Axel et Alex
Depuis leurs débuts - 2007 -, de cinéaste-scénaristes, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine forment un duo chevronné avec quelques réussites à leur actif. Ces 100 minutes de comédie déjantée sont sans doute ce qu’ils nous ont proposé de meilleur. Alex a un problème : son nouveau voisin est son sosie parfait. Avec des cheveux. Un double en mieux, qui va totalement bouleverser son existence. Enfin un scénario original – dans toutes acceptions du terme -, pour une comédie plus que grinçante qui ose pousser le bouchon encore plus loin que vous ne pouviez l’imaginer. A voir absolument.
Un thriller parano en forme de comédie, ça ne se refuse pas. Le duo de scénaristes a réussi à se débarrasser de tout ce qui peut encombrer une comédie et à se concentrer sur l’essentiel : une situation et des comédiens, que de toute évidence, ils adorent. Leur film joue avec les codes du cinéma de genre et s’amuse même des genres en question. C’est une comédie, mais aussi un thriller parano, avec un postulat quasi de film d'horreur. On bascule même, petit à petit, dans la folie et le film noir. Pour le spectateur, c’est l’incertitude qui règne. Qu’est-ce que je regarde ? Qu’est-ce ce qui se trame ? Quel personnage croire ? Quel camp choisir ? C’est un régal. L’humour est même poussé dans les détails, comme cette société, la COGIP, où travaillent – et s’affrontent -, les deux héros, restent un mystère pour tout le monde, y compris ceux qui y travaillent. Ni les spectateurs ni les salariés ne savent ce qu'elle produit, ce qui en fait un symbole kafkaïen de l'absurdité du quotidien professionnel, un reflet satirique des entreprises modernes. Le film, joue également beaucoup avec les archétypes de réussite masculins : la bagnole, les fringues, le nombre de bouteilles de vin dans sa cave, savoir jouer de la guitare, exposer sa femme-trophée, le physique, la virilité... et bien sûr les cheveux ! Bref, on a droit ici à une pépite qui ose, - et c’était tout de même casse-gueule, car déjà vu et revu -, jouer sur le thème de l’altérité, du sosie, de l’autre soi-même, car toutça est poussé jusqu’à l’absurde et au jouissif.
Le film repose sur l’extraordinaire performance, - prix d'interprétation au Festival de L'Alpe d'Huez -, de Laurent Lafitte et… de Laurent Lafitte… Il se dédouble comme personne, s’amuse et nous amuse dans son grand numéro de paranoïa aigüe à la manière d’un Jeremy Irons dans Faux-Semblant. Mais les Blanche Gardin, Olga Kurilenko, Marc Fraize, Zabou Breitman, qui s’agitent autour de lui, ne le font pas en vain et ont même de sacrées partitions à jouer. Entre Dupieux et Bunuel, un exemple parfait de ce que le cinéma français devrait noous offrir plus souvent en terme de comédie.