Il existe une loi physique que le cinéma vérifie avec trop de régularité ces dernières années : c'est l'entropie. Tout système fermé tend vers le désordre, et toute franchise fondée sur l'épuisement de ses références tend, à la suite, vers le vide. Scary Movie 2, sorti en juillet 2001 sous la direction de Keenen Ivory Wayans (le même réalisateur que le premier volet), est dès le second opus, le document précis de cette entropie à l'œuvre. Pour le spectateur qui n'aurait pas vu le premier film, voici ce qu'il faut savoir : en 2000, Scary Movie avait accompli quelque chose d'intelligent - démystifier le slasher teen réflexif des années 1990, celui de Scream et de ses épigones, en reprenant sa grammaire visuelle pour l'infler jusqu'à l'absurde. Un an plus tard, la suite arrive avec les mêmes noms au générique, le même dispositif apparent, et une ambition ostensiblement plus large.
Le mince synopsis - un groupe d'étudiants invité par un professeur excentrique à passer la nuit dans un manoir hanté - fait de ce prétexte, le révélateur de sa méthode. Là où le premier volet utilisait une intrigue fantoche mais unique (un seul tueur, un seul groupe, une seule filiation narrative avec Scream) celui-ci élargit ses cibles jusqu'à l'incohérence : Poltergeist, The Haunting, Hollow Man, Young Frankenstein, Amityville Horror, Final Destination, des publicités Nike, Dracula de Coppola, Little Shop of Horrors. La liste est si longue qu'elle constitue à elle seule un aveu. Ce n'est plus un film qui vise, c'est un film qui asperge.
Ce qui se perd dans ce passage du premier au second film, c'est aussi la cohérence de la cible et avec elle, la possibilité même de la complicité. Dans Scary Movie, chaque gag était un guillemet visuel adressé à un corpus précis, partagé par une audience qui avait grandi avec Scream et ses clones. La reconnaissance produisait la complicité, et la complicité produisait le rire. Scary Movie 2 présuppose une mémoire culturelle trop large, trop hétérogène et dans cet élargissement, le contrat avec le spectateur se rompt. On ne peut pas tout reconnaître. Et là où la reconnaissance produisait le rire, son absence produit un silence que le film tente frénétiquement de combler par l'accumulation. Ce qui ne fait qu'aggraver le problème.
La grammaire visuelle du film amplifie cette rupture. Chaque décision (du premier opus) de mise en scène était une citation qui se savait telle, un angle de caméra qui regardait son propre modèle en souriant. Dans le second film, les scènes se succèdent sans hiérarchie, sans respiration dramatique, sans montée vers quoi que ce soit. L'œil du spectateur n'est jamais guidé, jamais orienté vers une lecture, il est simplement soumis au défilement.
C'est l'ouverture - la parodie de L'Exorciste - qui rend ce déséquilibre le plus lisible, parce qu'elle fonctionne. Et ce n'est pas un hasard : elle respecte les règles que le premier volet avait établies. Elle a une cible unique et précise. Elle connaît L'Exorciste dans ses détails, et c'est parce qu'elle connaît parfaitement l'original qu'elle peut l'infler avec efficacité. Il y a là une progression, une logique interne, un sens de l'escalade qui transforme le gag en structure. Puis le film continue, et rien ne retrouve cette densité.
L'autre symptôme central du film, et peut-être le plus illustratif sur le plan de la forme, est son économie scatologique. Scary Movie 2 est littéralement saturé de fluides corporels (urine, sperme, vomissure). Il serait réducteur de condamner ce choix par principe car le gag corporel peut être une forme de vérité dans la subvetsuon. Mais pour qu'il fonctionne, il doit construire quelque chose au-delà de lui-même : une situation, une tension entre personnages, une logique absurde qui se tient. Ici le fluide est la fin, pas le moyen. Il n'y a rien à lire derrière lui. Le spectateur est aspergé. Et la répétition, qui en d'autres mains pourrait devenir une mécanique absurde, produit ici le seul effet que la répétition sans variation puisse produire : la lassitude, puis l'indifférence.
Ce que cette indifférence signale, c'est la limite structurelle du genre parodique quand il se coupe de sa nécessité. La parodie ne se sustente pas elle-même, elle vit de la relation précise et tendue qu'elle entretient avec ses modèles. Quand le parodiste connaît ce qu'il détruit, quand il en maîtrise les codes assez finement pour en révéler les conventions, quelque chose se passe à l'écran qui ressemble à un acte de regard. Quand elle se relâche, quand les cibles se multiplient, le film ne dit plus rien sur ce qu'il cite.
Scary Movie 2 est un film instructif dans son échec. Il montre, avec une clarté que ses successeurs ne feront que confirmer, la limite exacte à partir de laquelle la parodie cesse d'être un acte critique pour devenir son propre genre — un genre avec ses propres conventions, ses propres tics, ses propres paresses.