Drame fantastique écrit et réalisé par Mike Flanagan, Life Of Chuck est un beau film, manquant hélas d'être une magnifique œuvre. L'histoire nous fait suivre l'existence de Chuck, un homme ordinaire, dont la vie est extraordinaire. Derrière ce synopsis laconique se cache un scénario beaucoup plus complexe, adapté du roman court de Stephen King, mais en dire plus serait en dire trop. On assiste donc pendant environ une heure et quarante-cinq minutes à une intrigue déroutante car présentée par la fin. En effet, le récit débute par l'acte trois qui nous plonge dans une atmosphère mystérieuse, devenant de plus en plus apocalyptique au fil des minutes. Le récit est intriguant et les réponses vont nous être apportées dans le deuxième et le premier acte. Mais ces deux derniers sont moins prenants malgré les révélations. La faute à des séquences de danse beaucoup trop longues. Le métrage, avec ce montage inversé, apporte donc son climax dès le début et fatalement ça retombe par la suite. Pour autant, les thématiques traitées sont si passionnantes qu'on reste impliqués. En effet, le film parle de l'immensité de l'univers et de la petitesse de l'humain face à ce qui l'entoure. Il dit également que chaque vie est précieuse car miraculeuse et qu'elles se valent toutes, qu'on soit un inconnu ou une vedette. De ce que notre éducation nous fait devenir. De nos choix et de leurs conséquences. Du sens de notre existence. Ces sujets sont passionnants car ils questionnent et sondent l'âme et la conscience humaine. Tout ce qui est enfoui au plus profond de notre être. La mort est également centrale avec la chute d'un univers personnel mental qui s'éteint lorsqu'on meurt. Tout comme ce monde écrit en mathématiques, qui parvient à nous faire aimer cette matière en l'expliquant ainsi. Les réflexions sont profondes et intéressantes, touchant en plein cœur. Malheureusement, ce n'est pas constant tout du long. Ces discussions vertigineuses sont plus rares que les scènes de danse, qui prennent définitivement trop de place. D'autant plus que sur une existence de trente-neuf ans, il est étrange que son souvenir le définissant le plus et l'ayant fait devenir quelqu'un l'espace d'un instant soit quelque chose d'aussi banal. On se dit qu'il a du vivre plein d'autres instants plus marquants. On aurait souhaité visionner plus de moments de son parcours. En l'état, ça se focalise trop sur ce moment trop quelconque. La voix off narrant cette existence a tendance pour sa part à desservir la narration plus qu'elle ne la sert à cause de son timbre et de son ton qui dénotent du fond en plus d'être trop envahissante. Le ton est d'ailleurs ni suffisamment dramatique, ni drôle. Il est trop neutre. L'ensemble est porté par des personnages appréciables, mais malheureusement pas aussi attachants et touchants qu'escomptés, à commencer par le rôle titre. Chuck n'est hélas pas assez développé pour qu'on ressente de l'empathie pour lui. Un rôle incarné par un Tom Hiddleston convaincant mais pas transcendant. Le reste de la distribution comprend également entre autres Chiwetel Ejiofor, Karen Gillan, Mia Sara, Carl Lumbly, Mark Hamill ou encore David Dastmalchian. Tous ces individus entretiennent de jolies relations. Celles-ci devraient émouvoir aux larmes. Mais il manque cette petite touche d'authenticité, de sincérité et de naturel pour qu'elles bouleversent totalement. Des échanges soutenus par des dialogues captivants. Sur la forme, la réalisation du cinéaste américain est simplement correcte. Sa mise en scène est plate, manque de créativité et ne parvient pas à mettre en avant les émotions de ses protagonistes. Elle fait assez artificielle et ne colle donc pas avec son propos terre à terre. La photographie est pour sa part ravissante, mais justement trop superficielle. Même les décors font trop cinéma pour qu'on s'imprègne entièrement. Quelques plans sont tout de même mémorables. Ce visuel trop propre, manquant d'aspérités, est accompagné par une bande originale aux compositions agréables, mais pas marquantes. Elles confèrent une sacrée atmosphère dans le troisième acte et sont évidemment importantes lors des séquences de danse. Mais le reste du temps, leurs notes n'impactent pas les images. Reste une fin satisfaisante venant mettre un terme à Life Of Chuck qui, en conclusion, est un long-métrage méritant d'être visionné tant il fait cogiter les pensées.