Ça pourrait être un film d'horreur s'il ne finissait pas bien (plutôt bien). Mais de fait, c'est plutôt un film d'horreur, voire trois films d'horreur en même temps. L'état crispé de la famille russe réfugiée en Suède est déjà glaçant. L'attitude robotique de l'office d'immigration suédois, puis des praticiens médicaux est tout simplement effrayante. Ce "syndrome de résignation" enfin, dramatisé et amplifié, s'apparente au genre de films où un virus se répand dans un coin du monde...
Tout donne la chair de poule, des quasi-robots de l'administration suédoise à la pathologie proprement dite, en passant par la thérapie imposée aux parents pour assurer une ambiance paisible aux enfants (le sourire résolument crispé du père rappelle Terminator / Schwarzenegger quand il souriait). C'est surréaliste. Cette mise en scène est bien sûr le résultat recherché. On veut croire que ça ne reflète pas la vérité, mais l'auteur y croit cependant, ce qui inquiète.
Cependant, l'auteur mène en même temps une enquête psychologique : adulte victime de malheur, puis de réaction aggravante ; enfant victime aussi, manipulable, facilement pris en faute. Cette enquête amène finalement ce qu'il fallait pour détendre les personnages, comme le public : la bonté humaine, la vraie, intervient (coup de chance ou coup de baguette magique de l'auteur). Grâce à elle, la résilience renaît chez les malheureux. Il y a là un message très fort.
Très intéressant film d'Alexandros Avranas qui dans un décors aseptisé et clinique réussit à plonger le spectateur dans l'implacable machine bureaucratique et nous prends pour témoin de sa triste et terrifiante banalité ! C'est là un réquisitoire exemplaire sur ce qui mène au syndrome de résignation , qui m'était inconnu jusqu'à lors !
Après avoir été agressé par la police en Russie, Sergueï a fui son pays pour la Suède avec sa famille. Il y a déposé une demande d’asile qui lui est refusée. Au lendemain de ce refus traumatisant, sa fille cadette, Katja, qui fut témoin de l’agression de son père et dont le témoignage lui permettrait peut-être d’obtenir le titre de réfugié, tombe dans un coma profond. Elle est victime d’un mal fréquent chez les réfugiés et leurs enfants : le syndrome de résignation.
"Quiet Life" n’est pas un documentaire même si les faits qui l’inspirent ont été médicalement documentés en Suède. C’est une fiction qui fait un pari radical, similaire à celui du film tunisien "La Source" ou au "Nosferatu" de Robert Eggers, avec lesquels j’ai eu la dent (trop ?) dure ces jours derniers : celui de l’hyperstylisation.
"Quiet Life" tangente la dystopie. La froideur glaciale doublée du respect scrupuleux des droits humains avec laquelle les demandes d’asile sont traitées en Suède pourrait ressembler à ce qu’on voit dans le film mais s’en distingue néanmoins. Les réfugiés n’y sont pas accueillis dans des appartements aussi confortables (et c’est dommage) ; ils ne sont pas soumis à un stage aussi débilitant si leurs enfants sont hospitalisés (et c’est tant mieux). Mais comme dans toutes les dystopies réussies (on pense à "Orange mécanique" ou à "Bienvenue à Gattaca"), "Quiet Life" exagère certains traits de nos sociétés contemporaines pour en interroger les ressorts.
Comment traiter les demandeurs d’asile ? Quelles preuves leur demander pour attester des persécutions qu’ils prétendent avoir subies dans leur pays d’origine ? En demander trop, c’est courir le risque de refouler des réfugiés authentiquement persécutés ; en demander trop peu et se fier à leur seule parole, c’est courir celui d’accorder le titre de réfugié à des personnes qui n’y ont pas droit. Quel statut octroyer aux enfants des demandeurs d’asile ? Leur témoignage est-il recevable à l’appui de la demande déposée par leurs parents ? Peut-on les en séparer, dans quelles circonstances et à quelles conditions ? Leur état de santé peut-il faire obstacle à leur reconduite et à celle de leurs parents ?
Autant de questions juridiques et éthiques passionnantes que pose "Quiet Life". Il le fait avec une froideur glaçante, à rebours du mélodrame. Son scénario, remarquablement écrit, distille son lot de rebondissements. Ses acteurs, dont Chulpan Khamatova qui a fui la Russie au lendemain de l’invasion de l’Ukraine en 2022 et s’est réfugié en Lettonie, sont parfaits.
Sur le même sujet, "L’Histoire de Souleymane", l’un de mes films préférés de 2024, optait pour un parti bien différent : celui du naturalisme. Les deux films contiennent une scène quasiment identique : celle d’un témoignage, fébrilement préparé mais que le spectateur sait mensonger, devant un fonctionnaire de l’immigration. Les bonnes écoles de cinéma auront sans aucun doute l’idée de montrer à leurs étudiants ces deux scènes et d’en analyser les points communs et les différences.
C’est un film qui présente de façon saisissante le drame d’une famille et un syndrome méconnu, malgré une ambiance un peu trop morose. On peut déplorer le manque d’une certaine intensité qui aurait entièrement sa place lors des scènes tragiques et joyeuse. Du reste le jeu d’acteurs et les discours sont corrects. À voir
Film au rythme lent et qui n’a donc rien d’un film facile à accepter, film qui, par certains côtés s’apparente à un thriller et qui donne de la Suède une image fort antipathique, Quiet life amène inéluctablement les spectateurs français à s’interroger sur ce qu’on présente sous l’appellation de « syndrome de résignation ». En effet, alors que la France, comme l’ensemble des pays européens, est touchée par le phénomène de l’immigration, il ne semble pas qu’on y connaisse cette maladie très spéciale, en tout cas pas officiellement. Critique complète sur https://www.critique-film.fr/critique-quiet-life/
On découvre ce qu’est le syndrome de résignation découvert dans les pays scandinaves et dont sont victimes les enfants de réfugiés. Très beau film excellente interprétation de l’actrice russe qui joue le rôle de la mère. Cette famille russe qui craint devoir être renvoyée en Russie et qui fait tout pour sauver leurs filles. La réalité des autorités d’immigration très justement filmée. Excellent film.
Je ne connaissais pas le syndrome de résignation qui est le thème central du film. Qui affect les enfants, parents réfugier. Là c'est une famille russe qui demande l'asile en Suède. C'était très intéressant de voir la famille tourmenté entre le problème de santé d'un de leur enfant et le risque d'expulsion en Russie.
Un film d'une grande justesse sur une syndrome inédit. L'interprétation de Chulpan Khamatova en mère qui se bat pour sauver ses enfants est sublime. La question de la culpabilité des parents désespérés et eux-mêmes désemparés face à la maladie de leur enfant est traitée avec beaucoup de bienveillance. La mise en scène froide répond en tout point à la façon dont on accueille les réfugiés, en exigeant d'eux d'être parfaits. Poignant !
Très beau film qui dans une ambiance de froideur scandinave aborde de nombreux thèmes très forts liés à la situation de cette famille de demandeur d'asiles russes: la résistance citoyenne, l'angoisse, le comma, et surtout la force des liens familiaux. Un très beau moment. Vu en avant première au Grand Action.
Vu en festival. J’ai aimé mais je l’ai trouvé un peu long, on voit néanmoins qu’il y a du travail notamment sur l’ambiance, la palette de couleur est bien choisie. Il y a de l’émotion, les sentiments sont bien retranscrits. Bon film.
Qu'est-ce donc que le syndrome de résignation, de plus en plus en fréquent, semble t-il, chez des enfants de migrants auxquels on a refusé le droit d'asile ? Le cinéaste grec Alexandros Avranas s'empare du sujet d'une manière assez proche du nouveau cinéma hellène (Lánthimos et consorts), avec un traitement clinique et déshumanisé, dépourvu d'émotion, qui correspond assez bien aux locaux froids et à l'accueil, qui ne l'est pas moins, des autorités suédoises, en l'occurrence, chargées de l'immigration. Le film n'a pas vocation à plaire à tout le monde de par son aspect de Meilleur des mondes et de son atmosphère glaciale qui confine à l'absurde et susceptible de provoquer des rires nerveux. Lui reprochera t-on son nouvel académisme ou sa lenteur ? Probablement, pour un récit où le seul rempart à l'adversité est une solidarité familiale, pourtant soumise à rude épreuve. Mais pour qui veut bien plonger sans rechigner dans cet univers impitoyable et certainement proche d'une certaine réalité, même dans le style particulier du cinéaste, l'expérience se révèle fascinante, surtout accompagnée d'un humour noir qui s'exerce jusqu'à ses personnages les plus positifs. Quiet Life est un film bien plus facile à détester qu'à aimer et, de ce fait, passionnant dans ses choix esthétiques et narratifs.
Quiet Life, que j'ai eu la chance de voir durant le festival de la mostra de Venise dépeint la souffrance d'une famille de réfugiés politique russes rongé par un mystérieux syndrome qui s'avère être bien réel. La photographie du film est réussie sans être non plus extraordinaire. Mais c'est dans le scénario et le jeu d'acteur très poignant des 4 membres de la famille que Quiet Life brille en arrivant à nous questionner sur le manque d'humanisme des conditions d'accueil des pays européens (ici la Norvège). En conclusion j'ai adoré Quiet Life.