l'argentique, donne aux décors et aux corps une matérialité organique. La forêt, les intérieurs chargés ou au contraire quasi vides deviennent ainsi des prolongements de l'état psychique des personnages. La réalisation assume enfin des cadrages très composés, des plongées, contre-plongées et variations de profondeur de champ plutôt qu'un naturalisme systématique à la caméra épaule.
L'Espèce explosive reste ainsi difficile à enfermer dans un genre précis, entre polar rural, comédie et approche psychanalytique. Une singularité qui pourrait autant intriguer le public en salles que compliquer son positionnement.
Je l'ai vu en avant première er j'ai été très agréablement surprise. Plusieurs genres dans un même film : un peu de comédie, du policier, de satyre et des dialogues savoureux le tout avec des comédiens au mieux de leur forme. Film à voir
Vu en avant‑première sans aucune idée de ce qui m’attendait, j’ai été agréablement surprise par ce film totalement loufoque, au ton décalé, parfois inégal, mais constamment porté par l'interprétation "explosive" d’Alexis Manenti !
Excellent polar dramatico comique de Sarah Arnold. Film dont les dialogues percutants font mouche à tous les coups, le casting est très intéressant et bien étudié avec une brigade de gendarmerie qui comprend entre autres, Bertrand Belin et Vincent Dedienne, à voir pour passer un super moment
Vu en AVP dans le cadre de Ciné-Cool en présence de la réalisatrice au cinéma Star de Strasbourg :
Intéressant premier Long-Métrage de Sarah Arnold un peu hybride car l'on ne sait pas trop dans quelle genre le classer , Comédie , Thriller , Policier ... , et qui se montre somme toute souvent hilarant , qui bouscule et séduit par sa liberté et son inventivité totale .
Film vu en avant-première au Caméo commanderie à Nancy (j'en profite pour dire tout le bien que je pense de cette salle, qui propose plein d'avant-premières en présence des réalisatrices ou réalisateurs), cette espèce explosive est complètement déjantée, très drôle, mais avec un contenu politique fort sous des dehors de comédie, les acteurs sont excellents, un très bon film ! 
Bravo à Sarah Arnold pour ce premier long métrage audacieux. Quelle maîtrise de tous les ingrédients d’une bon film : scénario, direction des acteurs par ailleurs excellents et quelle musique ! quelle photographie ! La cerise sur le gâteau : humour et tendresse.
Après 20 ans dans le métier, c’est le 1er long métrage de Sarah Arnold. Pour ce faire, elle a choisi le genre du drame policier avec ces 95 minutes pour le moins bizarroïdes. Dans la campagne du Nord-Est de la France. Les sangliers qui ravagent les cultures provoquent une guerre ouverte entre chasseurs et agriculteurs. Brun, céréalier en faillite, lutte pour maintenir sa ferme à flot. Quand un notable du coin le pousse à bout, il déraille et disparaît. Un an plus tard, Fulda, un gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, mène l’enquête. Entre intuitions fulgurantes et ratés spectaculaires, ses méthodes approximatives le mènent sur la piste des Attilas, des sangliers aux dimensions hors normes. Mais sa récente rupture amoureuse et la vodka dans laquelle flotte son cerveau n’aident pas. Heureusement, il y a Stéphane, la nouvelle psy de la gendarmerie : elle est là pour mettre un peu d’ordre dans son chaos — à moins que ce ne soit l’inverse ? J’avoue ne pas avoir tout compris aux tenants et aux aboutissants de ce polar rural pas comme les autres. – On est loin de la série Meurtre à… qui fait florès sur FR3 -, et surtout aux actions et réactions des principaux personnages. A force de faire dans le déjanté, on finit par déraper. C'est la lecture d'un fait divers qui a inspiré ce scénario : un conflit opposant des agriculteurs aux cultures ravagées à des chasseurs qui nourrissaient le gibier dans les bois. La réalisatrice n'a pas cherché à réaliser un simple projet sur le monde de la chasse, mais à aborder des thématiques plus vastes, en particulier les mécaniques de pouvoir et de prédation économique qui sous-tendent nos sociétés contemporaines, sous-tendus par le malaise de la police ou de la gendarmerie. Mais si le récit peut faire penser – de très loin – à Inherent Vice, n’est pas Paul Thomas Anderson qui veut. Car on s’ennuie pas mal durant cette enquête dont on n’a beaucoup de mal à cerner les contours. Et je ne vous parle pas de la scène finale (???). Heureusement, le casting parvient à sauver en partie l’entreprise. Alexis Manenti, habitué aux rôles de durs à cuire, interprète ici un héros vulnérable dont il a fallu fendre la carapace Il excelle et sauve le film quasiment à lui tout seul. Ella Rumpf lui rend la pareille. Notons les très bonnes compositions de Vincent Dedienne, en mâle alpha aussi convaincu que stupide et Bertrand Belin. À la croisée des genres, à la fois œuvre humoristique et drame rural, le film a du mal à choisir et, de ce fait, est vraiment déstabilisant. Autour de ses personnages souvent grotesques, la cinéaste nous propose un petit film irrévérencieux qui pourrait bien avoir du mal à trouver son public.
Une comédie décalée qui trouve son charme dans son absurdité et son énergie communicative. L’Espèce explosive amuse autant qu’elle surprend, même si son inventivité s’essouffle parfois en chemin.
J'ai vu ce film dans le cadre du festival de Cannes 2026, pour la Quinzaine des cinéastes. En sortant du Studio 13, je me suis dit "enfin un film drôle à Cannes" ! L'humour n'est pas subtil, mais efficace, et c'est l'intention. La meilleure scène est spoiler: sans doute celle où le duo complétement bourré part enquêter chez les amis de Brun en se faisant passer pour la police scientifique. Un grand moment de cinéma (bon, peut-être pas, mais on a bien rit dans la salle !).spoiler: